Projets

La métamorphose de la Tour Montparnasse sera signée Nouvelle AOM

L’agence constituée spécialement par les cinq architectes français Franklin Azzi, Frédéric Chartier et Pascale Dalix et Mathurin Hardel et Cyrille Le Bihan a été désignée lauréate, le 19 septembre, du concours lancé par les copropriétaires de l’immeuble parisien. D’ici à 2024, la tour Montparnasse promet de devenir plus claire, plus verte, plus ouverte aux Parisiens et moins vorace en énergie. En somme, plus aimable à tous points de vue.

Ils avaient choisi de se présenter comme les successeurs des bâtisseurs de la tour Montparnasse, ceux qui sous le nom de AOM – pour Agence architecturale de l’opération Maine-Montparnasse – avaient conçu puis livré en 1973 cet immeuble haut de 210 mètres, qui avait été voulu comme un symbole de la modernité parisienne. Et les architectes parisiens Franklin Azzi, Frédéric Chartier et Pascale Dalix, Mathurin Hardel et Cyrille Le Bihan qui ont choisi de se regrouper sous le nom de Nouvelle AOM seront bien les maîtres d’œuvre de la Montparnasse nouvelle. Le mardi 19 septembre, leur équipe a été désignée lauréate du concours lancé par les copropriétaires de l’immeuble en juin 2016. Avec 2024 et les Jeux Olympiques de Paris en ligne de mire, ce projet permettra de donner une image plus aimable à cet édifice, que les Parisiens adorent depuis toujours détester, moyennant un investissement aujourd’hui évalué à 300 millions d’euros.

Alors qu’il ne restait plus, depuis juin dernier, que deux candidats en lice, Nouvelle AOM et l’équipe menée par l’architecte américaine Jeanne Gang, un comité de sélection réunissant les représentants de quatre des quelque quarante copropriétaires impliqués dans le projet a tranché ces derniers jours pour l’équipe française. Ce choix a été validé à l’unanimité par le conseil syndical, le matin même du 19 septembre. Pour Patrick Abisseror, le président de la structure porteuse du projet « Demain Montparnasse », « ce projet réussit à respecter l’histoire de la tour tout en la réinventant complètement. »

 

Silhouette singulière

 

En effet, Nouvelle AOM a la particularité d’avoir été créée par cinq architectes qui contrairement à leur contemporain « aiment la tour. » Tous nés entre 1971 et 1974, ils ont le même âge qu’elle et l’immeuble a toujours fait partie de leur paysage quotidien. Ils ont donc choisi de laisser intact ce qui fait une de ses caractéristiques principales : sa silhouette singulière. « Sa signature est en effet dans ses deux galbes et ses deux dièdres, remarque Mathurin Hardel. Mais au-delà, la métamorphose sera complète : d’opaque, énergivore, amiantée, monofonctionnelle la tour deviendra claire, bas carbone, économe et capable d’offrir de nouveaux usages ». Et de fait, la proposition lauréate, que ses concepteurs présentent comme « un projet juste », coche un certain nombre de cases désormais incontournables dans tout projet parisien d’ampleur.

 

 

Une bonne dose de mixité pour commencer, pour en finir avec le tout bureau. « L’idée est d’en faire une tour vivante 24h/24 et un lieu de multi-destinations, afin d’y faire venir les Parisiens », explique ainsi Franklin Azzi. Pour cela, il était nécessaire de largement repenser l’ancrage au sol de l’immeuble, un pied de tour aujourd’hui plutôt repoussant avec son parvis abrupt et son bassin extérieur à sec, ses portes latérales et son hall sous-dimensionnés. Nouvelle AOM a donc imaginé une base davantage publique, proposant par exemple commerces, crèche, espace d’exposition ou auditorium. Pour permettre cela et rendre l’assise de la tour « plus domestique », son socle sera épaissi tandis que le parvis sera creusé de patios qui permettront, en y amenant de l’air et de la lumière, de tirer parti d’espaces souterrains aujourd’hui en déshérence, telles que des zones de stockages ou de stationnement inutilisés. Par ailleurs, le projet table sur la création d’un hôtel entre les 42e et 45e étages.

 

Balcons et jardins d’hiver

 

Plus généralement, les cinq architectes ont repensé la tour en fonction de sa relation à son environnement immédiat. Ainsi les 13 étages bas, qui correspondent au gabarit de la ville haussmannienne, seront épaissis, notamment pour permettre d’y créer des balcons et des jardins d’hiver. « Les occupants d’une tour ne sont pas tous dans la même situation, rappelle Frédéric Chartier. Ceux qui travaillent en hauteur profitent d’une vue magnifique mais dans les bureaux des niveaux inférieurs, ils se trouvent au niveau du reste de la ville. On souhaite donc les faire profiter d’espaces extérieurs. » Cette petite tendance à l’embonpoint a un autre avantage. Elle permettra de casser la course des vents qui glissent aujourd’hui, de haut en bas, le long des façades et donc de rendre le parvis plus confortable.

 

Monde végétal

 

Mais qui dit jardin d’hiver, dit verdure et en effet, le projet lauréat repose aussi sur une bonne part de végétalisation. « Nous avons été raisonnables dans l’introduction de la nature dans la tour, mais nous en avons installé à tous les étages », remarque Mathurin Hardel. Les patios du parvis seront arborés et dans les étages situés au-dessus du 14e étage, qui conserveront quasiment le tour de taille actuel de la tour, chacune des pointes de la tour accueillera une loggia agrémentée de plantations. Mais Nouvelle AOM a aussi prévu quelques manifestations plus spectaculaires du monde végétal, à commencer par la création d’un jardin suspendu au 14e étage. Ce niveau, aujourd’hui dédié à des installations techniques, est présenté par les architectes comme le futur « plus haut jardin de Paris ». Enfin la tour Montparnasse sera plus haute de 18 mètres et son nouveau sommet accueillera une « serre agricole ». Si le geste témoigne de l’ambition de créer un nouveau signal dans le ciel de la capitale, cette surélévation aura aussi un rôle technique puisqu’elle accueillera des panneaux photovoltaïques, un grand réservoir de récupération des eaux de pluie mais aussi toutes les installations de traitement d’air. « Actuellement les aéro-refroidisseurs sont sur le toit du petit immeuble voisin, situé à l’entrée de la rue de Rennes, explique Franklin Azzi. Il est donc nécessaire de rendre la tour Montparnasse autonome. »

 

Déshabillage

 

Telle qu’il a été repensé, l’immeuble fonctionnera de toute façon largement en ventilation naturelle. « Il sera encore climatisé mais beaucoup moins qu’actuellement. Les trois-quarts du temps, le système de ventilation naturelle suffira », assure Raphaël Ménard, président du bureau d’études Elioth (groupe Egis). Pour remplir cet objectif, la tour deviendra « respirante » grâce à une double peau d’épaisseur variable.

Cette nouvelle façade était un des grands enjeux du concours, puisque la future enveloppe sera l’élément essentiel de la nouvelle image, plus limpide, de Montparnasse. Sans oublier que le déshabillage du bâtiment sera une des garanties de l’achèvement total du désamiantage de la tour, à ce jour déjà effectué sur 90 % des surfaces. Mais Nouvelle AOM n’enverra pas pour autant l’ancien vitrage à la casse. « Il représente une surface de 40 000 m², note Franklin Azzi. Vous imaginez le nombre de camions qu’il faudrait pour le transporter tout cela ? » Alors ces verres sombres seront réemployés sur site, essentiellement pour être plaqués autour du noyau central en béton de l’immeuble… ou même pour fabriquer des éléments de mobilier. Cet effort de récupération était sans doute le bon point ultime du projet.

 

En savoir plus

L'équipe lauréate au grand complet

Architecte mandataire : Nouvelle AOM (Franklin Azzi, Chartier-Dalix, Hardel et Le Bihan)

BET :

– Setec (ingénierie structure et fluides, prévention incendie, amiante et accessibilité, chantier),

– T/E/S/S (ingénierie façades),

– Elioth (ingénierie et qualité environnementale),

Eurl Jérôme Sans (commissariat artistique et culturel),

– Grahal (BE Histoire et Patrimoine),

– GVI (économie de la construction),

– Lamoureux acoustics (acoustique),

– AEU (conseil en paysage),

– Bellastock (déconstruction sélective et réemploi),

– Maximum (design et économie circulaire),

– 8’18 » (conception lumière),

– Base (brand design).

Du 20 septembre au 22 octobre, le Pavillon de l’Arsenal, à Paris, expose le projet lauréat du concours ainsi que ceux des six autres équipes qui avaient été appelées à participer à l’issue d’un premier tour de sélection. Le public pourra donc aussi découvrir la proposition de la deuxième équipe finaliste menée par Studio Gang, mais aussi celles formulées par Dominique Perrault Architecture, OMA, Architecture Studio, MAD Architects + DGLA et PLP Architecture. www.pavillon-arsenal.com

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