Réalisations

La maintenance des ascenseurs sur le banc des accusés

Le procès des responsables présumés de la mort du petit Bilal, tué à l’âge de 4 ans en tombant de 15 mètres dans la cage d’ascenseur d’une HLM de Strasbourg, a fait apparaître une série de négligences de la part du technicien de maintenance d’AMS (Ascenseurs Multi Services) en charge de l’appareil incriminé sans pour autant établir avec certitude les causes de l’accident.

Les débats ont notamment mis en lumière la formation insuffisante du technicien en charge de la maintenance de l’appareil, ainsi que l’importance de la charge de travail qui lui était confiée par son employeur, la société Ascenseurs Multi Services.
« La société avait parfaitement connaissance de la gravité de la situation », a accusé le substitut du procureur Benoît Blanchy, qui a requis 100.000 euros d’amende contre Ascenseurs Multi Services, poursuivie en tant que personne morale pour « homicide involontaire ».

Le magistrat a également requis 18 mois de prison avec sursis contre Augustin Imani, le technicien de maintenance d’Ascenseurs Multi Services en charge de l’appareil incriminé, poursuivi pour le même chef d’accusation. M. Imani était en charge de l’entretien et de la maintenance de 144 ascenseurs, lesquels tombaient souvent en panne – une fois par mois et par appareil en moyenne -, ce qui lui laissait peu de temps pour des contrôles préventifs approfondis.

De plus, le parquet a reproché à M. Imami de n’avoir pas décelé une importante anomalie dans l’armoire électrique située au dernier étage, alors même qu’il avait examiné l’appareil à deux reprises au cours des deux mois qui avaient précédé le drame.

Cette anomalie, la présence inexpliquée d’un « pontage » anormal entre deux bornes dans l’armoire électrique, était selon les experts l’une des deux causes de l’accident, survenu parce que la porte de l’ascenseur s’était ouverte au 5e étage en l’absence de la cabine, alors située au rez-de-chaussée.

Nul n’a pu cependant expliquer à l’audience comment, quand, ni par qui avait été mis en place ce pontage, lequel a eu pour effet de déconnecter un système de sécurité qui, normalement, empêche électriquement l’ouverture des portes.
Le « pontage » seul ne pouvait toutefois pas expliquer à lui seul l’accident: d’après les experts, il fallait en plus que quelqu’un ait volontairement déplacé la « roulette » de fermeture du 5e étage, pour empêcher la porte de se verrouiller et donc l’ascenseur d’être appelé à d’autres étages.

Le magistrat a néanmoins demandé que la condamnation de M. Imani soit assortie du sursis « compte tenu du comportement » de son employeur.
« La société avait parfaitement connaissance de la gravité de la situation », a accusé M. Blanchy, en relevant le « gouffre abyssal entre l’état de la machine et l’état qu’elle aurait dû avoir », et les contraintes que la société faisait peser sur son technicien, en charge du contrôle de 144 ascenseurs « pour 169 heures de travail dans le mois ».

Dans un communiqué, la Coordination Ascenseurs FTM-CGT s’est indignée mardi qu’un dépanneur ait été « le plus gravement mis en cause » au procès concernant la mort du petit Bilal, 4 ans, en 2002, et a dénoncé dans un communiqué le « retard » français en matière de sécurité des ascenseurs.
La CGT estime ainsi qu' »une nouvelle fois, c’est le dépanneur, salarié, qui est le plus gravement mis en cause dans une question de sécurité des usagers. Comme pour le conducteur de la passerelle à Roissy (licencié par Air France après un accident ayant coûté la vie à une hôtesse de l’air le 2 février), c’est celui qui subit l’organisation et les conditions de travail qui risque de payer pour les patrons ».
« Il y a un habitat scandaleusement dégradé pour les plus pauvres » et « des conditions de travail insupportables pour les techniciens d’ascenseurs, dénonce la CGT qui déplore que « deux ans après les engagements de (Gilles) De Robien (ancien ministre des transports), la sécurité des ascenseurs en est toujours au même point ».
« Beaucoup de retard a été pris pendant trente ans » et « beaucoup d’argent est nécessaire », souligne le syndicat qui appelle « salariés, usagers et locataires » à « imposer une renégociation accélérée avec des moyens financiers exceptionnels pour remédier à l’état du parc d’ascenseurs ».
Le tribunal rendra sa décision le 4 octobre.

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