Energie

«La Google house, à présent, c’est nous », Lionel Paillet, Directeur général de Nest Europe

Mots clés : Lieux de travail - Logement social

Pour le patron sur le Vieux continent du fabricant de thermostats et de détecteurs de fumée connectés, racheté par Google en janvier, ses produits sont totalement disruptifs et innovants, car ils vont au-delà de leur application première pour se mettre au service de l’utilisateur. Cet ancien d’Apple, qui préfère parler de maison consciente plutôt qu’intelligente, prédit un avenir rose à Nest en France, un pays à fort potentiel dans lequel la start-up californienne  a débarqué le 18 septembre.  

Quelles sont vos prochaines cibles en Europe ?

Nous ne partageons pas cette information, car nous ne sommes pas encore prêts pour la prochaine vague d’expansion à l’international. Nest vient de lancer ses produits au Benelux, en Hollande et en Irlande. Nous passons donc du seul Royaume-Uni à cinq pays. Mais nous avons bien sûr d’autres projets d’expansion à l’international.

 

Quels critères prenez-vous en compte pour choisir vos pays cibles ?

Nous regardons d’abord les réglementations en vigueur. Aujourd’hui, en Europe, nous sommes dans une très bonne situation dans ce domaine. Après, le thermostat et le Nest Protect (détecteur de fumée) représentent des problématiques différentes. Pour le premier, Nest prend en compte les systèmes de chauffage qui sont majoritaires. Notre thermostat est essentiellement compatible avec les chauffages au gaz, au fioul, certaines pompes à chaleur, et les systèmes de planchers chauffants hydrauliques. Nous ne savons pas gérer, par exemple, les systèmes de chauffage électrique, qui sont une spécificité norvégienne et, dans une moindre mesure, française. Il y a donc environ 30% du marché hexagonal auxquels nous ne répondons pas.

 

Les marchés européens sont-ils spécifiques ?

Il y a des mentalités différentes suivant les pays. Il existe chez les Néerlandais une conscience de la maison, du nid familial. Ils ont déjà un niveau d’équipement très développé et les thermostats connectés y existent depuis longtemps. Certains nous en ont acheté aux États-Unis et arrivent à les faire marcher depuis des années. Tout ce qui peut leur permettre d’économiser de l’énergie et de l’argent les intéresse. Ils ont cette notion d’investir pour économiser. Dans les pays nordiques en général, les détecteurs de fumée ne sont pas obligatoires, mais tout le monde en a un, parce qu’il y a une relation à la sûreté dans les maisons qui est très développée. En Allemagne et en Angleterre, les détecteurs de fumée et de monoxyde de carbone sont obligatoires. Ils le sont aussi dans toutes les nouvelles constructions en Irlande du Nord ou en Écosse par exemple.  Aux États-Unis, 98% des foyers ont des alarmes incendie. En France, seuls 2% des foyers sont équipés. Pourtant, une personne sur trois dans sa vie, en France, va être exposée à un feu domestique. Il y en a 250 000 par an.  

 

Alors que 2% seulement des foyers français sont équipés de détecteurs de fumée et avec l’entrée en vigueur prochaine de la loi Morange, qui les rend obligatoires dans tout logement avant le 8 mars 2015, la France est-elle l’un des marchés les plus porteurs en Europe ?

C’est clairement le pays le moins équipé en détecteurs de fumée. L’appréhension du problème représenté par le monoxyde de carbone est quelque chose de nouveau en France, mais il est réel. Grâce aux Nest Protect qui sont installés dans les maisons au Royaume-Uni, nous nous sommes rendu compte que 0,2% des foyers sont exposés à des taux de monoxyde de carbone supérieurs à la norme, et à un niveau d’empoisonnement, ce qui est assez grave. La France est un marché qui va se développer très fort.

 

Quel type de logements ciblez-vous ?

C’est assez homogène. Bien souvent, les premiers clients sont d’abord urbains. Nous l’avons constaté en Angleterre. Nest a d’abord eu du succès à Londres. Puis, cela s’est étendu à Manchester, Birmingham, et après cela, dans les campagnes. Les études de terrain faites en France montrent qu’un thermostat Nest permettra des économies bien plus importantes dans les régions froides, humides, et dans les maisons individuelles moins bien isolées. Nous sommes ainsi parvenus jusqu’à 25% d’économies de chauffage dans une maison à Lille.

 

Collaborez-vous avec les professionnels du BTP pour l’implantation de vos produits en France ?

Oui, bien sûr. Nest vient de lancer un site en français dédié aux professionnels, Nest Pro. Tous les professionnels du chauffage, de l’électricité, du bâtiment, de la domotique ou autre, peuvent s’enregistrer en ligne pour devenir des Nest Pros. Ils ont un certain nombre d’avantages. Ils peuvent acheter des produits en direct chez Nest et se former gratuitement. On leur propose aussi de faire du marketing et de leur rapporter du business. Le professionnel déclare sa zone d’activité. À chaque fois qu’un client achète un de nos produits, il peut taper son code postal sur notre site et on lui indique qui sont les Nest Pros à proximité pour faire installer son thermostat. C’est le professionnel qui fixe ses tarifs. On lui envoie un message quand un client est intéressé. Or, ce sont des gens qui ne font pas forcément déjà partie de leur clientèle. On propose aussi aux Nest Pros des formations sur les nouvelles technologies. Nous avons  déjà plus de 300 installateurs Nest Pros en France. Et nous travaillons avec trois entreprises d’installateurs : le réseau d’indépendants Domeo, Proxiserve (groupe Veolia) et Solutions 30. Nous travaillons aussi sur une distribution des produits Nest dans les réseaux professionnels, ce qui devrait accroitre le nombre d’installateurs indépendants et régionaux.

 

Peut-on imaginer une collaboration entre Nest et des promoteurs pour intégrer vos produits aux bâtiments neufs ?

C’est envisageable. La chose à prendre en considération c’est : le rôle du promoteur dans ce schéma ? Préconisation ? Installation ? Revente ? Et surtout, quelle est sa responsabilité vis-à-vis de l’habitant final ? De plus, les technologies utilisées pour mettre en place la maison consciente doivent être remises à jour régulièrement. Qui va s’en occuper dans ce cas-là ? Nous pourrions toutefois travailler sur des projets pilotes. 

 

Une collaboration avec des constructeurs est-elle envisageable ?

Nous sommes encore petits, même si nous avons été rachetés par Google et que nous grandissons  vite. Nous nous lançons tout juste en France, mais nous avons effectivement pas mal de gros constructeurs qui veulent parler avec nous. Il y a un aspect qui nous intéresse très clairement, c’est que le logement soit bien pensé pour que nous puissions faire correctement notre travail.
Par exemple, avec Nest Protect, il, peut être intéressant d’avoir des plafonds câblés au moment de la construction, ce qui permettrait d’avoir une connectivité encore meilleure entre les objets, et de rendre la maison encore plus consciente. Il y a donc des conversations en cours… mais je ne peux pas vous en dire plus.

 

Est-il vrai que vous avez noué un partenariat avec une entreprise anglaise dans le logement social ?

Il ne s’agit pas d’un projet public. Nous avons été sollicités par une entreprise que je ne peux pas citer, qui fait essentiellement de la maintenance de logements sociaux, pour mener une réflexion sur les bailleurs sociaux. L’objectif est de réduire la facture énergétique de quelqu’un qui a moins de moyens que les clients habituels de Nest, plutôt CSP++ et urbains. Il y a environ 3,2 millions logements sociaux au Royaume-Uni, et le pays connaît un phénomène de « fuel poverty » : beaucoup de gens ont éteint leur chauffage pendant l’hiver parce que ça coûtait trop cher. C’est dans la même optique que nous avons un partenariat en France avec Direct Énergie, pour baisser le prix du produit, en le liant à un contrat d’énergie et d’entretien du chauffage. Il s’agit de rendre ce type de produits et de services plus accessibles. 

 

Croyez-vous en l’idée selon laquelle, bientôt, les maisons seront gérées par des systèmes d’exploitation de type Android (Google) ou IOS (Apple) ?

Ce n’est pas notre croyance, non. L’idée de la domotique tout-en-un, qui fait absolument tout avec une télécommande qui centralise toute votre maison, ça fait dix ans qu’on en parle, voire plus, et cela n’a jamais été une réalité. Soit parce que le système est  trop cher, soit parce qu’il est trop complexe.

 

Quel intérêt, pour Google, de vous racheter ?

Il y a plusieurs choses. Google nous a rachetés parce que nous avons un vrai business, de vraies ventes et un chiffre d’affaires important. La deuxième chose est qu’ils ont une vision de la technologie, et de la maison, qui doit faire plus pour vous que vous ne faites pour elle. Google avait un projet pour la maison, notamment de pilotage des objets connectés par la voix. Maintenant, c’est Nest qui a en charge ce projet. Ensuite, Google a des moyens qui nous permettent d’accélérer notre développement et de réaliser notre vision de la maison consciente plus rapidement. Quand je suis arrivé chez Nest en février, nous étions  un peu moins de 300 personnes. Aujourd’hui, nous sommes un peu plus de 700. Nous avons une concentration d’ingénieurs très importante, spécialisés dans le thermique, la sécurité, la création de logiciels… Le principe du rachat de Nest par Google, c’est que les deux entreprises opèrent de façon tout à fait indépendante en matière de siège social, de R&D, de vie privée, d’analyse des données et même de vente. Google vend de la publicité. Nous vendons des produits. La distinction est très claire. Après, au même titre que Mercedes, Logitech ou Whirlpool, Google est un de nos développeurs et peut créer des produits compatibles avec Nest. Mais ils n’ont pas plus accès à nos données que les autres. Google obéit aux mêmes règles de sécurité des informations et de confidentialité.

 

Qui sont vos concurrents en Europe ?

Si on parle de notre détecteur de fumée et de monoxyde de carbone, communiquant avec la voix, des couleurs, contrôlable à distance avec votre smartphone, vous donnant une alerte si votre maison brûle quand vous n’êtes pas là, qui a plus de capteurs que les autres, interagissant avec d’autres objets, et vous donne la sensation d’être protégé, nous n’avons pas de concurrents. C’est complètement disruptif, innovant. Pour les thermostats, il y en a quelque un connectés en Angleterre ou aux Pays-Bas, mais il n’y a encore aucun qui fait les choses pour vous, qui apprend et comprend votre comportement, et qui vous fait un rapport de votre consommation.

 

Plus d’information avec le BEM, la lettre de la construction à l’international

 

 

Chiffres-clés

Nest en chiffres

• Création : 2008
• Chiffres d’affaires : environ 100 millions de $
• Montant d’acquisition par Google : 3,2 milliards de $
Présence internationale :
plus de 130 pays 
• Nombre de thermostats vendus dans le monde en 2013 : 1,3 million

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    Quelques concurrents

    Dire qu’il n’y a pas de concurrent est un peu présomptueux. Le français Netatmo et l’allemand Tado propose des thermostat aux fonctions similaires. Installer des maisons connectées est mon lot quotidien et les maisons que j’équipe vont beaucoup plus loin lorsqu’elle détecte de la fumée puisqu’elle: ouvre les volets, allume les lumières, déclenche la sirène d’alarme, stop la ventilation, envoie des notifications sur smartphone… Idem pour le thermostat qui ne gère qu’une seule zone, qui ne tient pas compte de l’ouverture éventuelle de fenêtre, qui ne gère pas la température extérieure et qui ne gère pas tout le parc de radiateur électrique… Après il n’en reste pas moins que Nest apporte des produits innovants et que je suis impatients de découvrir leur futurs produits et l’écosystème qu’ils seront capables de construire pour rendre nos maisons plus intelligentes.
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