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La Finlande demande une enquête sur le chantier du réacteur EPR

Après la publication d’un rapport de Greenpeace émettant des doutes sur les travaux de soudures réalisés par Bouygues Construction, l’autorité finlandaise de sécurité nucléaire (STUK) a indiqué qu’une enquête était en cours pour déterminer si les procédures de sécurité étaient respectées sur le chantier du groupe Areva. De son côté, Bouygues Construction dément, une à une, les accusations.

Mercredi 13 août, l’organisation écologiste Greenpeace a demandé l’arrêt immédiat des travaux sur le chantier d’Olkiluoto affirmant détenir des informations confidentielles sur le chantier impliquant Areva et Bouygues Construction, l’un de ses principaux sous-traitants. A l’origine de cette nouvelle affaire, le travail d’investigation réalisé par un journaliste finlandais, Juha Granath – dont l’enquête a été diffusée sur la chaîne de télévision finlandaise YLE le 12 août.
Greenpeace pointe du doigt des problèmes de sécurité « inquiétants » sur les travaux de soudure et émet des remarques à la fois sur la qualité des travaux, mais aussi sur l’absence de procédures validées et la non qualification des soudeurs employés sur le chantier du réacteur de troisième génération. Voir le communiqué de presse (PDF)

L’Autorité finlandaise de sûreté nucléaire (STUK) a clairement rejeté ces accusations. « Contrairement à ce qu’affirme Greenpeace, le travail de soudure n’est pas en cause. Les soudures importantes en matière de sécurité dans les structures de béton sont bien réalisées. Il n’y a pas de lacunes dans les procédures en matière de soudure, dans la qualification des soudeurs et dans les soudures elles-mêmes. Celles qui ont une importance sur le plan de la sécurité sont bien faites et acceptables et les inquiétudes soulevées par Greenpeace sur les procédures en matière de soudures ne sont pas correctes » a ainsi déclaré l’Autorité finlandaise de sûreté nucléaire.

En réaction à la tempête médiatique déclenchée par les déclarations de Greenpeace, le gouvernement finlandais a toutefois décidé de commander à l’Autorité finlandaise de sûreté nucléaire un nouveau rapport sur les procédures de sécurité. STUK précise d’ailleurs à ce sujet que « le respect des normes de sécurité d’un bout à l’autre du processus incombe à la fois à Teollisuden Voima (TVO), l’opérateur finlandais, et à Areva, qui construit le réacteur avec Siemens ».

Directement visé par Greenpeace, le groupe Bouygues, qui réalise le réalise le lot génie civil, a déclaré n’avoir « jamais reçu de remarques ni de STUK, ni de TVO, ni d’Areva au sujet de la qualité de l’ensemble des soudures réalisées ». « Un audit interne STUK/TVO sur l’organisation, datant de novembre 2007 (ndlr : un audit réalisé chaque année dans le cadre d’une procédure de contrôle tout à fait normale et ordinaire) a simplement souligné le fait qu’il manquait dans l’organigramme un coordinateur pour les travaux de soudure. Areva a fait part de cette remarque à Bouygues Construction. Le coordinateur en place ayant en effet démissionné en octobre 2007, un nouveau coordinateur a été nommé dès début février 2008. Aucune opération de soudure structurelle n’a été effectuée durant cet intervalle de temps » a précisé un porte-parole du groupe. Bouygues Construction fait d’ailleurs remarquer que les opérations de soudure structurelles n’ont démarré que mi 2007, après approbation et validation de toutes les procédures. Cette date démonte une partie de l’argumentation de Greenpeace qui a publié sur son site un document interne à Bouygues Construction (ndlr : une spécification des procédures de soudages ou WPS) où la dernière date y figurant est celle du 24 novembre 2006.
Enfin, accusé de « faire travailler des soudeurs non qualifiés pour un tel chantier », Bouygues Construction répond que « tous les soudeurs travaillant sur le chantier ont suivi une formation d’un mois minimum ». « Cette formation est certifiée par l’organisme indépendant Innova » a ajouté le porte parole de Bouygues Construction.

Cette nouvelle affaire intervient après une longue série de problèmes déjà survenus sur le chantier finlandais depuis le début des travaux, fin 2005, sans parler de l’incendie survenu fin juillet. La construction du réacteur affiche déjà plus de deux ans de retard et 2 milliards d’euros de dépassement budgétaire. Pour mémoire, l’EPR avait été vendu par Areva pour 3,3 milliards d’euros à la compagnie d’électricité finlandaise, TVO, maitre d’œuvre.

Jean-Philippe Defawe

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