Paysage

La filière paysage prête à relever le défi du BIM

Mots clés : Sécurite civile

Le Building Information Model (BIM) met les professionnels du paysage en état d’urgence. A l’issue d’une journée d’échanges consacrée à la « palette végétale de demain » initiée par la Fédération nationale des pépiniéristes et horticulteurs professionnels (FNPHP), le 19 janvier à Paris, ce chantier est identifié comme « prioritaire ».

« Si nous n’allons pas vers le BIM, d’autres nous l’imposeront. Soyons la locomotive : nous y trouverons un moyen de faire reconnaître nos droits dans la chaîne de production, face aux bureaux d’études et aux architectes ». Invité à s’exprimer sur les outils nécessaires à la mise en adéquation de l’offre des pépiniéristes avec la demande des créateurs d’espaces verts, le concepteur paysagiste Philippe Thébaud a convaincu ses interlocuteurs. François Félix, président de la Fédération nationale des pépiniéristes et horticulteurs professionnels (FNPHP), annonce son intention de saisir l’association interprofessionnelle du végétal Val’hor pour jeter les bases d’une approche mutualisée du dossier. Cette perspective constitue la principale retombée de la journée annuelle de réflexion prospective du pôle paysage de la FNPHP, ce 19 janvier à Paris.

 

Interopérabilité

 

A l’agence Land’Act que dirige Philippe Thébaud, le BIM est déjà entré dans les mœurs. « Au point que les entreprises adjudicataires des marchés font appel à nous pour traduire le projet en langage BIM et satisfaire ainsi l’exigence posée par le maître d’ouvrage », témoigne le paysagiste concepteur. Ses injonctions ont fait mouche : « Donnons envie ; transformons une charge supplémentaire en chance de faire ».

La mutualisation et l’interopérabilité d’initiatives dispersées pourra jeter les bases d’un projet interprofessionnel : en amont, la FNPHP a créé la base « Végéstock ». Développé dans la région Centre et ouvert depuis décembre à tous les pépiniéristes de France en attendant sa prochaine extension aux horticulteurs, l’outil vise à informer les clients de la disponibilité des plantes. Les adhérents du centre technique national Plante & Cité peuvent accéder à la description des végétaux français grâce à la base de données Végébase. En Pays-de-la-Loire, les pépinières Minier et Lepage se sont associés à un éditeur allemand de catalogues industriels pour associer Végébase au logiciel de conception Autocad, et donner ainsi naissance à Végécad. La base de données américaine Grin offre également un embryon utilisé par certains français.

 

Commencer par l’arbre

 

L’arbre constitue le premier domaine d’application paysagère du BIM évoqué lors des échanges du 19 janvier. Quand il désignerait une espèce, l’utilisateur accéderait à son système racinaire, à ses besoins d’entretien, voire au calendrier des tailles à venir. Il vérifierait la compatibilité de l’implantation et du développement du sujet avec les réseaux souterrains avoisinants. Il anticiperait l’évolution de son architecture au fil du temps… Souvent préconisée pour prévenir les risques de contamination qui frappent les alignements mono-spécifiques comme l’illustre l’exemple des platanes du Canal du midi, la diversification des espèces d’arbres urbains rendra leur entretien plus complexe. Le BIM facilitera ce travail.

L’identification du lien entre l’outil informatique et les tendances du marché explique l’engouement de la vingtaine de professionnels réunis le 20 janvier : « Ce chantier prioritaire facilitera le règlement d’autres sujets », espère François Félix. Grâce aux liens qu’il impose entre les maillons de la chaîne de production des espaces verts, les éleveurs de végétaux voient dans le BIM une clé possible pour résoudre leur difficulté structurelle : le rythme lent des plantes contraint à investir à l’aveugle sur un temps long, alors que les clients, de moins en moins bien formés à la connaissance des végétaux, exigent une satisfaction immédiate.

En amont du BIM, les échanges ont aussi permis d’éclairer les tendances de fond dans l’orientation de la demande : l’esthétique devient secondaire, face aux services rendus par les espaces verts à la biodiversité, au vivre ensemble, à la réduction des pics thermiques. Pour répondre à ces exigences avec des budgets décroissants, les maîtres d’ouvrage privilégient des espèces résistantes aux maladies, peu gourmandes en élagage et en intrants.

 

Maillon manquant

 

Le code des marchés publics répond-il à ces mutations ? Avec la FNPHP, les directeurs de services d’espaces verts regroupés dans l’association Hortis ont élaboré en 2015 un cahier des clauses techniques particulières (CCTP) type. « Nous allons évaluer son utilisation », annonce Jean-Pierre Gueneau, président d’Hortis, conscient que la multiplication des critères aboutit parfois à un effet contraire aux objectifs : le moins disant l’emporte, grâce à l’apparence d’objectivité de l’indication du prix. Conséquence de l’engouement pour les marchés globaux, la raréfaction des lots de fourniture affaiblit les producteurs. Pour consolider la chaîne qui va de la prescription à l’exécution, les entreprises de travaux constituent le maillon à renforcer : elles n’ont pas répondu présent à la sollicitation de la FNPHP, pour la journée prospective du 20 janvier.

Focus

Agriculture urbaine : bouquet d’innovations à la Cité universitaire

L’agriculture urbaine stimule l’innovation végétale. Les deux jours consacrés à ce thème, les 20 et 21 janvier à la cité universitaire internationale de Paris et à l’initiative du réseau technique de l’horticulture Astredhor, ont donné la mesure du foisonnement en cours.

Grâce à l’adaptation du spectre aux exigences de la photosynthèse qui privilégie le bleu et le rouge, le led illustre une approche high-tech de l’agriculture urbaine : les horticulteurs et pépiniéristes peuvent façonner l’architecture des plantes sans produits chimiques, améliorer la floraison, allonger la fructification, stimuler la production d’huiles essentielles des aromatiques. « Les investisseurs intéressés par ces productions proviennent de l’agrobusiness », indique Oscar Stapel, directeur d’Astredhor Loire-Bretagne.

A l’opposé de ce modèle en cours de développement de Detroit à Tokyo, les franciliens de Topager, adeptes du low tech, multiplient les potagers sur les toitures avec des sols enrichis par des déchets urbains – bois d’élagage ou marc de café – puis inséminés par des vers de terre. Le projet « Ecoville » de l’Agence nationale de la recherche, qui associe cette jeune entreprise à l’Agence parisienne d’urbanisme, à plusieurs laboratoires universitaires parisiens et à Plante & Cité, vise à analyser le potentiel d’une économie agricole adaptée à ces pratiques.

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