Vie de l'entreprise Conditions de travail

La convivialité est toujours de mise sur les chantiers

Mots clés : Travail

Le BTP reste un secteur convivial même si la fréquence des festivités est moins importante que par le passé. La suppression de l’alcool sur les chantiers a changé la donne.

Fait-il toujours bon vivre sur les chantiers ? Aux dires des entreprises, la convivialité propre au BTP est toujours présente. Et cela commence tôt le matin. Chef de chantier, chef d’équipe et compagnons prennent encore le café ensemble avant d’attaquer la journée. Un moment auquel certaines entreprises tiennent particulièrement. « Nos journées jeunes de 2010 avaient un thème intitulé le 7 h 45, explique Eric Logheder, responsable du développement RH de l’entreprise francilienne de gros œuvre, CGG. Nous avons souligné aux jeunes encadrants, l’importance d’arriver en même temps que les équipes et de partager ce moment-là avec eux. La convivialité peut alors s’installer et les messages circulent mieux. »

 

Casser les clivages

Les nouvelles générations de conducteurs de travaux, parentalité oblige, partagent davantage les tâches avec leurs conjoints et ne sont pas toujours présents dès potron-minet sur les chantiers. Autre temps convivial : la pause déjeuner. Mais généralement, encadrement de chantier et compagnons font repas à part. La taille des chantiers n’est pas étrangère à ce clivage. « Sur les gros chantiers, l’environnement de bureau est reconstitué avec l’empilement des installations de chantiers, souligne Eric Logheder. Deux zones vie cohabitent alors : le bureau d’un côté et le chantier de l’autre. » Pour casser ces séparations, nombre d’entreprises organisent, chaque fin de semaine, un repas commun. Par temps sec, les grillades sont au menu. Pour Frédéric Watel, directeur d’exploitation chez Rabot Dutilleul Construction, « l’esprit d’équipe est resté présent, mais la dimension a changé. Aujourd’hui, chaque entreprise organise son moment à elle, avec ses équipes. Il y a quelques années, ces moments conviviaux réunissaient tout le personnel chantier ».
La fin du gros œuvre reste l’événement fédérateur sur les chantiers. Méchouis et gigots bitume sont l’occasion de réunir client, architecte, sous-traitants le temps d’un repas. Tables et nappes blanches sont alors sorties. Des traiteurs se sont d’ailleurs spécialisés dans le gigot bitume, comme MG Traiteur, qui dispose de six fondoirs à bitume. La demande reste forte malgré la crise et quelques appels inquiets relatifs aux fumées de bitume… D’autres événements, comme les vacances de fin d’année ou d’été, sont encore fêtés. Mais, les pots à tout-va ont disparu. « La suppression de l’alcool a changé la donne, confirme Frédéric Watel. On essaie par d’autres biais, notamment les petits-déjeuners, de réinstaurer des moments conviviaux avec les équipes chantiers et les entreprises sous-traitantes. »

 

DIALOGUER – « Un moment d’échange avec les compagnons »

 

 

Chaque vendredi, Carlos Alberto Rodrigues Gil, maître compagnon chez ETI, organise un repas avec « sa garde rapprochée ». Actuellement basé à Romainville (Seine-Saint-Denis) sur plusieurs chantiers de logements, il partage ce déjeuner de fin de semaine avec une dizaine de personnes – conducteur de travaux, chef de chantier et compagnons. Au menu : grillades, légumes et autres douceurs portugaises. Un rendez-vous systématique et systématisé. « Nous implantons sur nos plans l’abri pour le barbecue, indique le maître compagnon. Je demande à un de mes gars de s’occuper des grillades, chacun participe et paie sa part. » Un moment de partage qui se déroule dans le réfectoire dédié à l’encadrement du chantier et durant le temps de pause normalement prévu pour déjeuner. « Cela permet aux gars de ne pas apporter de gamelle ce jour-là, précise le chef. » Pendant le temps du repas, personne ne parle du chantier. Les discussions sont ailleurs… Foot, politique, Portugal, les sujets ne manquent pas. Pour Arthur Thebault, jeune conducteur de travaux, ce rendez-vous hebdomadaire est une bonne « occasion d’échanger avec les compagnons dans un autre environnement que le chantier ». Et d’apprendre quelques mots de portugais.

Les moyens

Chaque vendredi, le maître compagnon organise un déjeuner pour son équipe.

 

PARTAGER – « Ce gigôt bitume traduit la bonne entente du chantier »

 

 

Jean-Charles Huet, architecte du vaste projet Paris Store mené au cœur de Roubaix (magasin Paris Store, bureaux et 58 logements), a profité de l’importance du lot étanchéité (près de 7 000 m2) pour relancer la tradition du gigot bitume. A l’occasion de la fin du clos couvert, 120 compagnons et les parties prenantes de cette opération ont donc dégusté une douzaine de gigots, emmaillotés dans du papier aluminium et cuit pendant une heure et demie dans un bac de bitume chauffé à 200 degrés par José Chaves (Chaves Etanchéité), 62 ans, venu spécialement de Picardie pour l’occasion. « En arrivant sur ce chantier, assez compliqué, je pensais que cela allait être la guerre, indique l’architecte. Mais il y a eu une ambiance comme j’en ai rarement connu dans le Nord. Ce gigot bitume, traduit cette bonne entente. Partager un tel moment permet de parler d’autre chose que du chantier en cours, de connaître la vie des gens que l’on côtoie. Cela facilite les échanges par la suite. » Un avis partagé par Franky Descheemaecker, chef de chantier chez Scarna, en charge du gros œuvre sur ce chantier, qui n’a eu aucun mal à convaincre son patron de financer cette fête. « Cela apaise les tensions et permet d’oublier tous les coups durs du chantier », exprime-t-il. Une tradition qui a, malgré tout, tendance à se perdre. « Les gigots bitume ont été remplacés par les brochettes merguez organisées à l’initiative des chefs du chantier, indique Carmelo Scarna, P-DG de l’entreprise de gros œuvre. Nous essayons de les systématiser et profiter de l’occasion pour inviter les personnels du siège de l’entreprise. » Pour Olivier Diverchy, directeur de travaux du menuisier Horizons, invité lors de ce gigot bitume, « ces moments permettent aussi de maintenir et développer des liens commerciaux avec les entreprises et les architectes présents ».

Les moyens

Tous les intervenants du chantier se sont retrouvés le temps d’un repas pour fêter la fin du clos couvert.

 

 

MOTIVER – « C’est au patron de chantier de donner le ton »

 

 

Depuis plus de deux ans, Stéphane Caparros, patron d’une opération de 258 logements (cinq bâtiments) à Evry, lâche ses occupations vers 11 h 45 pour rejoindre la cuisine installée non loin des bureaux. Tous les midis, sauf rendez-vous à l’extérieur, Stéphane Caparros, chef de service travaux de 36 ans, se met aux fourneaux pour l’équipe Bateg encadrant le chantier. Chef d’équipe, chef de chantier, maître compagnon, conducteurs de travaux… il cuisine chaque jour pour une dizaine de personnes ! Au menu : une cuisine familiale composée d’un plat unique (viande et accompagnement), de fromage et d’un dessert. Le tout arrosé d’un peu de vin. « Je fais la liste des courses le matin et la donne au mousse, également chargé de faire les courses pour les compagnons et de nettoyer les vestiaires », indique-t-il. Coût moyen par repas : 4 euros. Dans le réfectoire, équipé d’une cuisinière, d’un réfrigérateur, d’un congélateur et d’un lave-vaisselle, un tableau récapitule, semaine par semaine, l’état des encaissements de chaque participant aux repas. Vers 12 h 15, la salle du réfectoire et les verres se remplissent. Petit apéritif avant de passer à table. Chacun participe à sa façon : l’un met la table, un autre se lève pour aller faire les cafés. Cette convivialité est à l’image de l’équipe. « Nous passons douze heures ensemble chaque jour dans un but commun : le chantier. Autant que ce soit dans la bonne humeur, motive Stéphane Caparros. C’est au patron de chantier de donner le ton, d’insuffler cet esprit convivial. » Un rendez-vous quotidien, qui permet d’apaiser les tensions, de créer un esprit d’équipe et de fidéliser ! Philippe Fernandez, fraîchement embauché comme conducteur de travaux chez Bateg, suivra Stéphane Caparros sur son prochain chantier. D’autres le suivront également.

Les moyens

Le patron du chantier cuisine chaque jour pour son équipe, soit une dizaine de personnes.

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X