Performance énergétique

La construction modulable en bois séduit les bailleurs sociaux

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Bois - Logement social - Maison individuelle

Quatre bailleurs sociaux de la région Rhône-Alpes ont lancé la construction de 200 maisons individuelles. Construites en série à partir de pièces standards, elles coûtent 10% moins que le marché et les délais de fabrications sont très courts.

 

Les vertus d’un logement en bois ne sont plus à démontrer. Durable, économique, rapide à construire, il représente une alternative au béton et au parpaing. Pourtant, seules 11% des maisons individuelles françaises sont en bois. Si elles ont doublé depuis une dizaine d’années, elles restent très marginales, notamment en comparaison avec le Canada ou les pays scandinaves. Quatre bailleurs sociaux de la région Rhône-Alpes ont décidé de se lancer sur ce segment. Ils ont porté un projet de réalisation de 200 maisons individuelles à ossature bois et font le pari de construire plus vite et moins cher que des logements classiques. Lancé en 2013, un appel d’offre en conception réalisation a été remporté par un groupement d’entreprises locales. La première maison sera livrée en juin 2015, pour un projet étalé sur quatre ans.

« Cette démarche inter-bailleurs, née il y a deux ans, visait à trouver une solution technique innovante et durable qui permet de diminuer les coûts de construction, souligne Alain Villard, dirigeant de Drôme Aménagement Habitat (DAH), l’un des bailleurs porteur du projet. Et nous avons réussi, puisque le coût de revient de la maison est de 1 250 euros par mètre carré habitable, hors terrain et VRD, mais honoraires d’architecte inclus. » Un prix qui se situe en moyenne 10% en dessous du marché local. Au-delà du coût de revient, les délais de fabrication ont été réduits à six mois, du permis de construire à l’assemblage.

 

Production en série

 

Pour réussir ce tour d’adresse, le groupement d’entreprises a décidé de standardiser la fabrication des maisons et produire en série la vingtaine de pièces en bois qui composent le logement. Modulable à souhait, il pourra être installé sur n’importe quel terrain. « Les bailleurs sociaux récupèrent souvent le foncier résiduel, celui que délaisse les promoteurs et le privé, indique Jérôme Morin, architecte chez AGC Concept, l’un des cabinet du groupement d’entreprises. Nous sommes donc contraints de dimensionner les maisons afin qu’elles consomment le moins de terrain possible. » La principale difficulté des architectes a été de garantir aux bailleurs un prix de vente assez bas tout en adaptant le logement. « Nous avons demandé aux charpentiers de faire des demi-trames pour disposer d’une plus grande souplesse dans l’ossature », poursuit Jérôme Morin.

L’entreprise Pierrefeu, spécialiste de la construction de maisons en bois et l’un des deux charpentiers du groupement, réalise des pièces aux dimensions standards. « Nous utilisons toujours les mêmes pièces, assure Manuel Pierrefeu, le directeur général. Nous les fabriquons en série, nous les stockons et nous construisons les maisons à la demande. Le process étant toujours le même, nous gagnons un temps considérable sur les chantiers. » En vitesse de croisière, l’entreprise prévoit de supprimer complètement les délais, et de construire les maisons du jour au lendemain, une fois la dalle de béton coulée et sèche. Pour Jérôme Morin, l’utilisation du bois, « une technique sèche de prise immédiate », permet justement de réduire les délais et la pose.

 

Logement de qualité

 

Et pour gagner du temps, autant aller chercher la matière première au plus près et faire tourner l’économie locale. 70% à 90% du bois, majoritairement du pin Douglas, vient des forêts rhônalpines. 10% à 20%, des Vosges et moins de 10% est importé d’Allemagne.

Réduire les coûts au maximum n’est pas synonyme de qualité médiocre. Au contraire. « Nous avons rédigé un cahier des charges très strict, insiste Alain Villard. Il ne faut pas que nos locataires aient l’impression de vivre dans un logement de loisir. Nous avons par exemple refusé l’installation de salles de bains préfabriquées. » La performance énergétique n’a, de son côté, pas été négligée. La consommation de chauffage du logement n’excède pas les 50kWh/m²/an, soit la norme de la RT 2012 en vigueur, et pourra descendre jusqu’à 40kWh.

 

« Culture française du béton »

 

Construire des logements sociaux en bois est-il une tendance ou un véritable engagement ? Alain Villard veut croire que le projet va « dans le sens de l’Histoire. En toute modestie, je pense qu’au lieu de 200, c’est 300 maisons que nous livrerons d’ici à quatre ans ». Manuel Pierrefeu est également convaincu de l’avenir de la construction bois, notamment pour résoudre la pénurie de logements sociaux : « C’est écologique, rapide, moins cher et fait tourner l’économie locale ! Mais en France, nous avons la culture du béton. Dans les mentalités, le bois vieillit mal et n’est pas résistant, alors que ces maisons peuvent se conserver des décennies. »

De là à voir pousser des logements collectifs en bois de huit étages sur tout le territoire national, comme c’est le cas en Suède et dans les Vosges, il y a encore de la marge. Les difficultés, acoustiques autre autres, les empêchent d’être compétitifs. « Mais l’architecture évolue… » glisse Alain Villard.

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  • - Le
    Merci pour votre vigilance, même le Moniteur en avait parlé: http://www.lemoniteur.fr/181-chantiers/article/actualite/23427718-le-toit-vosgien-inaugure-un-batiment-en-bois-et-paille-de-grande-hauteur. Mais de là à voir cette construction se généraliser, il y a effectivement de la marge, notamment en termes de coûts. Timothée L’Angevin
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  • - Le

    Rectification

    De là à voir pousser des logements collectifs en bois de huit étages, comme c’est le cas en Suède, il y a encore de la marge dites-vous ? Non,il n’y a pas de marge, cela existe déjà en France, et en paille en plus : http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/05/19/dans-les-vosges-un-hlm-de-huit-etages-en-paille_4421393_3244.html
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