Ingénierie

« La chute des commandes publiques inquiète les ingénieristes », Nicolas Jachiet, Président de Syntec-Ingénierie

Mots clés : Conception - Entreprise du BTP - Finances publiques - Travaux publics

Comme les entreprises de travaux publics, les sociétés d’ingénierie sont plombées par la crise qui touche les projets d’infrastructures. Par la voix Nicolas Jachiet, président de Syntec Ingénierie, elles plaident pour que l’investissement ne soit pas la seule variable d’ajustement des finances publiques.

Comment les ingénieristes abordent-ils 2015 ?

Nicolas Jachiet : Tout d’abord nous nous félicitons de la confirmation par le Ministre de l’Economie du plan de relance autoroutier, qui constitue un élément important pour le plan de charge de nos entreprises, et au-delà pour toute la filière des travaux publics. Mais nous déplorons qu’il ait trop tardé, car aujourd’hui, la situation est alarmante dans le domaine des infrastructures, où nous observons une nette chute de la commande publique. Au vu de nos carnets de commande, nous prévoyons une baisse d’activité comprise entre – 5 % et – 15 % ! Signe tangible de la crise : nombre de nos adhérents s’ouvrent à nous des difficultés qu’ils rencontrent.

 

Quels sont les facteurs qui expliquent une telle chute ?

N.J: Un ensemble d’éléments négatifs est à l’œuvre. Suite aux élections municipales en 2014, les prises de commandes des collectivités locales ne sont pas reparties. Et les élections départementales, puis régionales de cette année, combinées à la réforme territoriale, vont plutôt favoriser un certain attentisme. Côté financement, le budget de l’Agence de financement des infrastructures de transports (Afitf), sauvegardé temporairement pour 2015, est grevé par l’indemnisation due à Ecomouv’. Et l’Etat va ponctionner annuellement 175 millions d’euros sur les agences de l’eau. Enfin la réforme ferroviaire a, au moins provisoirement, réduit la part d’activité confiée à l’ingénierie concurrentielle. Cela fait quand même beaucoup !

 

Comment la situation peut-elle être redressée ?

N.J: Nous martelons le message auprès des décideurs publics que l’investissement ne doit pas être la seule variable du nécessaire ajustement des finances publiques. Les efforts doivent porter aussi sur les recettes (pas seulement la fiscalité, mais aussi les paiements par l’usager) et sur les dépenses de fonctionnement. L’investissement lui-même doit être optimisé : c’est au cœur de la vocation de l’ingénierie. Et, en soi, faire davantage appel à l’ingénierie privée, plutôt qu’à l’embauche d’agents publics, favorise aussi la flexibilité dans les dépenses publiques.

 

L’évolution est-elle semblable dans le bâtiment ?

N.J: Le bâtiment n’a pas connu en 2014 la même chute brutale que les infrastructures. Mais, depuis 2008, le secteur subit les effets de la crise, de façon toutefois plus lissée dans le temps.

 

Vous dites que la réforme ferroviaire a conduit à réduire votre activité dans le secteur. Comment cela se manifeste-t-il ?

N.J: La priorité de SNCF Réseau, et que nous partageons, est la rénovation du réseau existant. Depuis une petite dizaine d’années, nos adhérents avaient commencé à travailler sur ces sujets sur deux types de missions : les mandats de maîtrise d’ouvrage et la maîtrise d’œuvre. Mais ces missions ont été stoppées avec la préparation, puis la mise en œuvre de la réforme ferroviaire. Depuis lors, les marchés qui sont sortis  pour le secteur concurrentiel sont peu nombreux et très parcellisés, ce  qui déresponsabilise les différents acteurs.

 

Cela signifie-t-il que SNCF Réseau ne va plus faire appel à l’ingénierie privée ?

N.J: Les dirigeants de SNCF Réseau tiennent un discours positif sur l’ingénierie concurrentielle, qui doit avoir toute sa place dans les projets du nouvel SNCF Réseau. Des groupes de travail ont été constitués pour favoriser une  politique d’achat ouverte et efficace de la part de SNCF réseau, qui souhaite nouer des partenariats industriels. Mais, dans les faits, cela prend du temps. Dans l’intervalle, nos adhérents ressentent clairement une baisse d’activité dans le domaine ferroviaire.

 

Qu’attendez-vous des partenariats industriels avec SNCF Réseau ?

N.J: Quelles que soient les formes juridiques que ces partenariats puissent prendre, ils doivent avant tout nous donner de la visibilité et un plan de charge à moyen terme. Nous demandons à pouvoir obtenir des blocs de maîtrise d’œuvre d’une taille suffisante, qui correspondent à la fois au modèle économique de nos entreprises et à ce que nos ingénieurs aiment bien faire, à savoir prendre de la responsabilité au sein d’équipes projets.

 

La directive européenne sur les marchés publics en cours de transposition promeut notamment les contrats globaux. Est-ce une bonne nouvelle ?

N.J: Il est légitime d’avoir une diversité de modes de commande publique adaptés à la spécificité des opérations. Mais nous mettons en garde contre la généralisation des contrats globaux, qui est une fausse bonne idée de simplification. Contrat global ne veut pas dire optimisation du coût global. Les frais d’offre sont souvent élevés, la conception n’a pas toujours la place nécessaire pour optimiser le projet et le contrat lui-même a une forte rigidité : une fois signé, il est difficile de le faire évoluer. Au contraire, une maîtrise d’œuvre indépendante (technique ou architecturale) est un gage important pour l’adaptation des projets au cours de leur conception et de leur réalisation, et demeure un élément fondamental de la qualité des ouvrages.

 

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