Paysage

La bataille du titre galvanise les concepteurs paysagistes

Mots clés : Aménagement paysager - Démarche environnementale

A l’approche de l’adoption de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, la Fédération française du paysage, réunie les 26 et 27 juin à Montpellier pour son Assemblée générale annuelle, se prépare à fêter une victoire historique : la reconnaissance du titre de concepteur paysagiste.

La fédération française du paysage (FFP) suit à la trace la navette parlementaire de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages. Après l’approbation par les députés d’un amendement désormais inscrit à l’article 72 du projet, le nouvel épisode en cours se joue autour d’un mot lourd de conséquences, dans la nouvelle mouture proposée aux sénateurs : « Dénomination » ou « Titre » ? « Selon qu’on choisit la définition commerciale ou juridique, l’enjeu se déplace du terrain de la concurrence déloyale vers celui de l’usurpation », a décrypté Jean-Marc Bouillon, président de la FFP, le 26 juin à Montpellier devant les paysagistes rassemblés en Assemblée générale.

Le décret interministériel qui, fin novembre 2014, a créé le Diplôme d’Etat de paysagiste, justifie la confiance des concepteurs, soutenus par l’association interprofessionnelle Val’hor. Déjà, les concepteurs préparent l’étape suivante : après avis favorable de jurys où la FFP siégera à hauteur d’un tiers, en compagnie des représentants de l’Etat et des professions de l’aménagement, des paysagistes non diplômés pourront accéder au titre. Jean-Marc Bouillon espère un recrutement « massif et contrôlé » qui permettrait à quelque 500 professionnels de continuer à répondre aux appels d’offres de concepteurs paysagistes.

 

Adhésions en croissance

 

Au moment où Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, lance son plan national d’actions pour le paysage, la perspective d’une reconnaissance légale crée un contexte favorable à la poursuite du renforcement spectaculaire des troupes de la FFP : depuis 2008, les adhésions ont progressé de 75%, pour atteindre 720. « Nous évaluons notre représentativité à 20% de la profession, un chiffre exceptionnel pour les organisations professionnelles », commente le président. « Si nous restions sur ce rythme, nous franchirions le seuil des 1 000 en 2017, avec 1 069 adhérents », complète Hervé Leroy, trésorier de la FFP.

Les nouveaux gisements que prospecte l’organisation proviennent du secteur public et parapublic : « Ces nouvelles recrues contribueraient à décloisonner les mondes de la maîtrise d’œuvre et de la maîtrise d’ouvrage », espère Jean-Marc Bouillon. La stimulation des capacités de réflexion internes passera, dans les mois à venir, par la création d’un think-tank collaboratif.

 

Comptes rouges

 

Mais la médaille de la croissance a son revers : 22% des troupes se recrutent parmi les demandeurs d’emploi, dont la cotisation s’élève à 15 euros, une somme inférieure au coût des services rendus. « Jamais l’Etat ne nous a autant soutenus, et pourtant nous n’avons jamais été aussi fragiles », commente le président. Entre l’augmentation des charges et la diminution de la cotisation moyenne, l’effet de ciseau se traduit par une impasse de 30 000 euros dans le budget 2014. Pour le combler, la FFP incite ses membres à solliciter les entreprises et fournisseurs pour publier des publi-reportages dans la rubrique « L’écho des chantiers » de son site.

Moment fort de l’Assemblée générale de Montpellier, le défilé de 12 pépinières représentant les 37 membres du « pôle paysage » de la Fédération nationale des pépiniéristes et horticulteurs professionnels a montré la réciprocité d’un désir d’échanges : « Comme vous, nous aimons les plantes, et la France dispose d’une richesse variétale incomparable. Encore faut-il que nous les vendions. Dites-nous ce que vous voulez que nous cultivions », leur a lancé la pépiniériste basque Isabelle Betbeder, porte-parole du groupe.

 

Chaleur interprofessionnelle

 

Mais la plus belle démonstration d’unité interprofessionnelle est venue de Val’hor : l’association qui regroupe les neuf familles de la filière française du végétal a financé à hauteur de 26 000 euros l’accompagnement juridique de la bataille du titre. « En présentant vos comptes sous l’angle de la bouteille à moitié pleine, vous m’avez touché. Certes, il ne s’agit pas de tout peindre en rose, mais de compter sur ses capacités à se prendre en main. Votre déficit ne reflète pas votre dynamisme. Même dans la difficulté, vous ne sélectionnez pas vos adhérents par l’argent ». Par cet éloge du sens du collectif, Benoît Ganem, président de Val’hor, aura contribué à entretenir le souffle d’optimisme qui continue à porter les concepteurs paysagistes.

 

Focus

Les divisions en cours de comptage

Parmi 3 376 actifs recensés dans la population de 4 200 diplômés des six écoles de concepteur paysagistes depuis 1976, les premières résultats de l’étude confiée à l’association interprofessionnelle Val’hor laissent apparaître 51% de libéraux, 24% de salariés et autant de chômeurs.

La répartition des chiffres d’affaires des agences préoccupe la profession : 42% d’entre elles bouclent leur exercice à moins de 50 000 euros, 15% entre 50 et 75 000, 28% entre 75 et 225 000, 7% entre 225 et 600 000, 2% entre 600 000 et 1,2 million, et seulement 3% au-delà.

Le ministère de l’Ecologie procède à un recensement complémentaire des concepteurs paysagistes du secteur public et parapublic. L’analyse des marchés publics de paysage fait l’objet d’une seconde étude confiée par l’interprofession à Vecteur Plus (groupe Infopro Digital).

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
  • - Le

    Il n'y a pas que les écoles françaises

    Ne pas oublier les paysagistes diplômés d’écoles étrangères qui sont très nombreux en France, du fait du peu d’écoles françaises de paysage avant la vague des ouvertures dans les années 90.
    Signaler un abus
  • Commenter cet article
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X