Aménagement

L’urbanisme forcené a rendu la Louisiane vulnérable

L’érosion côtière et le recul des marais en Louisiane dus à l’activité humaine ont fait disparaître une importante protection naturelle contre les cyclones, déplorent des experts qui avaient averti d’un désastre de l’ampleur de celui provoqué par Katrina.

« En raison du recul continu de la terre et de la disparition des bancs de sable, de nombreuses zones côtières peuplées en Louisiane, y compris La Nouvelle-Orléans, sont entièrement exposées aux éléments du Golfe du Mexique », a expliqué dans un communiqué Valsin Marmillon, un porte-parole d’America Wetland (marais), un mouvement pour la sauvegarde de la côte louisianaise.
« La triste ironie c’est que les digues et canaux construits le long du Mississippi à partir des années 30 pour protéger les populations des inondations ont eu pour conséquences d’empêcher les dépôts de sédiments du fleuve dans son embouchure », a-t-il ajouté.
Ces travaux avaient été entrepris après des inondations meurtrières en 1927.
Ces sédiments et alluvions – dont 50% sont estimés être rejetés directement dans l’océan -, permettraient de préserver et d’étendre les zones marécageuses dans le Delta du Mississippi « qui constituent les plus grandes barrières naturelles » aux cyclones et tempêtes tropicales fréquents dans cette région des Etats-Unis.

Depuis que ces digues ont été construites, plus de 5.000 km2 de marais ont disparu.
Selon les projections de l’Etat de Louisiane, près de 1.300 km2 devraient encore disparaître au cours des 50 prochaines années sans travaux d’aménagement pour enrayer cette érosion.
« La Nouvelle-Orléans ne sera pas à l’abri d’un autre désastre comme celui provoqué par Katrina (le 29 août) tant que nous n’aurons pas restauré ces protections naturelles contre des cyclones », a mis en garde Robert Twilley, un expert des marais et professeur à l’Université de l’Etat de Louisiane.
Il dirige aussi une équipe d’experts chargés d’un projet de deux milliards de dollars visant à restaurer les zones marécageuses en Louisiane.
Selon lui, « il faudrait quelque 14 milliards de dollars » pour rétablir une superficie suffisante de marécages pour fournir une protection adéquate à La Nouvelle-Orléans.

La ville se trouve en grande partie sous le niveau de la mer dans une cuvette située dans le delta du Mississippi et le lac Ponchartrain au nord.
Citant des simulations informatiques, Gregory Stone, professeur de géologie côtière à l’université de Louisiane, a expliqué que la montée des eaux provoquée par un cyclone ou une tempête, était réduite de 30 cm pour chaque 2,5 km2 de zone marécageuse.
« Nous disposons également de données montrant que la côte de Louisiane sera de plus en plus vulnérable au fil des années si les marais et les barrières de sable ne sont pas restaurés », a ajouté ce scientifique.

Alors qu’un consensus s’est développé ces dernières années quant à l’importance de travaux de restauration des marais dans le delta du Mississippi, une délégation d’élus de Louisiane au Congrès est parvenue à faire inclure une disposition dans la dernière législation sur l’énergie prévoyant 540 millions de dollars pour de tels projets. La Maison Blanche s’y était opposée.

Ce texte, adopté par le Congrès et signé par le président George W. Bush au début de l’été, force le gouvernement fédéral à utiliser une partie de ses royalties pétrolières et gazières dans le Golfe du Mexique pour ce financement.
Un autre projet de loi sur l’eau encore discuté au Congrès prévoit 1,9 milliard de dollars pour la restauration côtière.
Jean-Louis SANTINI (AFP)

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