Recherche & développement

L’innovation au cœur du Grenelle : un premier rapport « décoiffant »

Le groupe de travail sur l’innovation lancé en mai dernier par le président du plan Bâtiment Grenelle, Philippe Pelletier, vient de rendre un rapport intermédiaire. Définition de l’innovation, organisation de la filière, processus constructif, mesure et vérification, assurance et certification, financement jusqu’à la création d’un nouveau métier lié à la performance énergétique… 18 propositions y sont présentées.

Co-Piloté par Inès Reinmann (associée chez Acxior Corporate Finance) experte dans le secteur immobilier et Yves Farges, président du comité des travaux de l’Académie des Technologies, le groupe de travail sur l’innovation a rendu, le 17 janvier, un rapport intermédiaire, qui présente des propositions pour favoriser l’innovation dans le secteur du bâtiment. Cette base d’orientations servira à une seconde période de travail qui aboutira à un nouveau rapport de solutions concrètes rendu fin juin.
La vision est moderne et quelque peu « décoiffante » dans un secteur qui reste encore sur certains aspects très traditionnel.
Alors que l’innovation s’appuie aujourd’hui sur des critères uniquement technologiques, le rapport s’attache à en définir une nouvelle approche, en intégrant les aspects financiers, organisationnels, de conception, commerciaux et de comportement. Il s’agit en fait d’apporter des réponses globales à des besoins d’amélioration d’un service et de passer ainsi à la performance d’usage.
S’agissant des préoccupations, il faut dès à présent élargir la notion de performance à l’ensemble des aspects qui représentent aujourd’hui un enjeu majeur : énergie mais aussi environnement et santé. Le confort se retrouve dans la performance d’usage.
Le groupe de travail a identifié les leviers à l’innovation, à travers trois grandes étapes de l’innovation : émergence, accès au marché et appropriation.

Emergence

Innovations et processus de construction

Une fois la définition posée, les rapporteurs estiment que beaucoup d’innovations pourraient venir de la simple transposition d’innovations venant de voisins européens ou de l’international. L’objectif étant de faire sortie le marché français de l’exception nationale.
Proposition 1 structurante : Réaliser une étude macro-économique de dimension internationale sur le processus de construction dans le secteur du bâtiment, afin de dégager les possibilités d’introduction d’innovations et d’identifier avec certitude les coûts de non-qualité et les voies de progrès vers une mise en oeuvre plus fiable, moins chère et axée sur la performance réelle finale.

Plates-formes

Le monde du bâtiment est un système complexe composé de très nombreux acteurs : l’industrie, la formation, la démonstration, les grands constructeurs et l’artisanat, la recherche fondamentale et appliquée. La coopération entre eux est trop faible et à l’instar de l’industrie automobile dans les années 80, il convient de passer vers des logiques de plateaux où se retrouvent les acteurs. Des expériences commencent à se faire jour, comme sur la ville d’Orléans, où le BRGM, le pôle de compétitivité S2E2, la région Centre et la mairie sont en train de constituer une plate-forme spécialisée dans les apports de chaleur par géothermie, la simulation et le contrôle commande des bâtiments, laquelle jouera, en plus d’une fonction nationale, un rôle important d’animation territoriale.
Proposition 2 : Créer des « plates-formes d’innovation » sur le territoire, spécialisées dans le bâtiment et regroupant la formation, le transfert de R&D, la démonstration et le développement d’entreprises. Ces plates-formes doivent impérativement fonctionner en réseau pour mettre en commun compétences et projets.
Pour le financement de ces plates-formes, les rapporteurs citent en exemple le modèle allemand « Fraunhofer », un modèle financier qui consiste à rendre Fraunhofer-Gesellschaft, qui regroupe les 57 Instituts Fraunhofer, dépendant de son succès commercial (les 2/3 du budget proviennent des contrats de recherche avec les industriels ou de fonds publics, 1/3 du gouvernement et des Länders).
Proposition 3 : Prendre modèle sur le financement des Instituts Fraunhofer pour les plateformes avec des recettes privées élevées et un abondement de l’Etat et des Régions, au-delà des premiers investissements qui viendront largement de la puissance publique.

Lieux de l’innovation

Nombreux et disséminés, les acteurs en matière de R&D ne discutent pas entre eux. Un partenariat entre eux est largement souhaité.
Proposition 4 : Conditionner les financements publics accordés aux opérateurs
publics de R&D (universités, organismes de recherche, centres techniques, etc.) à une exigence minimale de fonctionnement en commun sur des projets de recherche concernant le bâtiment, qu’ils soient distribués directement par les ministères ou bien sous forme d’appel à projet.
Proposition 5 : Créer un lieu de partage de l’ensemble des travaux de R&D publics, qui pourra être virtuel et étendu à l’observation des performances des bâtiments en exploitation. Ce rôle peut-être tenu par les centres de ressource, dont c’est la vocation, à un niveau national et par les plates-formes en ce qui concerne l’observation des performances.

Accès au marché

Financement de l’innovation

Pour les demandes d’aides des PME (40 à 50 dossiers reçus par Oséo chaque jour), qui gagneraient en efficacité en étant groupées, une coordination est souhaitée. De même, qu’Oséo qui ne peut participer au capital des entreprises qu’en apportant des « quasi-fonds propres », son action pourrait être étendue.

Proposition 6 : Renforcer la formation et la mission de coordination des pôles de compétitivité (et des plates-formes) dans le secteur du bâtiment, notamment concernant les aspects financiers et de plan d’affaire des projets.

Proposition 7 : Accorder à Oséo la possibilité de participer au capital des entreprises sous forme de fonds propres et étendre ainsi l’activité de la Caisse des Dépôts et Consignations.

Assurance et certification

Toute technique de construction innovante ne relevant pas du domaine traditionnel, doit, pour des raisons de maîtrise de la sinistralité et d’assurabilité décennale, faire l’objet d’une évaluation technique préalable d’aptitude à l’emploi, tel un AT du CSTB ou une Appréciation Technique d’Expérimentation avant mise en oeuvre. Or ces procédures sont longues ; le CSTB a donc créé le Pass’Innovation. Mais, le dispositif n’a pas encore atteint la taille critique lui permettant de compenser l’afflux de demandes vers les AT ou les Appréciations Techniques d’Expérimentation. De plus, l’obtention d’un Pass’Innovation ne permet pas à l’heure actuelle de faciliter celle d’un Avis Technique.
Proposition 8 : Par le biais d’un dialogue entre le CSTB et les assureurs, systématiser l’entrée d’un produit ou système innovant dans la « liste verte » des assureurs dès lors qu’il a reçu un avis favorable du CSTB ou d’un autre organisme européen.
Proposition 9 : Démultiplier les moyens de certification grâce aux plates-formes territoriales et à la simplification des démarches ultérieures à l’obtention d’un Pass’Innovation. Coordonner certification et mise en place de « zones franches d’expérimentation ».

Mesurer et vérifier

L’idée est de définir à la fois ce qui doit être mesuré avant et après travaux et comment on peut évaluer l’impact des travaux en neutralisant les paramètres extérieurs : climat, évolutions du mode d’utilisation du bâtiment et autres travaux réalisés simultanément. Mais aussi d’arriver à des plans dont les coûts d’application représentent un faible pourcentage des économies obtenues (de l’ordre de 2-3%). Les protocoles devront inspirer confiance à la fois à ceux qui commandent les travaux, à ceux qui paient les dépenses énergétiques et à ceux qui réalisent les travaux.
Proposition 10 : Etablir des protocoles de mesure et de vérification permettant de prouver les gains d’énergie effectivement obtenus suite à une mise en oeuvre de solutions globales ou ponctuelles d’efficacité énergétique.
Proposition 11 : Généraliser leur utilisation via dans un premier temps une obligation dans les travaux bénéficiant d’aides de l’Etat ou dans les travaux sur les bâtiments publics, notamment les Contrats de Performance Energétique qui sont particulièrement adaptés.

Appropriation

Maturité du marché

Si le potentiel de valorisation pour les bâtiments neufs va s’avérer dans les prochaines années, le risque de perte de valorisation pour le parc existant est quant à lui bien réel. La Loi Grenelle 2 prévoit une obligation de travaux sans être plus explicite à ce stade sur les investissements à réaliser. Ces incertitudes peuvent expliquer en partie pourquoi le marché tertiaire de l’ancien semble actuellement bloqué car les coûts d’amélioration de performance énergétiques ne sont pas encore définis.
Proposition 12 : Préciser rapidement les grandes lignes de l’obligation de travaux à laquelle le tertiaire sera soumis fin 2011 et y prendre en compte l’innovation.
Avec pour objectif de responsabiliser les occupants sur leurs consommations énergétiques, le compteur intelligent devrait devenir une pièce maîtresse.
Proposition 13 : Inscrire le déploiement des compteurs intelligents dans l’agenda contraignant prévu dans le troisième paquet énergie-climat européen (100% des foyers en 2022) en tenant compte des enseignements des expérimentations en cours.
Proposition 14 : Imposer dans le cahier des charges des compteurs intelligents le comptage de l’ensemble des fluides, leur interopérabilité avec les autres équipements communicants du bâtiment, leur interaction avec les équipements domestiques et une fonction d’affichage et de commande accessible à l’occupant.

Groupement d’entreprises

L’idée est ici de construire mieux et moins cher, sans pour autant créer des liens de sous-traitance. D’où le regroupement d’entreprises qui permet d’abaisser drastiquement les coûts, tout en augmentant la qualité de construction.
Proposition 15 : Soutenir les groupements d’entreprises du bâtiment grâce à des aides (incitations publiques pour les marchés de construction et de rénovation, exonération de charges sociales et participation aux fonds propres par Oséo par exemple).

Intégrateur de service à la performance énergétique

Les rapporteurs estiment qu’une voie intermédiaire et complémentaire vers l’amélioration des processus peut être prise, celle de la création d’un nouveau métier d’« intégrateurs de services à la performance énergétique ». Ces derniers devront fournir la préconisation des travaux à réaliser, un plan de financement, la sélection des entrepreneurs, le suivi des consommations… En fait, l’offre globale mais avec en plus une garantie totale de résultat se traduisant par un engagement contractuel.
Proposition 16 : Créer un label « intégrateur de services à la performance
énergétique » et soutenir également le développement de ce nouveau métier grâce à des aides (exonération de charges sociales et avances remboursables d’Oséo par exemple).
Proposition 17 : Orienter l’éco-prêt à taux zéro sur la performance énergétique en allant jusqu’à 100% du financement des travaux pour autant qu’il soit réalisé par un intégrateur de services à la performance énergétique certifié et que l’économie d’énergie garantie atteigne un seuil minimum (20% par exemple).

Energies fatales

Les énergies fatales (énergies perdues dans de nombreux procédés, comme par exemple les centrales électriques) sont encore peu utilisées, alors qu’elles peuvent être en partie valorisées. Elles sont d’autant plus intéressantes qu’elles sont utilisables sur un ensemble de bâtiment, voire sur un quartier en fonction de la source.
Proposition 18 : Insister sur l’utilisation des énergies fatales dans l’étude de faisabilité des approvisionnements en énergie nécessaire à toute construction neuve. Adopter une démarche similaire pour les rénovations lourdes.

 

Pour consulter l’intégralité du rapport, cliquez ici

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
  • - Le

    Rémy PETIOT

    Les propositions ne sont qu’une demande de financement public pour la promotion de nouveaux produits et procédés, les contrôles d’exécution, le renforcement de prêts aidés, l’apport de fonds publics dans les capitaux d’entreprise … Tout ceci sans grand contrôle. En fait les clients paieront TROIS fois (par la fiscalité et par le coût des prestations lui-même augmenté des bonifications fiscales) et participeront sans l’avoir choisi aux risques financiers des entreprises. Les lobbies fonctionnent bien avec le beurre, l’argent du beurre et la fermière en garantie. Il n’est pas besoin de financer une commission avec l’inévitable monsieur Pelletier pour suggérer de tels systèmes. Rémy PETIOT
    Signaler un abus
  • Commenter cet article
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X