Règles techniques

« L’individualisation des frais de chauffage collectif génère en moyenne 20% d’économie », Laurent Sireix, Syndicat de la mesure

Mots clés :

Chauffage - froid

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Gestion immobilière

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Politique du logement

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Situation économique

La loi de transition énergétique impose la répartition des frais de chauffage avant le 31 mars 2017. Les immeubles en copropriété dotés d’un chauffage collectif se trouvent dans l’obligation de s’équiper de compteurs individuels. Laurent Sireix, président du groupe des prestataires d’eau et d’énergie thermique au sein du Syndicat de la mesure, revient sur cette mesure contestée.

 

Quels arguments peut-on avancer en faveur de la répartition des frais de chauffage ?

Laurent Sireix : En premier lieu intervient une obligation d’ordre légal. Cet article de la loi de transition énergétique est une transposition de la directive européenne du 25 octobre 2012 relative à l’efficacité énergétique. Elle ordonne la généralisation des compteurs individuels dans tous les pays membres d’ici au 31 décembre 2016. Cette mesure vise à diminuer la demande en énergie et les émissions de CO2. Elle rencontre par ailleurs l’approbation de la population. En 2007, un sondage du Crédoc (1) indiquait que 85 % des Français souhaitaient payer une facture de chauffage établie selon leur consommation réelle. Enfin, cette nouvelle activité devrait créer 3 000 emplois.

 

A combien peut-on estimer les économies générées par la pose d’instruments de comptage dans chaque appartement ?

L.S. : En moyenne, cette opération entraine une baisse de 20 % des consommations. En 2013, l’EVVE (2), l’Association européenne pour la comptabilité des coûts énergétiques, a compilé 20 études européennes consacrées à la question. La majorité des résultats s’échelonnait entre 15 et 30 %. Nous avons aussi publié en décembre dernier une enquête sur ce sujet. Elle compare l’évolution des consommations après l’installation de compteur individuel dans 3000 logements répartis dans 75 immeubles. Nous constatons aussi une baisse comprise en 15 et 30 % pour 90 % de notre panel. La moyenne s’établit à 19,82 %. L’obligation concernera 5 millions de logements. Elle devrait ainsi occasionner environ 6 TWh d’économies par an.

 

A l’échelle d’une copropriété, quelles sont les principales étapes de cette démarche ?

L.S. : Tout d’abord, le syndic doit mettre à l’ordre du jour de l’assemblée générale la question des travaux d’individualisation des frais de chauffage avant le 17 février 2017. Il choisira un prestataire de service. Ce dernier installera des répartiteurs bisondes sur les radiateurs avant le 31 mars 2017 (la France sera donc en retard sur le calendrier européen, NDLR). Ils calculeront la consommation pour chaque émetteur de chaleur. Les immeubles plus récents qui sont dotés de boucles d’eau chaude individuelle seront eux équipés de compteur d’énergie thermique. La pose dure moins d’une heure par appartement. Tous ces appareils possèderont un système de télérelevé. De cette façon, le releveur n’entrera pas dans les logements. Les chiffres seront collectés une fois par an. Le prestataire assure aussi la maintenance des capteurs et l’édition de factures individualisées. Le contrat s’étend en général sur 10 ans, la durée de vie des équipements.

 

Quel sera le coût pour le consommateur ?

L.S. : Pour un appartement de 70 m², ce service reviendra à moins de 48 euros par an. Dans un immeuble ancien équipé d’un chauffage collectif, le chauffage d’un logement de cette superficie revient à 800 euros par an. Si l’usager diminue sa demande de 20 % comme les études tendent à le montrer, il réduira même ses dépenses de 112 euros par an. Cela apportera en outre de la transparence. La facture détaillera la consommation de chaque radiateur. Le client pourra agir en conséquence.

 

Dans l’article de la loi de transition énergétique, l’obligation est nuancée par les termes « dès lors que cela est techniquement possible ». Existe-t-il un exemple où la technique est prise en défaut ?

L.S. : La réglementation ne peut pas s’appliquer aux bâtiments équipés d’un chauffage au sol dont dont la boucle d’eau chaude est commune à tous les appartements. Dans ce cas, il serait nécessaire de changer tout le système de chauffage pour aboutir à une individualisation des frais.

 

La fréquence des relevés a-t-elle une influence sur les économies réalisées ?

L.S. : Deux études allemandes ont comparé l’impact du passage d’un relevé annuel à un relevé mensuel. Une enquête de l’Université d’Aix-la-Chapelle a mis en évidence une baisse comprise entre 7 et 12 %. Selon un document de l’Agence allemande de l’énergie, elle pourrait aller jusqu’à 16 %. En France, les premiers retours d’expérience sur le comptage mensuel de l’eau concluent à une diminution de 10 %. Chaque prestataire travaille donc à des offres de plateforme web où l’occupant pourrait consulter ses consommations de chauffage. Il pourrait de la sorte recevoir des alertes s’il dépasse son budget.

 

(1) Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie

(2) Europäischer Verein zur verbrauchsabhängigen Energiekostenabrechnung

 

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