Logement

L’exposition au plomb reste une menace pour de nombreux foyers français

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Bâtiment et santé - Efficacité énergétique - Enfance et famille - Peinture - Produits et matériaux - Réglementation thermique et énergétique

Malgré une réglementation de 1949 qui interdit les peintures au plomb dans les logements, une étude coordonnée par le CSTB montre que plus de 800.000 logements en France présentent des peintures au plomb, dont 170.000 dans un état dégradé pouvant exposer les enfants. Et parmi ces logements, certains ont été construits après 1949…

Quels sont les seuils réglementaires fixés en France pour les concentrations en plomb ? Si la médecine fixe à 100 µg (microgrammes) par litre de sang le taux de plomb à partir duquel on considère qu’un patient est atteint de saturnisme, la maladie neurologique liée au plomb, et si la commission européenne impose une concentration de plomb dans l’eau du robinet inférieure à 25 µg/L (10 µg/L à compter du 25 décembre 2013), aucune norme franco-française n’existe. Et les scientifiques s’appuient notamment sur la réglementation américaine, en pointe en la matière.

Surtout, on ne disposait, jusqu’à présent, d’aucune donnée nationale sur la contamination des logements français en métaux. Une étude a donc été menée dans le cadre du projet Plomb-Habitat au sein de 484 foyers. Elle visait notamment à mesurer les concentrations de plomb dans l’eau du robinet, dans les peintures ainsi que dans les poussières déposées au sol.
Il en ressort que :
– environ 3 % des habitations concernées présentent une concentration de plomb dans l’eau du robinet supérieure à 10 µg/L, valeur limite maximale fixée par la commission européenne à compter du 25 décembre 2013.
– 7 500 habitations (0,2 % des logements étudiés) et 45 000 parties communes présentent une concentration en plomb dans les poussières déposées au sol supérieure aux recommandations fédérales américaines (40 µg/ft² soit environ 430 µg/m²).

 

Des recommandations d’ici la fin d’année

 

Pouvait-on s’y attendre ? « Non, on ne « s’attendait pas » à ces résultats », explique Jean-Paul Lucas, du CSTB, un des auteurs de l’étude. « Mais pour la simple raison que l’on n’avait aucune idée préalable sur la contamination des logements français en métaux. Et si, pour la plupart des métaux mesurés, on n’est pas surpris parce que les concentrations sont sensiblement équivalentes à celles relevées dans les autres pays, le plomb est un cas particulier. »

En effet, l’un des principaux responsables de l’exposition au plomb (après les aliments) est bien connu. Il s’agit de la peinture au plomb. Or, les chercheurs ont été quelque peu surpris de découvrir que 878.000 logements en contenaient – dont près de 170.000 (4,7 %) dans un état dégradé pouvant exposer les enfants – et ce, même dans des logements construits après 1949 (date marquant l’interdiction de l’utilisation des peintures au plomb) et jusqu’en 1973.

Des prélèvements sur les espaces extérieurs à l’habitat (aires de jeux ou parties communes des immeubles le cas échéant) ont complété ces investigations. Et renforcent l’impression que l’exposition au plomb, malgré une baisse considérable du nombre de cas de saturnisme, reste encore bien trop importante

37.000 espaces de plein air présentent ainsi une teneur en plomb supérieure au seuil actuellement en vigueur aux Etats-Unis pour la terre (400 mg/kg). La quantité de poussière de plomb recueillie en extérieur atteint un niveau environ 3,2 fois supérieur au plus haut niveau de poussière intérieure prélevée.  

 Si cette étude valide les politiques de prévention selon le CSTB, elle incite donc également à les renforcer. Et cela passe sans doute par l’instauration d’une réglementation fixant des seuils de concentration précis dont la France. « Un groupe de travail a été formé qui devrait rendre ses recommandations à la fin de l’année », a expliqué au Moniteur.fr Jean-Paul Lucas. « La question principale c’est : d’où vient le plomb dans les poussières, qui, en environnement résidentiel sont le plus problématiques ? Et nous intégrerons une variable air dans nos travaux. »

 

(1) Menée en partenariat avec l’Ecole des hautes études en santé publique (EHESP), l’Institut de veille sanitaire (InVS), le laboratoire de toxicologie de l’hôpital Lariboisière (AP-HP) et l’Institut supérieur d’agronomie de Lille. Ses résultats ont été publiés dans la revue Environmental Research 116 (2012) 58-65

 

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