Profession

L’autre Nasrine Seraji

Mots clés : Architecte - Architecture

Architecte praticienne, directrice d’école d’architecture, enseignante, femme de convictions, l’Iranienne Nasrine Seraji révèle les multiples facettes de sa personnalité au gré de ses engagements professionnels.

Née en 1957 à Téhéran (Iran), Nasrine Seraji fait son entrée dans le Who’s Who français en 2006 suite à sa nomination au poste de directrice de l’Ecole d’architecture de Paris-Malaquais. Que dit la notice biographique? Qu’elle est architecte depuis 1983, qu’elle fonde son atelier en 1990 à Paris, et qu’elle collectionne les postes de professeur invité depuis vingt ans: Toronto, Nouvelle-Orléans, New York, Princeton, Londres, Paris, Vienne… « Je considère l’enseignement de l’architecture comme un apport critique sur ma pratique, et réciproquement », souligne-t-elle.
Mais derrière cette biographie uniforme apparaît une femme à la personnalité protéiforme et… bien trempée. « Peu importe ce que tu fais, m’avait dit mon père, fais-le avec conviction et dans les meilleures conditions! » Ce qui frappe chez Nasrine Seraji, c’est la précision chirurgicale avec laquelle elle retrace son parcours. « A seize ans et demi, je m’inscris à la faculté de médecine d’Ispahan pour deux ans. Là, je découvre une réflexion sur le corps humain comme figure constructible: articulations du pied, organe de la respiration, système circulatoire. » Puis, à l’âge où d’autres passent le bac, elle quitte au débotté la médecine: « Rapidement, ces études me sont apparues par trop désespérantes. Au mieux, le médecin rétablit son patient, au pire, il l’enterre. De plus, il n’y avait aucun espace pour l’engagement politique ».

Ethique

C’est alors qu’elle part à Londres pour y intégrer la prestigieuse AA School: « En 1978, je dépose un dossier. Dans mon portfolio, dessins étiques aux desseins éthiques me permettent d’être admise. J’ai reçu pendant cinq ans un enseignement dont je porte encore aujourd’hui les traces: ne jamais croire à une chose sans la connaître, recevoir l’enseignement avec conscience, juger par soi-même… » Après un diplôme sous la direction de l’architecte Peter Cook – un des instigateurs du mouvement d’avant-garde Archigram -, Nasrine Seraji retourne vers sa terre natale, « celle d’après la révolution ». « Tout est bien là, les lieux de mon enfance, les êtres chers… mais pas la culture d’avant. Cela m’a tellement atteint que je suis partie au bout de cinquante-deux jours. »
Sa décision est irrévocable, elle ne s’y installera jamais. Un choix en cohérence avec sa personne: tout perdre pour tout regagner. En témoignent ses refus – un poste d’architecte chez Norman Foster, figure déjà renommée – et ses acquiescements – un emploi dans une agence « sans signature » pour expédier sa licence d’exercice. De là, son parcours s’éclaircit: mention au concours « Inventer 89 » qui la fixe en France; construction de l’American Center provisoire à Paris qui lance sa carrière (1991); et construction du pavillon d’accueil de la caverne du Dragon (1996-1998) au Chemin des dames (Aisne) qui la confirme.

Etiquette

Pourtant, la donne stylistique se brouille: « On la croit déconstructiviste alors même qu’elle prêche la modernité, explique Nicolas Février, l’un de ses jeunes associés. Or, pour moi qui la connais depuis longtemps et travaille avec elle au quotidien, je ne comprends pas cette étiquette qui me semble éloignée de la réalité. » Lui coller une étiquette est en effet chose difficile. Doit-on la définir comme une théoricienne du courant moderne? Comme une architecte officielle? Un maître d’œuvre faisant « tourner » une agence de seize personnes? Une directrice d’école et chef de file de la pensée anglaise du « Case Study »? Comme dans le drame de Luigi Pirandello, « Six personnages en quête d’auteur », elle incarne un peu tous ces rôles à la fois. C’est pourquoi on ne rencontre jamais vraiment la même femme. Cette fois-ci, c’était elle, Nasrine, avec son esprit d' »intranquillité », plaçant le désir, la critique et la conscience au centre de tout. La prochaine fois, ce sera une autre Seraji…

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