Entreprises de BTP

L’autoconstruction, concurrence ou débouché pour les entreprises ?

Mots clés : Artisanat - Concurrence

La volonté des ménages modestes de devenir propriétaires a conduit au retour de l’autoconstruction. Ce marché, qui représenterait 3 à 7% des maisons réalisées chaque année, laisse, malgré les apparences, de la place aux entreprises du bâtiment.

Si, longtemps, les artisans du bâtiment ne se sont pas intéressés à l’autoconstruction, ils commencent à l’envisager comme un complément d’activité. « Jusqu’ici, les entreprises ont vu d’un mauvais œil ces projets alors que la présence d’un pro s’avère souvent indispensable sur des lots très divers, gros œuvre, charpente, mais également électricité », souligne Éric Tortereau, coprésident de l’association Castors Rhône-Alpes, un acteur historique de l’autoconstruction.

Pourtant, pour les entreprises, l’approche n’est pas si aisée. L’autoconstructeur étant un particulier engagé sur son chantier, l’intervention d’un professionnel nécessite une organisation spécifique. Il peut soit réaliser son lot, soit devenir formateur du maître d’ouvrage pour l’aider à surmonter des difficultés techniques, ce qui nécessite, dans les deux cas, une qualité d’écoute.

« Les conseils que reçoivent les autoconstructeurs de la part de bricoleurs ou d’anciens artisans sont inadaptés, explique Eddy Fruchard, charpentier. C’est pourquoi nous les accompagnons pour que ce qu’ils réalisent eux-mêmes n’ait pas d’impact sur notre lot, notamment par rapport aux impératifs de la RT 2012. Ceci pérennise notre intervention et évite une sinistralité dans le temps. Autant dire que l’artisan qui n’est pas pédagogue dans son entreprise doit éviter ce type de chantier ! »

 

Gare aux assurances

 

Le planning est aussi un casse-tête. « Il faut expliquer au client les contraintes qu’il va rencontrer, reconnaît Thierry Bastard, couvreur. Comme il construit souvent avec son épouse et des amis, il dépasse fréquemment de plusieurs semaines le calendrier prévu. Il importe de l’anticiper pour ne pas hésiter à lui indiquer que l’on interviendra plus tard, car il n’a pas conscience de ces décalages. »

Les assureurs goûtent peu à l’autoconstruction, ces particuliers souscrivant rarement une assurance dommages ouvrage. Est-ce problématique pour le professionnel qui intervient ? Souvent, le client fournit lui-même les matériaux, et l’artisan réalise un devis sur sa seule intervention. Le point est plus délicat lorsque l’artisan devient conseiller de l’autoconstructeur.

Eddy Fruchard, qui ne compte pas un seul sinistre après huit ans d’accompagnement, propose deux solutions : « Sur ce type de projet, certains se déclarent comme maître d’œuvre, d’autres formateurs » Au final, à condition d’avoir une approche plus souple et compréhensive que sur des chantiers traditionnels, l’artisan peut, dans une conjoncture complexe, diversifier son activité.

Focus

L’autoconstruction est-elle apporteuse d’affaires ?

« Oui, c’est loin d’être marginal »

Thierry Bastard est dirigeant d’une entreprise de couverture de 14 salariés à Dallan-Mirré (Indre-et-Loire). Pour lui, le marché est loin d’être marginal. « J’interviens sur de tels chantiers depuis vingt ans par le biais de l’association Castors de l’Ouest. Je réalise des lots qu’un client est incapable de faire, je lui établis un devis à un prix que j’appliquerais n’importe où et je m’insère dans le planning réalisé par l’association. Près de 20 % du chiffre d’affaires sont réalisés ainsi. »

« Oui, nous générons 1 M€ de travaux par an »

Renaud Malsert, gérant de Sovalfon, société conseil en autoconstruction à Clermont-Ferrand, fait le lien entre des candidats à l’autoconstruction qui ne savent pas trouver d’entreprises fiables et ces dernières, souvent débordées, qui ont beaucoup de mal à traiter en direct avec les particuliers. « À raison de vingt maisons par an, l’activité générée auprès des principales entreprises, notamment en gros œuvre, revient à plus de 1 M€ de travaux. »

« Non, mais c’est un petit plus »

Fernando Custodio, charpentier-couvreur-zingueur, dirige une entreprise de 24 salariés à Aubière (Puy-de-Dôme). « Nous travaillons essentiellement sur des marchés publics à partir d’appels d’offres, mais nous intervenons aussi sur des petits projets d’autoconstruction, de 60 à 80 m2 au sol, en marché de gré à gré. Ce sont des chantiers faciles, d’un faible montant, mais, au final, ajoutés les uns aux autres, ils représentent un petit plus, ce qui ne se refuse pas en ce moment. »

« Non, ce n’est pas ainsi que je l’aborde »

Eddy Fruchard, gérant d’une entreprise de charpente de 6 salariés à Vausseroux (Deux-Sèvres), conçoit différemment le secteur de l’autoconstruction. « Dans le cas de la construction paille, mais aussi du chanvre ou de la fibre de bois, c’est bien l’autoconstruction qui a donné l’élan nécessaire à la professionnalisation du secteur. Même s’il s’agit d’un marché, travailler sur ce type de chantier, c’est être avant tout sur un pied d’égalité avec l’autoconstructeur et ne pas avoir l’obsession du carnet de chèques. »

Focus

3 questions à Éric Tortereau, coprésident de l’association Castors Rhône-Alpes

Quel rôle jouez-vous dans le domaine de l’autoconstruction ?

Depuis notre création, en 1981, nous avons compté plus de 6 000 adhérents pour 150 à 200 réalisations ou rénovations de maisons par an. Notre mission consiste à apporter aux autoconstructeurs, notamment par le biais de nos adhérents – dont une trentaine de professionnels – des conseils, des précisions sur certaines méthodes de construction, comme la paille, le chanvre ou le bois.

Quelle est la place des artisans dans ce type de projet ?

L’artisan peut intervenir de deux manières. Soit il réalise un lot comme il le fait par ailleurs, lequel relève de la garantie décennale, soit il intervient au cours d’un chantier participatif, par exemple, pour expliquer des techniques de mises en œuvre. Dans ce cas, il est formateur, mais il doit se rapprocher en amont de son assureur.

Au point de devenir un complément d’activité ?

Les entrepreneurs ont une vraie carte à jouer en s’intégrant dans le cadre de l’autoconstruction. Non seulement les particuliers ne prennent pas le travail des artisans, mais ils ont besoin de leurs compétences. Et c’est justement parce qu’ils économisent sur certains postes qu’ils peuvent faire appel à eux.

 

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