Environnement

L’assainissement, enjeu planétaire

Mots clés : Eau

Alors que les Nations unies ont déclaré 2008 « année internationale de l’assainissement », la 18e édition de la Semaine mondiale de l’eau se tient du 17 au 23 août à Stockholm autour du thème « Progrès et perspectives sur l’eau : pour un monde propre et en bonne santé ». Environ 2.500 experts originaires de 140 pays sont attendus.

Plus du tiers de l’humanité, 2,6 milliards de personnes, est privé d’installations sanitaires. Chaque jour, 2 millions de tonnes d’excréments sont rejetées dans les eaux de la planète.
Des données brutes qui peuvent d’abord prêter à sourire.
70% des rejets industriels des pays en voie de développement sont déversés non traités dans l’eau, polluant les réserves. Le sourire se crispe.
Chaque jour, 5.000 enfants meurent atteints de maladies liées à l’absence d’installations sanitaires et à la carence d’eau potable. On ne sourit plus. La situation, déjà dramatique, pourrait prendre des proportions catastophiques : l’accroissement de la population mondiale et le développement rapide de l’Asie et de l’Afrique épuisent les réserves d’eau de la planète. Un cinquième de la population mondiale souffre aujourd’hui d’un manque d’eau et ce chiffre atteindra 30% en 2025 selon les Nations Unies. L’assainissement de l’eau est donc une problématique majeure. Mais une problématique trop rarement évoquée selon Cecilia Martinsen, directeur de projet à l’Institut international de l’eau de Stockholm. « La crise de l’assainissement est toujours mise de côté lorsqu’on évoque les questions de l’eau ou du développement. Qui veut entendre parler d’urine et d’excréments ? » s’interroge-t-elle dans une interview accordée à Libération du samedi 16 août.


Toilettes, excréments et menstruations
Et bien les Nations Unies en premier lieu, qui ont déclaré 2008 « année internationale de l’assainissement ». Et apparemment, les 2.500 experts de l’eau réunis dans la capitale suédoise du 17 au 23 août sont également prêts à faire cet effort. L’assainissement est en effet au coeur de la 18e édition de la Semaine mondiale de l’eau organisée par l’Institut international de Stockholm (SIWI). Intitulée « Progrès et perspectives dans le domaine de l’eau: pour un monde plus propre et plus sain », cette « Semaine internationale » s’articulera autour d’ateliers et de conférences animés par des scientifiques, des représentants d’entreprises et de gouvernements ainsi que des membres d’ONG et des Nations unies. « Ca n’est pas très populaire de parler de toilettes, d’excréments et de menstruations, mais ce sont des questions-clés étroitement liées au développement », renchérit Stephanie Blenckner, porte-parole de l’Institut international de l’eau (SIWI), interrogée par l’AFP. « Dans les écoles sans toilettes, les jeunes filles ne viennent plus en cours durant leurs règles, et arrêtent parfois l’école au moment de la puberté. Sans éducation, comment peuvent-elles espérer s’en sortir ? Ce sont d’ailleurs les femmes qui souffrent le plus de cette crise », explique Cecilia Martinsen. Pour les membres du SIWI, l’éducation autour de ces questions joue donc un rôle primordial. Si la crise de l’assainissement perdure, les objectifs du millénaire pour le développement (fixés pour 2015 par l’ONU) ne seront jamais atteints. Autre angle d’attaque : l’impact des activités humaines sur l’environnement. « Il faut bien comprendre que ce que l’on mange, ce que l’on achète, a des conséquences immédiates sur les ressources en eau », explique Stéphanie Blenckner.

10 milliards d’euros d’ici 2015
D’ailleurs, l’exploitation des ressources naturelles devra nécessairement s’intensifier pour répondre à la demande croissante de biens, de nourriture, de services et pour combattre la pauvreté dans le monde. Une demande qui viendra surtout d’Asie à qui est consacrée la journée du 19 août à Stockholm. L’Asie, qui représente 60% de la population mondiale et dont le développement économique exponentiel a largement contribué à l’amoindrissement des ressources en eau disponibles. Aujourd’hui, l’eau disponible par personne y représente 15 à 30% de ce qu’elle était dans les années 50. L’Europe n’est pas non plus épargnée par le problème. Ainsi selon le SIWI, 20 millions d’Européens n’ont pas accès à des installations sanitaires décentes.
Le SIWI estime qu’il faut 10 milliards de dollars par an d’ici à 2015 pour atteindre l’objectif du millénaire, qui prévoit de réduire de moitié la population n’ayant pas accès à un système d’assainissement adéquat. Un Fonds mondial pour l’assainissement vient d’être créé sous l’égide de l’ONU. Un financement qui devra être accompagné d’une action soutenue sur le terrain auprès des communautés locales. « Avant, lorsque nous installions un système d’assainissement, nous nous concentrions sur les questions matérielles, pour observer cinq ans plus tard que les toilettes installées n’avaient jamais été utilisées » déplore Cecillia Martinsen. « Il faut adapter le message en fonction des valeurs accordées par la population locale aux sanitaires. Pour beaucoup, la santé n’est pas l’argument le plus efficace. Il s’agit plutôt d’une question de dignité, de sécurité ou de prestige. C’est ce qu’il faut mettre en avant. »

Adrien Pouthier

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