Culture

L’architecture américaine mayamaniaque

Mots clés : Architecture - Manifestations culturelles - Musées - galerie

L’exposition « Aztec Hotel », présentée jusqu’au 8 octobre 2017 au musée du quai Branly, à Paris, met en lumière la culture méso-américaine telle que fantasmée aux États-Unis, notamment en architecture, dans les années 1920 et 1930.

Au XIXe siècle, au beau milieu de la jungle mexicaine, des archéologues et explorateurs découvrent des vestiges de temples, pyramides et cités mayas. Publiés en 1841, les dessins de ces ruines sous la végétation, interprétées dans un esprit romantique par l’architecte et archéologue anglais Frederick Catherwook (1799-1854), frappent les esprits.

Cette civilisation entourée d’une aura mystérieuse, dont les bâtiments puissants étaient construits en suivant des données astronomiques, excite l’imagination des scientifiques. Les interprétations libres des explorateurs s’avèrent historiquement incorrectes – la confusion entre les cultures aztèque et maya est évidente -, mais elles fascinent le grand public et offrent une source d’inspiration aux créateurs.

Toutes sortes de théories ésotériques et mystiques circulent au sujet des origines des bâtisseurs de temples, à l’image de celles diffusées par l’archéologue Augustus Le Plongeon et sa femme Alice, « archéologue spirite ». De son côté, le magazine « National Geographic » publie de nombreux articles sur les expéditions au Yucatan qui, dès la fin des années 1910, imprègnent la culture populaire américaine d’imagerie maya. Hollywood produit alors des films autour de ces mythes et des salles de cinéma au décor « aztèque » apparaissent.

 

 

Un architecte en costume maya

Robert Stacy-Judd (1884-1975), architecte anglais installé en Californie, semble être allé au bout de sa passion maya, dans sa vie professionnelle comme personnelle. Un film le dévoile en train d’accomplir un rituel maya imaginaire avec son épouse, fille d’un « mayaniste » amateur. L’Aztec Hotel (1925), son bâtiment le plus connu, se dresse toujours au bord de la route 66 à Monrovia, dans la banlieue de Los Angeles. Dessins et photographies révèlent ses autres projets et réalisations dans la même veine : une maison à Los Angeles (1929), une église baptiste à Ventura (1930) ou un temple maçonnique à Hollywood (1951).

Stacy-Judd est mu par la recherche d’une architecture qu’il considère comme réellement américaine, c’est-à-dire issue du Nouveau monde et non inspirée par l’Ancien monde, l’Europe et l’art gréco-romain. « Ces personnes mélangeaient les styles maya et aztèque mais les considéraient comme les véritables racines de l’Amérique du nord », explique Sven Kirsten, spécialiste de culture pop et commissaire de l’exposition « Aztec Hotel » (du 20 juin au 8 octobre 2017 au musée du quai Branly, à Paris).

Autres témoins de cette mode : le Mayan Theater (1927) de Stiles O. Clements et Francesco Cornejo à Los Angeles, surchargé du sol au plafond de motifs précolombiens, le cinéma Aztec de Robert Kelly à San Antonio au Texas (1926) et le Federal Building de Richard Requa à San Diego (1935). Tandis que des carreaux de céramique ornés de glyphes envahissent les cheminées, fontaines et patios des villas californiennes.

 

 

Des temples modernes

Frank Lloyd Wright (1867-1959) construit aussi dans les années 1920 à Los Angeles plusieurs demeures fascinantes dont les volumes et les décors évoquent les temples d’Uxmal, de Chichen Itza et de Mitla au Mexique. Ce sont les maisons Hollyhock (1921), Millard (1923), Storer (1923) et Ennis (1924). Il conçoit pour elles les fameux « textile blocks », des blocs en béton texturé « tissés » ensemble par un ferraillage et arborant des motifs mayas imprimés par les moules dans les parpaings lors de leur fabrication.

« Frank Lloyd Wright n’a pourtant jamais admis s’être inspiré de la culture méso-américaine. Il l’avait probablement découverte lors de l’exposition universelle de Chicago en 1893 », estime Sven Kirsten. « Dans son œuvre, cette influence se lit au niveau de la texture et de la forme, on ne retrouve pas chez lui de visages comme dans les réalisations de ses confrères. Il reste moderne. On pourrait qualifier son travail de néo-maya alors que chez les autres c’est plus du ‘Mayan Revival’. Deux styles qui cohabitent dans les années 1920. »

Son fils Lloyd Wright (1890-1978) – dont le prénom l’a empêché de se démarquer de son illustre père – l’assiste puis continue de son côté à travailler dans ce style, avec notamment la Sowden House (1926) dont le fabuleux jardin crée l’illusion que l’habitation est une ruine émergeant de la végétation. La mesure de cet engouement est donnée par un petit film amateur montrant la femme de Robert Stacy-Judd et celle de Manly P. Hall, fondateur de la société de recherche philosophique et propriétaire de la maison Ennis entre 1937 et 1941, exécutant des danses pseudo-mayas devant la majestueuse villa de Frank Lloyd Wright qui domine L.A. depuis la colline de Los Feliz.

 

 

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