Paysage

L’anthropologie ré-enchante la Seine-Saint-Denis

Mots clés : Architecture - Établissements de soins

Grâce aux recherches du Laboratoire Architecture Anthropologie (LAA), la Seine-Saint-Denis invente une nouvelle manière de concevoir un atlas du paysage. Le ressenti d’un panel de 24 usagers du territoire alimente sa rédaction. Invités par le Conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement, les anthropologues ont présenté pour la première fois leurs travaux au public, le 21 mars à Bobigny.  

« Par quoi passe l’expérience de paysage ? » 24 résidents et travailleurs de Seine-Saint-Denis planchent depuis 2014 sur cette question posée par les chercheurs du Laboratoire Architecture Anthropologie. Une longue phase dite de préterrain a permis de constituer ce panel qui marie des critères objectifs et subjectifs : sensibilité au sujet, diversité des habitats et des catégories socio-professionnelles, bonne répartition géographique dans le département quadrillé en carrés de 7 km de côté, accord pour jouer le jeu du « pacte ethnographique » dans la durée. Des demi-journées d’entretiens individuels et collectifs jalonnent la construction d’un « récit collectif » du paysage.

 

Cartes habitantes

 

Les premières séances d’entretiens individuels aboutissent à une collection de mots, écrits sur des bandes de papiers et distribués au cours d’une rencontre collective : « Certains panélistes s’approprient alors les mots des autres auxquels ils n’avaient pas pensé », raconte Cristina Rossi, chercheure au LAA. Les anthropologues de l’unité mixte de recherche du CNRS construisent alors une grille de représentations cartographiables. Ils comparent les récits des panélistes avec ceux des acteurs territoriaux et ceux de la maîtrise d’œuvre désignée par le conseil départemental de Seine-Saint-Denis pour la rédaction de l’atlas du paysage : les paysagistes d’Atelier de l’Ile, associés à l’urbaniste Lorraine Rist et à la sociologue Bénédicte Delataulade.

 

Paysage urbain

 

Retour en arrière : « au début des années 2010, le département prend conscience qu’il a peu traité la question du paysage, et mesure la difficulté de l’exercice dans un milieu urbain. Le groupe paysage qui se constitue alors avec les acteurs territoriaux décide d’un accompagnement scientifique, favorisé par le soutien financier de l’Etat, co-maître d’ouvrage. Le LAA nous a apportés une réponse validée sur le plan scientifique, sans pour autant mobiliser des panels trop lourds », résume Gaëlle Stotzenbach, cheffe de service des politiques environnementales au conseil départemental. La désignation de l’unité mixte du CNRS, implantée à l’école d’architecture de Paris La Villette, précède de sept mois celle du maître d’œuvre de l’Atlas. Conformément au cahier des charges, ce dernier nourrit son travail avec le récit des panélistes, mis en forme par les anthropologues.

 

Science et poésie

 

« La signifiance prime sur la représentativité statistique » : formulé par Cristina Rossi, ce credo fonde la démarche des chercheurs aussi sérieux que souriants, et dont les travaux scientifiques n’excluent pas le souffle poétique. Les « cartes habitantes » en témoignent, avec leur sept catégories de sens : « Respiration », « ennui », « hérité », « fragile », « vivant », « hostile » et « potentiel ». Sans surprise, les cartes de l’hostilité pointent le périphérique et les Grands ensembles qui plombent l’image du 93.

La comparaison des représentations du potentiel révèle les différences des regards : celui des panélistes se concentre sur les grands espaces verts de la première couronne ou sur la mise en valeur de l’eau, tandis que les acteurs territoriaux et les paysagistes s’intéressent aux franges agricoles, aux routes nationales et aux impacts des transformations récentes. Mais toutes les populations convergent sur l’importance d’éléments non cartographiables, en particulier les petits espaces verts de proximité.

 

Rendez-vous le 5 avril

 

Sans précédent dans les nombreux atlas territoriaux du paysage, l’accompagnement anthropologique se heurte à des obstacles culturels que ne cachent pas les chercheurs implantés à l’école d’architecture de Paris La Villette : « Les sciences humaines occupent une place insuffisante dans les écoles », estime Piero Zanini, du LAA. « Nous avions sous-estimé le temps d’appropriation des recherches et de leur traduction en diagnostic », reconnaît Gaëlle Stotzenbach. L’envie d’approfondir n’en reste pas moins vive des deux côtés, à la veille de la restitution officielle des travaux, le 5 avril prochain au groupe Paysage coordonné par le conseil départemental.

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