Paysage

L’agence Folléa Gautier décroche le Grand prix national du paysage

Mots clés : Aménagement paysager - Démarche environnementale - Gouvernement

Les Lisières de la Réunion décrochent le Grand prix national du paysage, attribué pour la première fois depuis quatre ans. Ainsi en a décidé réuni le jury réuni le 15 février sous la présidence de Gilles Clément, à l’initiative de Ségolène Royal, ministre de l’Ecologie, qui a remis le prix le 18 mai. Un prix spécial du jury, créé pour l’occasion, récompense la transformation d’une exploitation agricole à Vernand (Loire) à l’occasion de sa transition vers la filière biologique.

La volonté de promouvoir la grande échelle, affichée par le ministère de l’Ecologie, trouve une réponse magistrale dans cette édition du Grand prix national du paysage : le dossier présenté par l’agence Folléa Gautier (Bertrand Folléa et Claire Gautier) illustre, dans l’agglomération de Saint-Paul de la Réunion, un plan de paysage conçu à l’échelle de l’Ouest de l’île. La route des Tamarins, une autoroute de deux fois trois voies sur 35 km de long, a servi de levier au projet paysager, mais la vision des concepteurs a précédé la conception de cette infrastructure : dès 1997 à la demande des services de l’Etat, Bertrand Folléa et Claire Gautier avaient détaillé leur approche dans une « étude préalable à un plan de paysage de l’ouest ».

 

Levier autoroutier

 

De là date la naissance du concept de « lisière urbaine », avec ses 25 sites majeurs déclinés dans quatre types : trait de côte, villes et stations balnéaires, villes et mi-pentes, mi-pentes et haut. Cette typologie aboutira en 2009 à l’adoption du schéma intercommunal des lisières urbaines, sur les 53 000 hectares de l’agglomération de Saint-Paul. La commune centrale a offert une déclinaison opérationnelle idéale, les paysagistes se sont concentrés sur un échangeur éloigné du centre-ville, des quartiers satellites, du site classé et de la réserve naturelle voisins.

La réduction du gabarit de l’ouvrage, imaginé sur trois niveaux par les services de l’Etat, sert d’emblème au projet. Le filtre  paysager métamorphose l’aménagement livré en 2011 : une promenade logée sous l’autoroute redonne un accès facile à la ravine de Bernica replantée sur deux hectares. Voie de liaison vers la côte enlaidie par des aménagements erratiques, la chaussée royale retrouve son lustre : des arbres l’encadrent, et un terre-plein central accueille le canal que les paysagistes l’avaient trouvé dans l’état d’un « cloaque à détritus ».

A côté de l’articulation entre les échelles de la planification et du projet, le jury a salué la continuité d’une relation entre le maître d’ouvrage et les concepteurs : Bertrand Folléa et Claire Gautier ont travaillé dès 1998 sur la traversée de Saint-Paul par la route des Tamarins. Mais l’adossement de la lisière urbaine de Saint-Paul à une infrastructure autoroutière a également motivé les réticences d’une minorité du jury : le Grand Prix National peut-il récompenser, même indirectement, un projet fondé sur l’automobile ? Et ce, quelques années après l’abandon de l’hypothèse de transport en commun en site propre, dans un territoire insulaire symbolique des ressources limitées de la planète ?

 

Nouveaux modèles agricoles

 

Ces questions ont largement contribué à la décision de créer un « prix spécial » ressenti comme représentatif d’un modèle d’avenir : considérer l’exploitation agricole comme un espace de projet paysager. Rémi et Pierre Janin, architecte et paysagiste concepteur associés dans l’agence Fabriques, ont accompagné leur mère Isabelle dans la conversion de son exploitation de 100 hectares vers la filière biologique dans le hameau de Vernand, proche de Roanne (Loire). Engagé dès la fin des études des deux fondateurs de l’agence, ce travail de réconciliation entre architecture et paysage leur a valu de figurer au palmarès de l’album des jeunes architectes et paysagistes en 2010, puis à celui des jeunes urbanistes en 2014.

Leur analyse cartographique et photographique met en évidence la multiplicité des réponses paysagères aux nouvelles demandes. Face à une pensée unique de la haie bocagère, ils retrouvent la voie de la diversité agricole et sociale : une grange vide entre mars et juillet accueille désormais des concerts et des repas en vente directe appréciés des publics urbains. De fines bandes cultivées d’un maximum de 50 m de large limitent l’érosion et diversifient l’image offerte par une parcelle de 10 hectares. Des vaches reviennent dans les prés délaissés de fond de vallée, divisés en espaces de deux hectares pour limiter le risque de parasitisme et améliorer la rotation des troupeaux, suscitant au passage la création de sentiers… Tous les deux ans depuis 2009 à la fin du printemps, des artistes représentent l’espace agricole contemporain, dans le cadre du cycle baptisé « Polyculture ».

 

Messages multiples

 

A travers ce prix spécial – une première dans l’histoire du Grand prix national du paysage – le jury adresse de multiples messages : les agronomes et les chefs d’exploitation agricoles gagneraient à travailler avec les paysagistes, qui devraient s’intéresser d’avantage à cette activité. Cette évolution renouvellerait le regard des nouveaux usagers urbains de l’espace rural. Enfin, plusieurs jurés ont manifesté leur espoir de contribuer à un réveil de la conscience paysagère du ministère de l’Agriculture, qui menace de fermer l’antenne marseillaise de l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles.

 

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