Bâtiment

L’acier, bon à tout faire

Mots clés : Acier

Alors que le secteur de la construction cherche des gains de productivité tout en réduisant l’impact environnemental, l’acier se montre pertinent sur de nombreux terrains.

Ce n’est pas une exagération : l’acier peut tout faire et il est partout. Même son fréquent rival, le béton, lui doit beaucoup. De l’ouvrage d’art à toutes sortes de bâtiments, d’extensions et de surélévations, de protections et d’étaiements, de structures et d’habillages, en couvertures et en planchers… le matériau trouve régulièrement de nouvelles applications dans la construction. La rapidité de sa mise en œuvre et sa modularité lui valent d’être plébiscité dans la construction de hangars, de centres commerciaux et de locaux d’usines. « Dans l’industrie, on a souvent besoin de changer le process de fabrication, d’implanter de nouvelles machines, voire de créer des ouvertures ou des extensions. L’acier permet de modifier l’organisation et l’agencement d’un site, sans devoir arrêter la production, c’est un atout considérable », explique Jean-Louis Gauliard, secrétaire général du Syndicat de la construction métallique de France (SCMF). Ces qualités intrinsèques au matériau lui valent d’être considéré sous un angle nouveau à l’heure, où le secteur du bâtiment cherche à gagner en productivité et en performance.

Pourquoi n’existe-t-il donc pas plus de constructions métalliques en France, notamment dans le logement ? Alors qu’une majorité d’immeubles de grande hauteur dans le monde sont conçus en ossature métallique, celle-ci occupe une place symbolique dans l’Hexagone. Il y a une raison historique à cela. Après la Seconde Guerre mondiale, l’acier, alors rare, allait prioritairement vers l’industrie, les transports et les ponts qu’il fallait reconstruire. Le ministre de la Reconstruction et de l’urbanisme, Eugène Claudius Petit, avait considéré que pour le logement (sans doute sur les conseils de son ami Le Corbusier) on devait recourir au béton. Le sort de l’acier dans le logement était scellé. Compte tenu des immenses besoins de l’époque, les entreprises générales ont progressivement gagné du terrain pour arriver à la position qui est la leur aujourd’hui. En outre, l’une des « faiblesses » de l’acier est sa bonne conductivité. En cas d’incendie et à partir d’une température d’environ 550°C, ses propriétés mécaniques se réduisent. Un événement tragique avait, là encore, scellé le sort de l’acier, notamment dans la construction de groupes scolaires. Une situation qui a été consolidée par une réglementation incendie empirique peu favorable au matériau.

 

L’heure de la reconquête a-t-elle sonné ?

 

Sur cette problématique, il a fallu des années de travail au Centre technique industriel de la construction métallique (CTICM), et son laboratoire d’essais Efectis, pour faire bouger les lignes. La situation est en train de s’équilibrer aussi grâce au développement de l’ingénierie de la sécurité incendie. Après avoir longtemps établi des classements à partir d’éléments individuels, depuis 2004, une approche système prend notamment en compte les assemblages. Pas étonnant que désormais fleurissent en France des parkings aériens en acier comme il en existe depuis des décennies outre-Rhin.

Tandis que l’on n’a de cesse de vanter la construction sèche pour ses faibles nuisances sur chantier, sa plus grande précision et sa faible consommation d’eau, l’acier joue ici en terrain conquis. Rapide à assembler, il l’est tout autant à démonter. Argument massue : la déconstruction. Contrairement au béton, dont le broyage suppose une débauche d’énergie et de moyens mécaniques, l’acier se désosse presque sans bruit ni poussière. Il est ensuite recyclable indéfiniment quand les éléments de poutraison par exemple ne sont pas vendus pour servir de nouveau sur une autre construction. Ce dernier argument aura une résonance amplifiée avec la réglementation bâtiment responsable (RBR 2020) qui tiendra compte de la capacité des matériaux à être recyclés.

Reste les principaux acteurs, les constructeurs métalliques. Sont-ils disposés à prendre la voie de la construction de logements collectifs par exemple ? Leur taille et leur mode d’organisation ne les ont pas prédisposés à jouer le rôle d’entreprise générale. Or, sur ce terrain aussi, les lignes bougent. Le Groupe Briand via son département « design & build » se lance dans des projets de conception-construction en mariant l’acier au bois lamellé collé. Autre exemple avec Acieo. Holding de plusieurs entités parmi lesquelles le charpentier Serru et la métallerie les Ateliers David, la structure vise ouvertement les macrolots avec la prise en main des projets et l’accompagnement des architectes dès la conception.

Enfin, si le BIM est sur le point de révolutionner le bâtiment, le moins que l’on puisse dire est que la filière des constructeurs métalliques s’en accommode bien et se dit prête à s’engager dans cette voie. Déjà largement imprégnés par la conception informatisée des ouvrages, les acteurs ne semblent pas s’inquiéter. À une réticence près : qui sera le « BIM master » ? Les charpentiers métalliques se verraient bien être aux manettes auprès de leurs partenaires architectes…

 

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