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L’accessibilité de l’espace public stimule l’innovation

Mots clés : Accessibilité - Innovations

Pour améliorer l’accessibilité de l’espace public, les villes multiplient les expérimentations techniques. Elles s’appuient sur le réseau déconcentré du centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement,  la mobilité et l’aménagement (Cerema).

L’histoire de la « rue martyre » de Dunkerque symbolise l’abandon du ressort punitif au profit d’une appropriation collective des enjeux, dans le management des équipes chargées de rendre les voiries accessibles aux plus vulnérables. En 2012, un recueil des mauvaises pratiques, illustré par des photos, crée un choc : « Les techniciens se sont sentis stigmatisés en se regardant dans ce miroir », raconte Valérie Schutt, chargée de l’accessibilité et de la solidarité à la communauté urbaine. Ainsi naît l’idée de choisir une voie exemplaire – la rue Ronac’h – pour une thérapie collective : surnommée la « rue martyre », elle échappera au prochain recueil des mauvaises pratiques, grâce à une approche participative. L’expérience se développe au moment où Dunkerque rénove son centre : un contexte favorable à une duplication immédiate.

 

Dunkerque : de la pédagogie…

 

Encore faut-il que chacun, y compris les égoutiers, mesure sa part de responsabilité : placer un regard à l’angle de deux rues ne facilite pas les traversées. La concertation rend possible la prise de  conscience de la somme de détails qui améliore l’accessibilité, et de la distance entre une vision sur plan et le vécu quotidien des personnes handicapées. La réflexion collective aboutit parfois à des solutions  simples, élégantes et efficaces : « Aucun commerçant ne prendra un mètre pour vérifier que le passage utile mesure bien 1,40 m. Mais une dalle bien dimensionnée peut suffire pour répondre », analyse Valérie Schutt. La pédagogie produit ses effets : « Les techniciens ont appris à organiser leur projet autour du piéton », se réjouit la responsable de la solidarité et de l’accessibilité.

 

A l’expérimentation

 

 

Après la rédaction d’un référentiel co-construit par les techniciens et les associations, Dunkerque passe à la phase suivante : celle de l’innovation technique. Comment concilier le repérage des bandes d’éveil à la vigilance avec la systématisation des teintes claires dans les zones de rencontre, y compris dans les trottoirs traversant ? La communauté urbaine et le centre d’études et d’expertise sur les risques, l’environnement,  la mobilité et l’aménagement (Cerema) ont mobilisé 14 déficients visuels, pour évaluer des bandes d’éveil à la vigilance (BEV) non contrastées, sur les trottoirs traversant de la rue Martyr. Conclusion : « Jugées utiles par les porteurs de cannes qui les détectent, les Bev non contrastées jouent leur rôle », constate Bertrand Deboudt, chargé d’études au département transport et mobilité du Cerema Nord Picardie.

 

Lumière économe à Limoges

 

La visibilité des revêtements inspire une autre expérimentation, baptisée Lumiroute, en voie d’aboutissement à Limoges, dans un objectif de réduction des dépenses énergétiques. Avec Limoges Métropole et un pool de fournisseurs comprenant Bertho pour les lampadaires, Mallet pour le revêtement et Spie-Batignolles pour la mise en œuvre, le Cerema Méditerranée compare la réflexion lumineuse de quatre types de revêtement clairs, du point de vue de la quantité d’énergie nécessaire à leur lisibilité nocturne, dans la durée. « Entre les supports innovants et classiques, le rapport va de 1 à 3 », révèle Paul Verny, chargé de cette expérience au Cerema Méditerranée.

 

Traversées complexes à Paris

 

Avec le même protocole expérimental qu’à Dunkerque, Paris attend pour la fin de l’année les résultats de la seconde vague de tests de ses zones tactiles traversantes, au carrefour de la station de métro Alésia, pour départager trois produits présélectionnés. L’aboutissement de l’expérimentation précèdera la systématisation de l’équipement retenu, dans les carrefours complexes de la capitale.

Présentées le 16 octobre dernier lors du colloque de la délégation ministérielle à l’accessibilité sur les recherches en cours dans l’espace public, les expériences des grandes villes épaulées par le Cerema conduisent les industriels sur la voie de la certification des Bev et bandes de guidage rapportées : « Nous espérons les premiers certifiés pour 2019 », annonce Pierre Anelli, directeur de l’Association pour la certification et la qualification des équipements de la route (Asquer).

 

Remettre la technique à sa place

 

Les spécialistes de l’accessibilité ne se laissent pas aveugler par ces  avancées : « Au bout de la technique, il y a toujours une aventure humaine et une volonté politique », a conclu Brigitte Thorin, déléguée ministérielle à l’accessibilité, le 16 octobre à l’issue du colloque. Révélés pendant cet événement, les huit bourgs et villages lauréats « des belles pratiques et des bons usages en matière d’accessibilité de la cité » ont illustré la diversité des solutions, à la portée des petites communes.

 

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