Marchés privés

Joseph-Emmanuel Caro, directeur général et responsable juridique de l’entreprise Mas (Pau) : « En période de récession, la garantie de paiement est indispensable »

Entreprise indépendante leader sur son marché du Sud-Ouest, Mas a un directeur juridique de premier rang, qui n’est autre que son directeur général, Joseph-Emmanuel Caro. Docteur en droit, ce juriste atypique n’a vraiment pas la langue de bois…

Comment êtes-vous arrivé chez Mas ?

Mon père était artisan en peinture plâtrerie dans la région de Toulouse. Après le bac, j’ai trouvé du travail en région parisienne, un poste de gardien d’entrepôt d’alcool, puis de pion, ce qui m’a permis de boucler un doctorat en droit public à Paris-X Nanterre. Etant chargé de cours à l’université, j’ai organisé un colloque sur le thème de ma thèse (la sous-traitance) qui m’a fait repérer par Bertrand Sablier, alors secrétaire général du conseil national de la sous-traitance. J’en suis devenu secrétaire général adjoint puis secrétaire général quand Bertrand Sablier est devenu délégué général de la FFB. C’est au début de 1990 que M. Mas, alors président de la FFB d’Aquitaine, m’a recruté. Il avait besoin d’un juriste comme secrétaire général de son groupe, c’était pour moi l’occasion de revenir au bercail. L’entreprise était malade de procédures, et pour user d’une métaphore, avait besoin d’un médecin généraliste. Nous avions alors des chantiers en Arabie Saoudite avec des problèmes compliqués. Une période turbulente et difficile.

Qu’avez-vous développé comme autre compétence après votre arrivée chez Mas ?

Le droit social : savoir tenir une réunion de comité d’entreprise, de délégués du personnel, élaborer un plan de formation, assurer les droits individuels de formation, mais aussi savoir licencier, élaborer un plan social en cas de licenciement économique. C’est l’énorme partie immergée de l’iceberg de notre activité, largement sous-estimée par la profession. Par ailleurs, j’ai pu élaborer à la FFB le dispositif de garantie de paiement avec l’équipe de Bertrand Fabre [aujourd’hui directeur de la rédaction du  » Moniteur », ndlr].

Quel est l’intérêt de la garantie de paiement pour l’entreprise ?

Quand la conjoncture devient mauvaise, il faut préserver les marges, comme dit Didier Ridoret [président de la FFB, ndlr]. Mais avant même de s’occuper des marges, il faut préserver au moins les paiements, car 10 % de zéro, c’est toujours zéro. En période de récession, la garantie de paiement est indispensable. C’est faire preuve de cécité que de se lancer dans des marchés avec des promoteurs privés sans exiger une garantie de paiement.

Tout le monde a une garantie de paiement, sous-traitants et fournisseurs, mais pas l’entrepreneur. Encore faut-il que les entreprises appliquent les textes, cela demande de la pédagogie : personnellement, j’explique aux clients la nécessité d’une garantie de paiement, je négocie avec eux, et personne ne m’a encore mis dehors pour mon exigence.

Comment fonctionne la direction générale que vous assurez avec votre associé Jean-Pascal Simon ?

Au niveau de l’entreprise, je donne des directives sur les lignes de force avec Jean-Pascal Simon, mon associé, sous couvert du contrôle du président du conseil de surveillance (M. Mas). Pour le reste, on laisse une grande autonomie aux directions locales et régionales. Quand j’ai établi les documents types, les rappels au règlement, que j’ai « expliqué la salade », je deviens en quelque sorte le conseiller juridique de mes directeurs.

Si le problème à régler devient important, j’irai négocier directement et trouver la solution adéquate. Je travaille en équipe, nous prenons des décisions ensemble, mais il m’arrive de trancher. Ce qui donne une force exceptionnelle aux décisions du directeur juridique et général que je suis : s’il le faut, je sais trancher.

Les profils juridique et technique s’opposent-ils au sein de l’encadrement ?

C’est l’originalité de notre attelage : un conseil de surveillance présidé par M. Mas, et composé des membres de sa famille comme actionnaires principaux, et un directoire dont je suis membre et qui est présidé par Jean-Pascal Simon qui est ingénieur ESTP. Jean-Pascal Simon s’occupe des études de prix, de la gestion et de la production avec les équipes de directeurs et conducteurs de travaux ; et moi ; je m’occupe du reste, ce à quoi s’ajoutent deux autres fonctions. En effet, je suis également directeur général de la financière Mas (holding).

Et je représente aussi la société Mas, en tant que vice-président de la CCI chargé du développement de l’industrie dans le Béarn. Je suis également président du conseil départemental de la sous-traitance de la Fédération du BTP des Pyrénées-Atlantiques.

En quoi la sous-traitance pose-t-elle problème ?

Nous organisons un colloque sur la sous-traitance en octobre, où sera présenté le vade-mecum de la sous-traitance de pose, un document unique en France. Il est en effet essentiel de ne pas confondre la sous-traitance et le prêt illicite de main-d’œuvre. Ainsi, je viens d’être convoqué au commissariat de police de Pau parce qu’un inspecteur du travail pensait que nous étions dans l’illégalité au seul motif que, pour eux, la sous-traitance de pose, c’est du prêt de main-d’œuvre illicite.

Dans cette affaire, je suis très concerné et je porte le drapeau du syndicat, parce que j’en ai plus qu’assez qu’on traite les entrepreneurs comme des voyous ! Pour distinguer entre les différentes notions, il faut être juriste et disposer d’un minimum de bon sens.

Quid de l’entente entre les entreprises ?

Je m’occupe aussi du droit de la concurrence. J’ai même eu des perquisitions dans ce bureau, bien que je n’aie pas d’ordinateur… Eh bien, j’ai gagné tous nos procès. L’entente, c’est un problème grave, qui relève d’abord de la suspicion. Dès qu’un maître d’ouvrage a payé trop cher des travaux mal estimés par son architecte, il crie « Au voleur » : c’est naturellement l’entrepreneur qui s’est entendu avec ses confrères. Il y a là beaucoup d’exagération et, quatre fois sur cinq, ce n’est pas justifié. A l’inverse, on ne se rend pas compte de l’effet sur l’entreprise soupçonnée de voir débouler des policiers, avec fouille du bureau et auditions à l’appui… Il ne manque que les menottes ! Les abus, il faut les réprimer de part et d’autre.

Quelle est votre implication dans la gestion sociale de l’entreprise ?

L’entreprise est faite d’hommes et de femmes. Dans les contacts directs avec les délégués du personnel, il ne faut pas trop juridiciser le débat.

Nous gérons le management de la manière suivante : ce sont les gens proches du chantier, ceux qui savent ce que produire veut dire, conducteurs de travaux, directeurs de production qui s’occupent, avec M. Mas, des contacts en direct avec les salariés. Moi je suis là en tant que conseil. Pour bien se comprendre il faut parler le même langage. C’est mon associé Jean-Pascal Simon qui participe au comité d’entreprise et au conseil d’hygiène sécurité.

Focus

Son parcours

Age : 52 ans.

Formation : docteur en droit public (1983).

Chargé de cours à l’université.

1983-90 : secrétaire général du conseil national de la sous-traitance à la FFB.

1990 : secrétaire général puis directeur général de l’entreprise Mas (2000) et de la financière Mas.

Loisirs : karaté (ceinture noire).

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