Industrie/Négoce

Joël Armary n’est plus le président du directoire de BigMat

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Etat et collectivités locales

Son mandat, qui arrivait à échéance, n’a pas été renouvelé, « d’un commun accord ». Joël Armary occupait le poste depuis septembre 2011. Un cycle marqué par une volonté ambitieuse mais inachevée de transformation du groupement, vers un horizon 2017.

La nouvelle vient d’être officialisée dans le réseau BigMat. Joël Armary n’est plus le président du directoire du groupement d’indépendants. « Son mandat, qui arrivait à échéance, n’a pas été renouvelé, d’un commun accord », confirme à Négoce l’un des principaux adhérents du groupement. A 54 ans, Joël Armary conclut son mandat chez BigMat sur un goût d’inachevé.

Le brillant et charismatique « dirigeant transformateur », comme il se définit lui-même, conserve majoritairement en interne l’estime des exigeants chefs d’entreprises du groupement. La qualité de ses diagnostics et la clarté de sa vision, couchés en 2012 dans le plan stratégique « PSB 2017 » font consensus. Tout comme son énergie et son engagement.

Des matériaux de construction au « multispécialiste »

A son arrivée, Joël Armary  voulait faire de BigMat « la première enseigne des indépendants ainsi que l‘enseigne préférée des artisans et entrepreneurs de la maison ». La boussole reste visiblement la bonne. « Son travail et ses actions perdureront avec la nouvelle équipe », confirme-t-on chez BigMat. Le concept de point de vente BiPos, imaginé en 2013, a commencé à se concrétiser l’an passé ; le déploiement de la borne numérique Bi est en cours ; l’investissement sur la relation clients et la fidélisation sont des objectifs partagés, tout comme la nécessité de « numériser » l’enseigne et ses services. Bref, les chantiers en cours sont nombreux. Mais voilà, les résultats du groupement sont loin de suivre la trajectoire dessinée par Joël Armary. 

A la fin 2012, l’ancien DG d’Intersport annonçait des objectifs ambitieux : un quasi-doublement de son réseau dans les cinq ans, en passant de 330 à 600 points de vente. Le chiffre d’affaires, qui atteignait 1,2 Md € en 2011, plaçait alors BigMat en quatrième position sur le segment des « multispécialistes », avec 5% de parts de marché environ. Loin derrière l’intouchable Saint-Gobain et sa myriade d’enseignes (Point.P., La Plateforme du Bâtiment…), certes, mais juste dans la roue de Tout Faire et Gedimat.

Un marché qui rétrécit

En devenant « l’enseigne préférée des artisans », BigMat pensait alors profiter de l’élan de la RT 2012 et, pourquoi pas, de la future RT 2020, pour se hisser au second rang. Un vœu pieu, pour plusieurs raisons. D’abord parce que la crise que traverse le bâtiment se révèle beaucoup plus profonde et durable que prévu. L’activité a parfois dégringolé jusqu’à 10%, selon le Negoscope. Joël Armary garde le cap, en février dernier, dans les colonnes de Négoce. « L’essentiel concerne le nouveau positionnement. La priorité est donnée à la relation clients : il s’agit d’une nouvelle approche du métier de négociant. Ce que nous révèle d’abord la crise, c’est que cette orientation était la bonne »,  insiste-t-il. Tout en reconnaissant la puissance des vents contraires : « Nous avions très bien perçu la décélération dès 2012. Nous savions que 2013 serait en recul. Mais nous n’attendions pas une année 2014 aussi difficile et, surtout, que nous allions vers une réduction structurelle en 2017. Le marché sera plus petit qu’en 2011 ! »

« Respirations »

Il n’y a pas que le marché qui rétrécit. BigMat perd aussi sa force de frappe. C’est le second obstacle sur lequel trébuche la stratégie Armary : le parc de points de vente n’atteint pas les chiffres annoncés. Pire, plusieurs adhérents abandonnent la bannière, au-delà des traditionnelles « respirations » des groupements d’indépendants.

Le départ le plus spectaculaire intervient en 2014. Gérard Pillaud, président du conseil de surveillance de BigMat jusqu’en 2012, et patron de Pillaud Matériaux, veut reprendre sa liberté, en compagnie de Bataille Matériaux, avec qui il avait fondé la holding Philomat fin 2011. Avec eux, ce sont  24 points de vente et près de 100 M€ (HT) de chiffre d’affaires qui s’évaporent… Ils quittent officiellement le groupement le 1er janvier 2015, pour rejoindre Altéral – le Club Négoce.

Valse de départs

Ces derniers mois, les départs se sont succédé. En décembre, le négoce indépendant breton Queguiner annonçait le rachat de six points de vente Sanséau Matériaux, un poids lourds breton de BigMat. Surtout, beaucoup d’ex-BigMat ont rejoint Gedimat, l’ancien partenaire au sein de la centrale d’achat Timolia, sabordée en 2014. Tout un symbole : Gedimat-Gedibois, groupement réputé rigoureux, recense aujourd’hui 494 points de vente et projetait un chiffre d’affaires de 1,8 Md€ au 1er janvier 2015. De son côté, BigMat a perdu des plumes, avec un parc qui affiche, en ce début 2016, 290 à 300 unités de points de vente maximum – contre 313 début 2015 -, et un chiffre d’affaires inférieur au 1,2 Md€ de 2012. 

La balle est désormais dans le camp des adhérents de BigMat et de Jean-Pierre Camozzi, le président du conseil de surveillance. Pour les concurrents de la distribution, BigMat reste l’une des pépites du négoce. « Nous avons beaucoup de respect pour BigMat et ses adhérents, la marque reste magnifique même si elle a souffert ces dernières années », glisse le patron d’un réseau concurrent.

L’atout de l’international

Il faut dire que BigMat conserve de sacrés atouts, et pas seulement en France. Sa marque et son savoir-faire sont aussi reconnus au niveau européen. Créé en 2004, BigMat International, dirigé par Claude Coutant depuis 2013, est aujourd’hui présent dans cinq pays: la Slovaquie (10 points de vente), la République Tchèque (30), la Belgique (25) et, surtout, la péninsule Ibérique (305) et l’Italie (169). De l’aveu général, le positionnement global, à l’international comme en France, reste pertinent. Il est résumé par le slogan, accouché en 2015 par Score DDB, la nouvelle agence de communication : « Les bâtisseurs ont leur maison ». Cette fois, Joël Armary n’en a plus les clés.

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