Culture

Isabelle Menu prophète en son pays

L’architecte et urbaniste nordiste a été faite Chevalier de la Légion d’honneur. Isabelle Menu, c’est l’histoire d’Euralille.

L’ordre national de la Légion d’honneur aime les femmes architectes. Après Christine Edeikins, Corinne Vezzoni ou, auparavant, Manuelle Gautrand, Isabelle Menu vient enrichir la liste des récipiendaires. Celle qui fut l’élève de Rem Koolhaas a reçu, le 6 décembre, à la Gare Saint-Sauveur, l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur des mains de Jean-Louis Subileau, Grand Prix de l’Urbanisme 2001.

Peu de gens savent, pourtant, qu’Isabelle Menu se destinait au départ à une carrière de médecin. Mais elle soignerait finalement les villes, donc, quelque part, un peu les âmes. Isabelle Menu c’est la contradiction faite femme du proverbe «nul n’est prophète en son pays». Quand les architectes, où qu’ils soient installés, ont une tendance à déplorer que les collectivités vont toujours chercher des talents ailleurs, elle, fille de mineur, originaire de Fresnes-sur-Escaut près de Valenciennes, a construit l’essentiel de son œuvre dans le Nord. Etudiante à l’Ecole d’architecture de Villeneuve-d’Ascq, elle se distingue déjà lors d’un concours organisé par l’établissement qui traite des liaisons entre les gares de Lille. Rem Koolhaas remarque son travail et souhaite l’associer à la conception urbaine d’Euralille, ce nouveau quartier qui va métamorphoser l’image de la ville de Pierre Mauroy. Le maître néerlandais lui loue un appartement à Rotterdam. En l’espace d’une semaine, la jeune femme a fait son sac. Elle restera deux ans chez OMA.

 

D’Euralille à Saclay

 

De retour à Lille, nouvelle rencontre hors du commun: Marc Paindavoine, architecte associé à Jean Nouvel sur l’opération du centre commercial d’Euralille cherche un chef de projet. Isabelle Menu se consacre un an au dossier. Le temps d’une échappée vers Amiens et Naples, sujets de son diplôme, et, en 1995, Jean-Paul Baïetto, directeur de la SAEM Euralille, lui confie le commissariat et la scénographie de l’exposition «Euralille, poser, exposer». L’année suivante, Isabelle Menu est nommée consultante et coordinatrice des études de la ZAC. Après cette expérience aux côtés de la maîtrise d’ouvrage, saluée en 2005 par le Palmarès des jeunes urbanistes, à partir de 2009, c’est cette fois en tant que maître d’œuvre qu’elle aborde le sujet puisqu’on lui demande de dessiner Euralille3000, nouvelle phase d’intensification et de densification de ce territoire, ô combien complexe. Jean-Paul Baïetto disparu, Isabelle Menu devient la mémoire d’Euralille. Son histoire. Son passé, son présent et son futur.

 

 

«Princesse Manga»

 

Dès lors, qui de plus légitime que Jean-Louis Subileau, en charge du grand projet urbain lillois de 1998 à 2010 pour lui remettre la Légion d’honneur ? Dans son discours, Jean-Louis Subileau salue une «vigie intellectuelle», «un fer de lance de l’école d’architecture lilloise», qui «aime profondément le peuple dont (elle est) issue». Souligne une «intransigeance dans la conception». «L’Ordre ne s’est pas trompé, estime-t-il: il accueille une combattante (des idées).» Une sorte de «princesse Manga» que le Grand Prix de l’urbanisme encourage à «aller encore plus loin» dans son engagement pour «la ville pour tous».

 

Transmettre

 

La réussite de l’agence Saison Menu, qu’Isabelle a créée en 2000 à Roubaix avec Luc Saison, son mari rencontré en deuxième année d’école d’architecture, est, toutefois, loin de se limiter au cadre régional. La conception du campus urbain du Moulon à Paris-Saclay (300 hectares, 900 000 m2) en est l’une des plus brillantes illustrations. Combien sont-ils à travailler à de telles échelles ? Mais Saison-Menu (22 salariés dont 8 urbanistes) œuvre aussi à Bordeaux, Nantes, Rennes, Strasbourg, Le Havre, Caen, etc. «Plus qu’un bureau, nous sommes un atelier, où nous travaillons la matière, où nous réalisons encore des maquettes avec des petits bouts de mousse, témoigne Luc Saison. Nous organisons régulièrement des workshops internes.» Isabelle Menu s’est, en effet, toujours sentie dans un rôle de passeuse. C’est peut-être au fond son plus grand mérite que de donner une vision dans un avenir incertain.

 

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