Qualité/Sécurité

Intermat 2012 : la sécurisation du forage à la tarière avance doucement

Mots clés : Communication - marketing - Matériel - Equipement de chantier - Normalisation - Marquage CE

Normes techniques refondues et dispositifs de protection adaptés améliorent l’utilisation des tarières, dont la dangerosité est maintenant bien reconnue, tant par les acheteurs que par les constructeurs.

Le décès en 2010 de deux opérateurs happés par une tarière a confirmé la dangerosité de ces matériels. En moyenne, ce type de machine est responsable d’un accident mortel par an. C’est ce qui ressort des statistiques sur dix ans de la Caisse primaire d’assurance-maladie.

Le happement est la cause principale de ces accidents, dont 64 % sont mortels. Quant aux blessés, ils sont souvent gravement touchés : arrachement d’un doigt, d’une main, d’un bras. Le forage à la tarière présente un risque accru par rapport à d’autres techniques utilisant des tiges lisses car elle accroche tout ce qui peut entrer en contact avec elle, et en particulier la main, lorsque l’opérateur, par réflexe, nettoie l’outil « au gant » pour enlever une motte de terre.

 

Un couple élevé et donc une grande puissance

 

Cette dangerosité s’explique aussi par la nature du chantier : forage d’eau, géothermie, micropieux…, ce sont les petits chantiers qui présentent le plus de risques. Ils sont réalisés par des salariés de PME, voire des artisans, moins bien formés que les opérateurs de grosses machines pour fondations spéciales.
De plus, l’utilisation des petites tarières exige une proximité des hommes avec l’engin et nécessite de fréquents contacts pour la manipulation des tiges et leur vissage.
Enfin, la vitesse de rotation, lente, est trompeuse : ces machines bénéficient d’un couple élevé et donc d’une grande puissance. Un artisan connaissant mal le matériel, loué à l’occasion d’un chantier particulier, n’évalue pas tout le danger de la machine.

Face à ces risques, le Syndicat professionnel des entreprises de forage (Soffons) a édité dès 2009 un « Guide pour l’utilisation des foreuses » mettant l’accent sur les procédures de travail (notamment ne jamais travailler seul) et les précautions à prendre.

Côté normalisation technique, les normes EN 791 et EN 996 qui encadraient ce type de matériel vont être fusionnées en une seule, EN 16228. Ce nouveau texte doit être achevé en juillet 2012 puis être voté en février 2013 et appliqué à partir d’octobre 2013.

 

Grilles, câbles, soufflets, plaques d’arrêt

 

Parallèlement, l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) a publié le « Guide ED 6108 – Machines de forage – Manuel de sécurité », édité sous la responsabilité de Jean-Paul Bello du laboratoire de sécurité des systèmes automatisés. Un second ouvrage, le « Guide ED 6111 – Machines de forage – Sécurisation de la zone de travail », portant sur les matériels existants, devrait être publié au printemps.

 Pour Jean-Paul Bello, ces deux guides témoignent « d’une prise de conscience forte, aussi bien chez les utilisateurs que chez les constructeurs ». Cette démarche a permis de faire accepter par tous la nécessité d’adapter sur les machines de forage de nouveaux systèmes de protection, plus efficaces qu’un simple bouton d’arrêt d’urgence. Ces dispositifs mécaniques de grilles, de câbles, de soufflets ou de plaques d’arrêt enveloppant la partie mobile ont été préférés aux capteurs électroniques qui se révèlent trop fragiles dans l’environnement des chantiers. Ces accessoires de protection ont été expérimentés et validés.

Daniel Perpezat, de Solétanche-Bachy, intervenant dans le groupe de travail, souligne la nouveauté que constitue l’implication des constructeurs français, constitués en Union française des constructeurs de machines de forages (UFCMF). Pascal Sauvage, gérant du constructeur alsacien Socomafor, insiste sur « les performances d’arrêt », c’est-à-dire le temps qui s’écoule entre le déclenchement de la sécurité et l’arrêt effectif de la rotation, qui doit être immédiat. « Pour nous, c’est un point fondamental. » Si les constructeurs de machines et leurs acheteurs ont aujourd’hui bien pris la mesure de la dangerosité des tarières, la prise de conscience doit maintenant se faire chez les hommes du chantier qui doivent perdre le réflexe d’enlever les mottes de terre avec la main !

Focus

Hervé Cohade, Président de Foraloc : « Je crains que la seule solution ne soit l’interdiction »

« C’est vrai : les petites tarières sont extrêmement dangereuses. À tel point que chez Foraloc nous avons décidé depuis 4 ans de ne plus en louer. Ce fut une décision difficile à prendre car ces machines sont appréciées par beaucoup de nos clients pour leur efficacité dans les terrains argileux. D’autres solutions techniques existent, comme le forage avec des tiges lisses et un taillant de type « PDC », qui est plus coûteux mais moins dangereux. Nous avons installé nous-même sur notre parc de foreuses des plaques d’arrêt instantané et des grilles de protection et nous proposons également d’intervenir à l’extérieur pour installer ces accessoires sur les machines actuellement en circulation. Cela améliore la sécurité mais ne résout pas les problèmes d’imprudence et d’absence de formation des hommes du chantier. Je crains que la seule mesure vraiment efficace ne soit d’interdire purement et simplement le forage à la tarière ».

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