Collectivités territoriales

Inondations: les communes des Alpes-Maritimes se relèvent doucement d’un déluge meurtrier

Mots clés : Sécurite civile

Il faudra plusieurs mois pour tout remettre en état et déjà se pose la question de la prise en compte de tels épisodes climatiques extrêmes dans les dispositifs de prévention et d’anticipation des inondations.

Un phénomène d’une ampleur exceptionnelle, jamais connu dans les Alpes-Maritimes: le bref et ultra-violent épisode pluvieux qui s’est abattu dans la nuit de samedi à dimanche sur l’ouest de la Côte d’Azur (jusqu’à 175 mm d’eau en deux heures à Cannes, 80 à 120 mm entre Antibes et Nice, un record de précipitation enregistré en une heure à Nice avec 74 mm, selon Keraunos, l’Observatoire français des tornades et orages violents) se solde par un bilan humain très lourd: 20 victimes recensées le 6 octobre et quatre personnes recherchées. Ce drame rappelle d’autres inondations meurtrières survenues sur le littoral méditerranéen dans un passé récent : 17 morts en 2014 dans l’Hérault, le Gard et le Var, 25 morts dans le Var et la région de Draguignan en 2010… Face à la récurrence de tels événements, il devient plus en plus difficile de parler de phénomènes isolés et exceptionnels.

Les communes les plus touchées par ces pluies torrentielles dans les Alpes Maritimes ont été Cannes, Mandelieu, Vallauris-Golfe Juan, Biot, Antibes et les dégâts sont considérables, tant sur les infrastructures de transports (nombreuses routes coupées, trafic SNCF interrompu pendant plusieurs jours) que sur les biens privés : des milliers de foyers privés d’électricité, de nombreuses habitations et locaux tertiaires endommagés. Des équipements comme le Parc Marineland à Antibes ont été submergés; à Cagnes-sur-Mer, le Polygone Riviera (70 000 m2 de commerces), dont l’inauguration est prévue le 21 octobre prochain, a reçu dans ses sous-sols les eaux du Malvan…

 

Crues et ruissellement

 

Des dégâts qui vont nécessiter de nombreux travaux de réparation. La région et le conseil départemental des Alpes-Maritimes ont d’ores et déjà prévus de mobiliser en urgence respectivement 4 millions et 5 millions d’euros pour venir en aide aux sinistrés. L’état de catastrophe naturelle devrait être déclaré dès mercredi en conseil des ministres.

Cette pluviosité exceptionnelle a provoqué en fait deux types de phénomènes : des crues torrentielles des cours d’eau qui ont tout emporté sur leur passage; des inondations par ruissellement, aggravées par la sécheresse des sols et leur imperméabilisation, qui ont frappé les secteurs fortement urbanisés de la bande littorale dont notamment le centre-ville de Cannes. Ces événements aussi violents que passagers soulèvent à nouveau les questions de la prévention des inondations, de la construction dans les zones à risques. Sans attendre, des voix se sont élevées pour dénoncer la sururbanisation, l’artificialisation des sols sur des zones inondables, la disparition progressive des terres agricoles qui servaient de tampons aux eaux de ruissellement… Pour Michèle Rivasi, député européenne, vice-présidente du Groupe Verts/ALE, «il est temps d’en finir avec le bétonnage de la Côte d’Azur, de s’adapter au changement climatique et de développer une culture du risque.» La députée européenne va même jusqu’à remettre en cause la poursuite des grands projets d’aménagement du département comme l’Eco Vallée dans la plaine du Var ou encore le projet d’extension de la zone commerciale de Cap 3000 à Saint-Laurent-du-Var. Un avis pas du tout partagé par le maire de Cannes, David Lisnard qui avance «que d’un côté est dénoncée la sururbanisation de la Côte d’Azur mais que de l’autre le foncier non-bâti va être taxé.»

 

Le niveau de l’aléa en question

 

Ces épisodes dramatiques conduisent à s’interroger sur la portée et l’efficacité des mesures de prévention et de lutte contre les inondations engagées depuis plusieurs des années dans le département. Depuis les tragiques inondations du fleuve Var dans les années 90, des dizaines de communes du département ont été couvertes par l’Etat par un PPRI inondation et plusieurs révisions de ces PPRI pour tenir compte de l’évolution des aléas, des travaux de protection engagés, etc. ont été programmées. Au-delà des mesures réglementaires, des Papi (Programmes d’actions de prévention des inondations), portés par l’Etat et les collectivités, ont été mis en place dans la basse vallée du Var, sur la vallée de la Siagne, au niveau des bassins du Loup, de la Brague et des vallons côtiers pour le territoire de la communauté d’agglomération Sophia Antipolis, avec des travaux à la clé. A Biot, commune traversée par La Brague et très durement touchée, des aménagements de protection ont été réalisés très récemment, en 2013: recalibrage des vallons des Horts et des Combes pour augmenter l’écoulement des eaux, construction d’un bassin de rétention au vallon des Combes. Mais entre le retard pris dans ces aménagements (un bassin de rétention avait été prévu vallon des Horts), l’aléa retenu (centennal au vallon des Combes, trentennal au vallon des Horts), ces mesures se sont révélées insuffisantes face à un épisode climatique extrême. Plus globalement, les observateurs relèvent aussi le manque d’entretien des cours d’eau par les collectivités, un constat récurrent aggravé par la baisse des ressources budgétaires. «Les gestionnaires de ces cours d’eau ont tout intérêt à traiter en urgence ce problème car de tels phénomènes orageux peuvent très bien à nouveau survenir pendant la période automnale» souligne Philippe Renaudi, le président de la branche TP de la FBTP 06. Se pose aussi le problème du temps de réponse des collectivités face à ces défis climatiques imprévisibles : dans le Var, 74 communes se sont regroupées pour donner naissance au syndicat mixte de l’Argens, couvrant l’ensemble d’un bassin-versant afin d’intervenir sur un territoire pertinent au plan hydrographique. Mais créé en 2014, il en est pour l’heure en phase d’élaboration d’un Papi «d’intention».

 

Etat d’avancement des plans de prévention des risques naturels prévisibles d’inondations dans les Alpes-Maritimes (octobre 2015).

 

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