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Innovation dans le logement social : la terre crue joue collectif à Grenoble

Mots clés : Architecture - Innovations - Logement social

Dans le cadre de l’appel à projets « pour une architecture de la transformation » lancé par le groupe Caisse des dépôts et l’Union Sociale pour l’Habitat, cinq bailleurs sociaux accompagnés d’équipes de maîtrise d’œuvre ont pu réfléchir pendant plusieurs mois à de nouvelles manières de faire du logement. Des matériaux différents, des solutions techniques novatrices ou des usages inhabituels ont été pensés et surtout testés. « Le Moniteur » vous présente ces cinq pistes au potentiel désormais éprouvé. Aujourd’hui, le test mené par l’école d’architecture de Grenoble et l’Office public de l’habitat Actis pour faire entrer la terre dans le logement en ville.

Avenue de Constantine à Grenoble, l’Ecole nationale supérieure d’architecture (Ensag) et Actis, bailleur historique de l’agglomération, se font face… Pourtant « jamais jusqu’ici nous n’avions eu l’occasion de travailler ensemble. Ce n’était pourtant pas la volonté qui nous manquait », constate Pierre Payrard, le Directeur du développement et du patrimoine de l’Office public de l’habitat (OPH). L’appel à projets « Architecture de la transformation », engagé en 2015 pour imaginer de nouvelles méthodes de fabrication du logement social, leur aura finalement permis de se retrouver sur le même terrain… ou plutôt sur la même glaise.

 

Ossature bois

 

Soucieux d’user de matériaux plus responsables dans sa production de logements neuf, le bailleur s’est en effet interrogé sur la possibilité d’user de la terre crue dans ses constructions et a eu recours aux savoirs développés par des laboratoires de recherche de l’Ensag, son unité de recherche Architecture, environnement et cultures constructives (AE&CC) mais aussi le CRAterre, ce centre qui travaille depuis 35 ans sur le sujet. Pour Pierre Payrard, « notre objectif est de parvenir à mettre en œuvre de la terre dans des petits collectifs en milieu urbain ». « Il fallait donc réfléchir à la bonne proportion de matière à intégrer dans le projet, poursuit Maxime Bonnevie, de l’unité AE&CC. Ainsi il n’était pas question d’envisager un usage structurel. Cela supposerait une épaisseur de murs trop grande pour des appartements et, dans les centres-villes où le foncier est rare, la perte de m² serait rédhibitoire. Nous avons donc travaillé sur une association avec une ossature bois. »

 

 

Au cours des mois d’expérimentation, un bâtiment-prototype de 320 m² a été réalisé. D’abord installé à Lyon, à l’occasion du congrès mondial Terra 2016, l’été dernier, il a ensuite rejoint Grenoble. Et il a permis de valider certaines hypothèses. « Nous sommes arrivés à la conclusion que la terre sera plutôt à employer comme matériau de second œuvre, sous forme de panneaux ou en enduit, explique Maxime Bonnevie. De la sorte, une construction profite de ses propriétés en matière de confort hygrométrique et d’amortissement des ondes acoustiques. Elle présente aussi une belle matérialité et génère, enfin, une atmosphère dénuée d’odeurs de peinture ou de colle. D’ailleurs, les personnes venues visiter le prototype le disaient : ‘ça sent bon’. »

 

Equation économique

 

Actis a en effet tenu à tester cette idée auprès de ses locataires. « Il nous fallait être sûrs que le matériau serait bien accepté, que les gens n’allaient pas nous reprocher de leur proposer des logements ‘pauvres’. Quelques familles volontaires sont venues. Et sont reparties convaincues », raconte Pierre Payrard. Le responsable a évidemment aussi analysé l’équation économique : « un bâtiment à structure bois représente un surcoût de 8 % par rapport à une construction RT 2012 plus standard. Et si on intègre l’élément terre, il faut encore rajouter 4 à 5 %. Mais, d’une part, quand les filières se développeront, ce coût baissera. Et d’autre part, nous sommes prêts à consentir des efforts pour limiter l’impact carbone de nos logements. » A l’issue de cette expérience, les principales conclusions d’Actis et de l’Ensag sont disponibles sur le site du Lab CDC, toutes prêtes à fertiliser d’autres initiatives. Quant à l’OPH grenoblois, il a déjà en ligne de mire deux projets concrets où la terre pourrait élire domicile.

 

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