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Innovation dans le logement social 2/5 : à Bordeaux, des trésors de flexibilité cachés dans le plancher

Mots clés : Architecture - Innovations - Logement social

Dans le cadre de l’appel à projets « pour une architecture de la transformation » lancé par le groupe Caisse des dépôts et l’Union Sociale pour l’Habitat, cinq bailleurs sociaux accompagnés d’équipes de maîtrise d’œuvre ont pu réfléchir pendant plusieurs mois à de nouvelles manières de faire du logement. Des matériaux différents, des solutions techniques novatrices ou des usages inhabituels ont été pensés et surtout testés. « Le Moniteur » vous présente ces cinq pistes au potentiel désormais éprouvé. Aujourd’hui, l’idée développée par SNI sud-ouest et l’architecte Marc Barani pour poser leurs programmes sur un plancher prêt à toutes les transformations.

Des logements capables de devenir des bureaux, des salons transformables en salle de bains ou en cuisine, un balcon en moins pour une chambre en plus… La question du bâti évolutif taraude aujourd’hui les maîtres d’ouvrage. Et dans le logement social, l’enjeu est de pouvoir s’adapter à la situation des locataires dans la longue durée, par exemple quand la famille s’agrandit ou que les enfants partent faire leur vie. Mais pour satisfaire ce besoin de modularité encore faut-il pouvoir rendre l’architecture un peu plus élastique… et, par exemple la faire reposer sur une base plus souple. Là est justement la qualité première du modèle de plancher imaginé à l’occasion de l’appel à projets « Architecture de la transformation » par l’équipe formée par SNI sud-ouest, établissement qui depuis Bordeaux gère 11 000 logements des Charentes jusqu’au Midi-Pyrénées, et l’architecte Marc Barani (*).

 

Bouleversement total

 

Ces mois d’expérimentation leur ont permis de mettre au point un prototype de plancher bois à grande portée et innervé. Cette structure porteuse mixte bois et béton permet de créer des espaces de 12 mètres de large, libres de tout poteau et par conséquent suffisamment modulables pour être aménagés en appartements ou en lieux d’activité. Surtout, l’ossature bois massif est constituée de poutres treillis dans l’épaisseur desquelles viennent se glisser les réseaux. Eau, air et énergie peuvent y circuler horizontalement et dans les deux sens. Ce système constructif libère donc le bâtiment d’une contrainte énorme, que résume Marc Barani : « on peut mettre les pièces d’eau où on le souhaite. » Par conséquent, on peut donc aussi les repositionner à l’envi et bouleverser intégralement les lieux.

 

 

« Le prototype nous a permis de vérifier que le principe fonctionne du point de vue thermique, acoustique et mécanique », note l’architecte. Les données techniques de cet essai (disponibles comme l’ensemble des résultats de l’appel à projets sur le site Lab CDC) listent également ses vertus environnementales. En effet, l’usage du bois permet d’économiser une tonne de béton par poutre installée… sans pour autant occasionner une surconsommation de hêtre, d’épicéa ou de toute autre essence qui pourra être choisie. Les concepteurs ont en effet opté pour des poutres treillis de type Warren et les conclusions de l’expérimentation en vantent les principaux mérites : ce modèle « optimise l’inertie mécanique : le bois est uniquement là où il est nécessaire ». Bénéfice collatéral, les surfaces collées sont moindres. Enfin, le plancher est donc démontable, réutilisable et recyclable.

 

Industrialisation

 

Pour Marc Barani, le développement de cette solution doit passer « par l’industrialisation. L’idéal serait que cela puisse être construit par des machines-robots. » Mais, pour lui, automatisation de la production ne veut certainement pas dire uniformisation architecturale. « Les façades restent libres, assure-t-il. Ce dispositif est adaptable à tous les cas de figures et à toutes les formes. »

A l’issue des huit mois d’incubation de l’appel à projets, Sabine Parnigi-Delefosse, la directrice de projets au département de la stratégie du Groupe Caisse des dépôts, n’y voit qu’un inconvénient : « à ce stade, le coût reste élevé. Cependant, des leviers d’optimisation sont possibles. » Pour Marc Barani, il faut aussi changer de logique, en particulier d’échelle de temps. Ces bâtiments transformables seront plus pérennes que des locaux plus rétifs au changement et donc plus coûteux à réhabiliter. SNI sud-ouest et l’architecte sont en tout cas fermement convaincus : ces planchers seront mis en œuvre dans un bâtiment qui doit être réalisé en 2019 dans le quartier en devenir de Brazza, sur la rive droite de la Garonne à Bordeaux.

 

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