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Innovation dans le logement social 1/5 : le béton de démolition, un gisement à exploiter en Seine-Saint-Denis

Mots clés : Architecture - Innovations - Logement social

Dans le cadre de l’appel à projets « Architecture de la transformation », lancé en 2015 par le groupe Caisse des dépôts et l’Union Sociale pour l’Habitat, cinq bailleurs sociaux accompagnés d’équipes de maîtrise d’œuvre ont pu réfléchir pendant plusieurs mois à de nouvelles manières de faire du logement. Des matériaux différents, des solutions techniques novatrices ou des usages inhabituels ont été pensés et surtout testés. « Le Moniteur » vous présente ces cinq pistes au potentiel désormais éprouvé. Aujourd’hui, le travail mené par Seine-Saint-Denis Habitat et l’association Bellastock sur le réemploi du béton.

Le « petit jardin qui sentait bon le bassin parisien », celui de la chanson de Jacques Dutronc, tient peut-être sa revanche à Stains. A l’aube des années 1970, l’artiste déplorait la disparition du pommier et du sapin sous un tas de parpaings mais dans la commune de Seine-Saint-Denis, depuis quelques mois, une ancienne tour HLM du quartier du Clos-Saint-Lazare a cédé la place à des jardinières, des bancs et des allées pavées… Ce conte moderne paraît plus beau encore quand on sait que ces prototypes d’aménagements ont été réalisés à partir de bétons de démolition, un essai mené dans le cadre de l’appel à projets « Architecture de la transformation ».

Seine-Saint-Denis Habitat (anciennement l’OPH 93) s’est en effet saisi de cette opportunité pour faire croître « la culture du réemploi », explique Lucas Colombies, son chef de projet Rénovation urbaine. Le grand chantier national de transformation des quartiers, depuis une décennie et pour des années encore avec la phase Anru 2, est en effet l’occasion de tant de démolitions qu’il pourrait aussi être à l’origine d’un fabuleux gisement : celui de matériaux de récupération. Pour l’appel à projets, Seine-Saint-Denis Habitat s’est donc rapproché de Bellastock, une association d’architectes très engagés dans la recherche sur le réemploi. Ensemble ils ont installé sur le site de l’immeuble disparu un atelier en plein air où d’anciens murs ont été taillés en pièces, piquetés, polis ou sablés et, enfin, ont trouvé un nouvel usage. Des blocs irréguliers sont devenus des moellons pour des murets et des bacs à fleurs, des plaques ont été utilisées comme dallage tandis qu’un petit abri propice au rangement des deux-roues ou à la collecte des ordures ménagères a été construit à partie d’anciens voiles.

 

 

Tout au long de l’expérience, le voisinage est passé jeter un œil à cette drôle de « Fabrique du Clos ». « Plus de 800 personnes sont venues et nous avons pu faire de la pédagogie sur les avantages du réemploi, explique Lucas Colombies. Sinon les gens ne comprennent pas pourquoi eux, n’auraient pas le droit à du mobilier neuf, et seulement à de la seconde main. »

A l’issue du test, des hypothèses techniques ont été validées, notamment par le CSTB. Mais Lucas Colombies a aussi étudié la facture. « Pour l’abri-vélos, le bilan est alourdi par le prix encore important de la structure métallique. Et puis une telle construction demande aussi de mobiliser pas mal de matériel. Mais en réalisant des pavillons plus grands ou en plus grand nombre, des économies d’échelle semblent possibles, explique-t-il. En revanche l’expérience a été très concluante sur les revêtements de sol. L’économie est de 10 €/m² par rapport à du pavage neuf. Non seulement on n’achète pas de matériaux neufs mais en utilisant les bétons récupérés sur le site même, on économise sur l’évacuation des déchets, ce qui représente toujours un poste de dépense très important dans les démolitions. » Seine-Saint-Denis Habitat entend donc poursuivre sur cette lancée pour développer des espaces publics ou des allées privatives en béton réemployé. Quant à la « Fabrique du clos », elle pourrait devenir « une recyclerie professionnelle où seraient traités les matériaux générés par d’autres démolitions, explique Antoine Aubinais de Bellastock. Avec la régie de quartier, nous allons donc structurer le lieu pour en faire un lieu de production… Et ainsi créer de l’emploi local. »

 

 

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Un an de réflexions et d’expérimentations

« Ce fut un sprint… long », constatait le directeur général du groupe Caisse des Dépôts Pierre-René Lemas alors que se jouaient, en novembre 2016, les dernières minutes de l’appel à projets « Architecture de la transformation ». La compétition avait été lancée quatorze mois auparavant pour lancer le défi de l’innovation aux bailleurs sociaux. La Caisse des dépôts ainsi que l’Union Sociale pour l’Habitat (USH) entendaient leur donner l’occasion de repenser leur offre de logements pour mieux prendre en compte les évolutions sociales ou les impératifs du développement durable. C’était leur donner le temps et les moyens financiers de vérifier hypothèses, qu’ils avaient souvent déjà en tête, en matière de nouvelles typologies ou de solutions constructives, puis de les tester en construisant des prototypes.

L’offre était tentante et 52 bailleurs, associés à des équipes de maîtrise d’œuvre, s’étaient portés candidats. En février dernier, les cinq lauréats avaient été désignés et alors a vraiment démarré la course contre la montre, c’est-à-dire le temps de l’incubation des projets. « Ils ont tous souffert, a reconnu Pierre-René Lemas, mais ils peuvent être fiers d’avoir, en un délai si court, obtenu ces résultats ». Pour avoir expérimenté des possibilités de réemploi des bétons de démolition, l’usage de la terre crue dans l’habitat collectif ou bien encore l’adaptation de bâtiments du patrimoine à des programmes de logements, les équipes ont validé certaines pistes, parfois renoncé à d’autres et se sont surtout données la possibilité de pouvoir les concrétiser ensuite dans des opérations réelles.

« Cette incubation qui s’est achevée fin octobre a été un temps défrichage et toutes les questions ne sont évidemment pas réglées », explique Sabine Parnigi-Delefosse, la directrice de projets au département de la stratégie du Groupe Caisse des dépôts. Elle rappelle aussi que les équipes ont planché sur des solutions réplicables et, donc, « ont élaboré divers documents : guides très pratiques pour la maîtrise d’ouvrage ou la maîtrise d’œuvre, fiches techniques ou encore modèle de CCTP (Cahier des clauses techniques particulières)… Qui sont désormais à la disposition de tous ceux qui voudront s’en inspirer. » Toutes ces pièces sont accessibles sur le site du Lab CDC.

 

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