Performance énergétique

Indicateurs de performance énergétique des bâtiments : la bataille continue entre énergie primaire et énergie finale

Mots clés : Efficacité énergétique - Equipements techniques et finitions - Réglementation thermique et énergétique

Volet essentiel du projet de loi sur la transition énergétique, la performance des bâtiments doit-elle se mesurer en énergie primaire ou en énergie finale ? L’association Energies et Avenir, qui réunit les acteurs du chauffage à eau chaude,  a donné la parole aux défenseurs des indicateurs en énergie primaire.

 

« Le projet de loi sur la transition énergétique exprime la performance des bâtiments en énergie finale tandis que la RT 2012 la mesure en énergie primaire », a rappelé Hervé Thelinge, président d’Energies et Avenir en introduction de la table ronde organisée par l’association sur le thème « Performance énergétique et environnementale des bâtiments : pourquoi faut-il conserver les indicateurs en énergie primaire ? ». Il convient, pour les professionnels du chauffage à eau chaude, d’harmoniser les textes… en optant de préférence pour des indicateurs en énergie primaire. Rappelons que celle-ci correspond à l’ensemble des ressources énergétiques prélevées à la planète. Après transformation et transport, elle fournit une quantité d’énergie disponible pour le consommateur : l’énergie finale. Le coefficient de conversion de la première à la seconde est fixé en France, depuis les années 1970, à 1 pour les énergies combustibles (gaz, fioul…) et à 2,58 pour l’électricité. Ce dernier facteur de conversion devrait semble-t-il être aujourd’hui plus proche de 3,2 en raison de la part élevée de l’énergie nucléaire dans le bouquet français.

 

Tenir compte des pertes

 

 Pour Emmanuelle Bertho, ambassadrice de l’association Negawatt, il est important de comptabiliser les consommations en énergie primaire pour tenir compte des pertes lors des transformations et transports : « Le rendement moyen des énergies est en France de 70 %. Juger la performance d’un bâtiment en énergie finale, c’est oublier 30 % du problème ». Maryse Arditi, pilote du réseau Energie de France Nature Environnement, rappelle que les pays européens expriment leurs objectifs de consommation en énergie primaire tandis que la France choisit l’énergie finale pour sa loi de transition énergétique. Or, en quarante ans, la consommation française d’énergie finale a augmenté de 15 % tandis que la consommation d’énergie primaire grimpait de 45 %. Un dérapage qu’elle impute à l’usage massif d’électricité pour le chauffage.

 

Défense des appareils à effet Joule

 

Jean-Paul Ouin, délégué général d’Uniclima (syndicat des industries thermiques, aérauliques et frigorifiques), tente quant à lui d’expliquer pourquoi le débat entre énergie primaire et finale ressurgit aujourd’hui : « Ce sont les électriciens qui posent la question car le calcul de la RT 2012 est défavorable à certains appareils électriques peu performants, ainsi exclus du marché ». Les réglementations précédentes RT 2000 et RT 2005, exprimaient déjà la performance en énergie primaire mais les appareils à effet Joule restaient alors compétitifs. «  D’autant, rappelle Emmanuelle Bertho, que la RT 2000 n’imposait pas de valeur maximale de consommation mais comparait le projet à un bâtiment de référence du même type et utilisant la même énergie, tandis que la RT 2005 accordait un droit à consommer supérieur pour les bâtiments chauffés à l’électricité ». « Il n’est pas question pour autant d’éradiquer les appareils à effet Joule, tempère Jean-Paul Ouin. Ils restent notamment utiles en rénovation où il n’est pas toujours possible de tirer une boucle d’eau chaude. Par ailleurs, associés à un bon système de régulation, ils devraient rester compétitifs. Malheureusement, le moteur de calcul de la RT 2012 prend très mal en compte l’apport de la gestion active de l’énergie par les systèmes de régulation. »

 

Pédagogie des diagnostiqueurs

 

Depuis leur création en 2006, les diagnostics de performance énergétique (DPE) expriment l’efficacité des bâtiments en énergie primaire. Sylvain Coopman, délégué général de la Chambre des diagnostiqueurs immobiliers FNAIM, admet que c’est difficile à comprendre pour les particuliers qui comparent le résultat à leur facture d’énergie exprimée en énergie finale.  « Même si cela demande aux diagnostiqueurs une bonne dose de pédagogie, nous souhaitons continuer à exprimer la performance énergétique des bâtiments en énergie primaire afin de mesurer les évolutions du parc », affirme-t-il.

 

Et la performance environnementale ?

 

Si l’ensemble des intervenants s’est accordé sur la pertinence des indicateurs en énergie primaire pour mesurer la performance énergétique des bâtiments, ils ont en revanche oublié de traiter le volet de la performance environnementale annoncé dans le titre de la table ronde. Quel est de ce point de vue le meilleur indicateur ? Energie primaire ou énergie finale ?

 

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  • - Le

    ET ALORS ?

    Toutes choses égales par ailleurs, que l’on parle en énergie primaire ou finale importe peu pour les profanes (sinon les embrouiller un peu plus, comme souvent en France). C’est vrai pourquoi faire simple (énergie finale : tout le monde comprend), quand on peut faire compliqué (énergie primaire : réservé aux intellos… ho, ho, ho…)
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  • - Le

    ne soyons pas hypocrites

    La seule raison qui pousse notre pays à établir ses normes en énergie primaire est d’ordre politique. L’idéologie « verte », qui est d’abord antinucléaire, a contaminé les dirigeants de la majorité politique actuelle. Et cela conduit à pénaliser l’électricité (très majoritairement d’origine nucléaire en France) avec un coef de 2.5 à 3 dans les réglementations, au profit du gaz (coef 1). Car le gaz est aussi le principal allié des énergies dites renouvelables, qui ont besoin de centrales à gaz pour compenser l’intermittence des éoliennes et panneaux solaires. On en arrive ainsi à l’absurdité écologique de la RT2012, qui en pénalisant l’énergie électrique conduit à ce que la plus grande partie des logements nouveaux est construite avec un chauffage au gaz, qui est une énergie carbonée émettrice de GES. De plus, cela pénalise notre balance commerciale et provoque des accidents domestiques graves.
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  • - Le

    Sur les coefficients énergie primaire , énergie finale

    Si le coefficient de 2,58, pour passer de l’énergie finale à l’énergie primaire, peut sembler satisfaisant, par contre le coefficient de 1 retenu pour le gaz et le pétrole est totalement sous évalué l’exploitation d’un gisement pétrolier a un rendement de 33%, il y a en effet 66% du pétrole qui est perdu. Si on était logique cela fait déjà un coefficient de 3. Ce pétrole brut doit ensuite être transformé puis transporté.Sans rentrer dans des calculs détaillés on peut estimer ce coefficient à 2. On arrive donc aux chiffres suivants: Électricité: 2,58 Pétrole: 6 au lieu de 1 Chercher donc qui a intérêt à minimiser le coefficient pour le pétrole: les  » antinucléaires  » ou les  » Pétroliers  » ? Peut être les deux ? Polo
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