Profession POINT DE VUE

Imaginer les urbanistes à l’horizon 2030

Mots clés : Etat et collectivités locales - Métier de la construction

En conclusion de son université d’été 2014, qui s’est tenu fin août à Marseille, le Conseil français des urbanistes (CFDU) s’est essayé à un exercice de prospective pour esquisser l’exercice de la discipline dans quinze ans. Alors que 2030 est l’objectif que se sont fixé nombre de collectivités pour mener à bien leur projet de territoire, l’organisation lance le débat sur l’identité et le rôle dévolus aux urbanistes. Ce document, dont Le Moniteur vous livre ici une version intertitrée et adaptée par la rédaction, annonce le thème du prochain rendez-vous estival de l’organisation, qui devrait se tenir en 2015 à Lyon.

2030, pour l’urbaniste c’est demain. Juste un peu plus de deux mandats de maire. Un délai pas vraiment suffisant pour impulser des inflexions lourdes. En 2030, un urbaniste de 30 ans aujourd’hui en aura 45 et verra à peine sortir de terre ce qu’il commence à projeter aujourd’hui… Alors que les collectivités bâtissent leur projet de territoire sur cet horizon de temps, le Conseil français des urbanistes (CFDU) interroge les organisations concernées pour connaitre leur vision de l’urbaniste dans quinze ans. Cette question du temps impose une connaissance approfondie de l’histoire de la ville, de ses strates, de son épaisseur. C’est même un paramètre qui deviendra de plus en plus important dans le travail sur la ville, autant sinon plus que l’espace. L’urbaniste devra raisonner en flux plus qu’en stock, en mouvements plus qu’en lieux. Les déplacements ne pourront être laissés aux seuls spécialistes des transports, mais entrer dans une logique d’articulation espace/temps qui n’est pas aujourd’hui acquise. Enfin, le vieillissement de la population entraînera des changements démographiques.

 

Le spécialiste et l’ensemblier

 

Face à cela, comment se définirait un urbaniste dans 15 ans ? Au regard du temps, on constate déjà une diversité des enjeux et des connaissances auxquels il sera confronté l’urbaniste. D’où la nécessité de concilier le « spécialiste » et « l’ensemblier ». Le spécialiste sera l’expert qui élabore les bases de données, les projections (indispensables pour pouvoir travailler sur la ville). Il développera ou adaptera les techniques nouvelles à l’urbain. Il testera des scénarios de développement via des outils de modélisation. Il pourra être sociologue urbain (sans doute celui qui manque le plus aujourd’hui), économiste de la ville et/ou de la mobilité, géographe, ingénieur, architecte, etc. Au‐delà, ce pourrait être un urbaniste-chercheur. L’ensemblier comprendra et traduira la commande. Il construira l’aide à la décision pour la ville de demain (la décision ne lui appartiendra pas). Pédagogue, animateur, il fédérera les différents spécialistes en maitrisant le langage et l’approche de chacun d’eux. Capable de synthèse et de compromis certes toujours imparfaits. L’urbaniste de 2030 définira les besoins, proposera des objectifs quantifiés et phasés, et définira les outils opérationnels à mettre en œuvre.  Sa démarche se rapproche de celle d’un AMO. Il saura manier les outils collaboratifs. Sauf révolution, en 2030 l’urbaniste travaillera toujours dans une démocratie représentative. Ceci ne l’empêchera pas de poursuivre l’intégration de la participation des habitants et plus largement de toute la population, il devra enrichir sa réflexion, ses visions, ses projets par des concertations ouvertes et fortes. Il devra éventuellement rechercher des espaces de coproduction de la ville avec ses usagers. Dans une société de plus en plus inquiète, l’art dans la ville offrira une possible sublimation de la vie.

 

Le futur est à inventer

 

L’urbaniste de 2030 travaillera sur tous les territoires sur lesquels il ne travaille pas ou peu, ou mal aujourd’hui : la ville banalisée, le périurbain, le rurbain, la « ville franchisée ». La reconquête de ces territoires par la profession sera difficile. Ils sont largement privatisés et il n’existe pas actuellement de ressources propres pour étudier et intervenir sur ces secteurs. A contrario, il ne s’agira peut être plus que quelques architectes stars réalisent des « projets urbains » clés en main, qui font des petits bouts coûteux, délaissant tout le reste de l’urbain. Ils ne représenteront en tout état de cause qu’un pourcentage très minime de la profession. Le futur est à inventer chaque jour. Pour que l’urbaniste de 2030 puisse travailler, il conviendra que (malgré les crises) les ressources nécessaires existent à un niveau suffisant pour réaliser des études et des travaux de qualité. A cette fin, il convient que les urbanistes de 2015 montrent aux décideurs l’importance de réserver des sommes dans ce domaine, en acceptant le fait que les résultats ne soient pas « inaugurables », mais en se rappelant l’étymologie du mot « politique ».

 

Urbaniste humaniste

 

Les villes européennes évolueront sans doute peu, mais dans le même temps l’ensemble du monde sera à dominante urbaine. L’urbaniste de 2030 élargira son territoire vers l’Asie, l’Afrique, etc. Il devra être capable de s’exporter et pour cela ouvrir son horizon et se regrouper en associant les savoir‐faire). L’urbaniste de 2030 sera un urbaniste humaniste mettant l’homme au cœur de la ville,  complétant les données chiffrées par une approche qualitative de l’humain dans toutes ses composantes sociales. L’urbaniste sera toujours celui qui aime la ville, avec et surtout pour sa complexité.

Le texte original est disponible ici.

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