Culture

« Il faut dépoussiérer la notion de patrimoine », Michel Simon, commissaire de la biennale européenne du patrimoine urbain

Mots clés : Conservation du patrimoine - Etat et collectivités locales

Auch, Cahors, Carcassonne et Toulouse accueillent jusqu’au 15 novembre 2016 la première biennale européenne du patrimoine urbain. Son commissaire, Michel Simon, adjoint au maire de Cahors et vice-président du Grand Cahors, en présente les grandes lignes.

Organisée par l’association Dialogue métropolitain (voir Focus), qui regroupe les agglomérations sous l’aire d’influence de Toulouse (Auch, Cahors, Carcassonne), la première biennale européenne du patrimoine urbain a pour ambition de dessiner une approche résolument contemporaine du patrimoine urbain, dans son acception matérielle (architecture, centres anciens, urbanisme…)  et immatérielle (lien entre nouvelles technologies et centres villes, entre patrimoine et innovations…). Problématiques des centres anciens, villes durables, politique de la ville, design urbain, permis de faire et d’expérimenter, patrimoine urbain et solutions innovantes, patrimoine mondial et projet de territoire… sont les thématiques abordées.

 

Pourquoi une biennale sur le patrimoin urbain ?

Michel Simon : J’ai fait la proposition aux membres de l’association du Dialogue métropolitain de Toulouse. Toutes les agglomérations de ce territoire sont impliquées dans l’idée de faire du patrimoine un outil de développement culturel, économique, universitaire. Albi et Carcassonne sont inscrites sur le patrimoine mondial de l’Unesco. Auch est la première ville moyenne d’un département rural retenue dans le cadre de la politique de la ville avec le quartier prioritaire du Garros. L’idée est de mettre le patrimoine en mouvement et d’avoir un autre regard avec en ligne de mire la problématique de l’abandon des centres villes.

Par ailleurs, beaucoup de fillières universitaires existent autour du patrimoine. L’idée est de renforcer les liens entre ces différentes écoles et universités. Ensuite, il s’agit de faire du patrimoine une force fédératrice au sein de l’association du Dialogue métropolitain créée en 2013 à l’initiative de Pierre Cohen, l’ancien maire de Toulouse. Son successeur, Jean-Luc Moudenc, a su en saisir l’importance. Si la métropole est toujours en dialogue avec les agglomérations de son territoire, si l’échange est fructueux, cela peut participer à une cohérence régionale. C’est pourquoi d’ailleurs la Région Occitanie nous accompagne financièrement dans l’organisation de la biennale.

 

Quelle définition donnez-vous au patrimoine urbain ?

M.S. : C’est ce qui constitue l’urbain au sens très large dans la grande ville, mais aussi le village. C’est une suite de bâtis qui structure un espace public. Comme le dit très bien Frédéric Lenne, « les villes ne sont rien d’autre qu’un ensemble hétéroclite de constructions de toute nature réunies dans une atmosphère qui fonde l’esprit des lieux ». La biennale est l’occasion de célébrer ce qui nous unit : les siècles d’histoire qui ont façonnés nos villes et nos villages. Notre ambition est de provoquer au sein du public, que nous avons voulu le plus large possible, des visions renouvelées du récit des villes construit sur leur existence passée.

 

Pourquoi une biennale européenne ?

M.S. : Toulouse doit être une métropole de rang européen. La biennale est une nouvelle façon de lui donner cette dimension. De plus, l’Union européenne a reconnu l’importance de la politique de la ville et du patrimoine. On le voit à travers le pacte d’Amsterdam. La biennale participe à cet engagement. La dimension européenne sera présente à différents moments. A Cahors, le 4 novembre, sera présenté le projet européen d’innovation pour la reconquête de son centre ancien. A Auch, le 7 novembre, on débattra sur les stratégies d’aménagement et de développement à bâtir dans une ville confrontée à la fois à un centre historique en perte de vitesse et des quartiers de logements sociaux dégradés. A Carcassonne, les 8 et 9 novembre, on regardera si les villes du bassin méditerranéen qui disposent du classement Unesco rencontrent les mêmes problématiques en termes de composition sociologique, d’habitat, d’activités économiques et touristiques. A Toulouse, enfin, le directeur général des politiques régionales et urbaines à la Commission européenne s’exprimera sur la stratégie européenne de l’agenda urbain.

 

Pourquoi le choix de Cahors, Auch, Carcassonne et Toulouse ?

M.S. : Elu de Cahors, j’ai eu l’idée de la biennale. Donc, il était normal que Cahors enclenche le mouvement. Par ailleurs, la ville est engagée depuis 2008 dans une politique de reconquête du centre ancien. Toulouse, en tant que métropole qui par ailleurs s’est lancée dans une démarche d’inscription au patrimoine mondial de l’Unesco, avait sa place. Ensuite, Auch et Carcassonne se sont portées candidates. La prochaine fois, il y aura Albi, Rodez, Muret… L’association s’est engagée à organiser au minimum trois biennales entre 2016 et 2020 pour faire le tour de l’ensemble des territoires.

 

Comment avez-vous construit le programme ?

M.S. : Le programme est issu de plus de cent rencontres et rendez-vous. L’Etat a été un partenaire fondamental. Cela s’inscrit dans un contexte national porteur avec la loi Liberté de création, architecture et Patrimoine et la stratégie engagée par la Caisse des dépôts et de consignations pour lutter contre le déclin des centres villes. Il faut aussi mentionner la mission confiée à Yves Daugé sur la question des centres historiques. La biennale n’est pas qu’un rendez-vous de spécialistes. Nous voulons que le patrimoine soit un vecteur de développement. La biennale est donc ouverte au grand public. Il sera, par exemple, invité, le week-end des 12 et 13 novembre, à entrer dans la Ruche installé dans le Quai des savoirs à Toulouse. Il y découvrira les travaux de quelque 250 étudiants et encadrants. Pour cette occasion, l’Atelier d’architecture itinérant avec l’aide de l’atelier de menuiserie associatif Le Monte charge ont réalisé avec des moyens économes et en circuit court l’ameublement de la halle d’exposition du Quai des Savoirs.

J’insiste le patrimoine, ce n’est pas une affaire de vieux « schnocks ». Il faut dépoussiérer la notion de patrimoine, sortir le patrimoine des musées.

 

Programme  : www.labiennale.fr – twitter et instagram @labiennale.fr

 

Focus

L'association du Dialogue métropolitain

L’association du Dialogue métropolitain de Toulouse est créée en avril 2013 pour créer un projet de développement de coopération entre Toulouse métropole et les agglomérations de l’Albigeois, du Grand Auch, du Grand Cahors, de Carcassonne Agglo, de Castres-Mazame, du Grand Montauban, du Muretain agglomération, de Rodez agglomération, du Sicoval. Ensemble, elles constituent un vaste territoire de près de 2 millions d’habitants.

 

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