Energie

HQE, Breeam, Leed: sont-elles vraiment concurrentes ?

Mots clés :

Haute Qualité Environnementale - HQE

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Lieux de travail

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Réglementation technique

La française HQE, l’anglaise Breeam et l’américaine Leed se distinguent plus sur la forme que sur le fond. Les trois certifications d’immeubles de bureaux  ont des approches différentes.

Dans le tertiaire, HQE est devenue la norme. Le choix pour un maître d’ouvrage français de se tourner en plus de la certification française  vers l’anglaise Breeam ou l’américaine Leed  est guidé par le souhait d’attirer des entreprises internationales dans ses bureaux.

 

Pour l’immeuble de bureaux Newside, dont la livraison à La Garenne-Colombes (92) est prévue pour la fin de l’été, la foncière Gecina a choisi une triple certification. Sachant que la zone d’implantation accueille déjà des entreprises américaines, le développeur immobilier a, dès le départ du projet, en plus de l’HQE, prévu d’obtenir une certification Leed. Une fois le projet lancé, l’équipe a décidé de viser également la Breeam, avec l’idée «de se faire une religion» sur les certifications explique Stéphane Carpier.
Directeur technique au sein de la direction du développement, innovation et performances durables de Gecina, il juge aujourd’hui  que « globalement les sujets traités par les trois certifications sont les mêmes ». Nombre des exigences se recoupent mais certaines thématiques sont abordées avec plus ou moins de profondeur.

 

Ecologue obligatoire chez Breeam, caractéristiques des produits scrutés chez Leed et méthodologie imposée chez HQE

 

Breeam se distingue par son évaluation des modes de transport doux environnant le projet (au moins une station de transport publique à moins de 500 m du bâtiment) et de la recherche d’une  biodiversité positive  (au moins autant d’espèce après la construction qu’avant). Le directeur technique de Gecina considère que pour obtenir la certification britannique, on ne peut faire l’économie d’un écologue dans l’équipe de maîtrise d’œuvre.
Stéphane Carpier  constate également une différence d’évaluation des matériaux employés. « Si la certification HQE n’exige que des fiches de déclarations environnementales et sanitaires génériques, Leed va plus loin dans l’approche matériaux. Le Green Building Certification Institute (Organisme en charge veiller au respect la certification américaine) réclame des preuves sur les caractéristiques environnementales et sanitaires de chaque  produit ».

Mais ces variantes dans l’appréciation du projet ne sont pas de nature à faire émerger des bâtiments aux caractéristiques éloignées.  Les réelles différences entre les trois certifications se situent au niveau de la méthodologie. Elles ont chacune une approche spécifique.

Pas question d’avoir l’idée de se faire certifier HQE en cours de projet. Avec la certification française,  il faut un AMO HQE dès le commencement du projet. Durant la phase conception, ce dernier sera l’interlocuteur de Certivea, organisme chargé de délivrer la certification.
Chez GreenAffair, société de conseil qui a déjà assisté la certification HQE  de plusieurs dizaines d’immeubles de bureaux, on reconnait que l’approche française consistant à « regarder la méthode avant les résultats » a le mérite d’éviter des corrections et donc  des surcoûts. Néanmoins, on juge parfois inopportune l’obligation de se justifier sur la méthodologie.  « Demander à« Bouygues immo de mettre en place un système de management peut paraître un peu ridicule » précise Olivier Jarry.

Directeur associé de GreenAffair, il connaît également bien la certification britannique. Après trois jours de formation conclus par un examen, il est devenu « Breeam assessor », qualification ouvrant droit à l’assistance à la certification britannique. En effet, Breeam n’envoie pas de certificateur, c’est le « Breeam assessor », membre  de l’équipe de maîtrise d’œuvre, qui  rédige un rapport et envoi Outre-Manche les pièces justifiant que le projet respecte bien les exigences de la certification britannique.  Au siège de Breeam, le dossier est sondé et parfois « épluché à la virgule près ».

 

« Grand oral » pour  HQE, « Examen écrit » pour Breeam et « Interro on-line » pour Leed

Pour Olivier Jarry Olivier Jarry, la différence entre les deux certifications  est une affaire de forme : « Grand oral » pour le HQE  contre « Examen écrit » pour Breeam. « Avec HQE, l’AMO doit expliquer au certificateur de Certivéa en quoi le projet respecte les 14 cibles. Avec Breeam, on envoie la justification par écrit ».

Pour Leed, la procédure est similaire à celle de Breeam mais entièrement dématérialisée. C’est via internet que le Leed Accredited Professional de l’équipe de maîtrise d’œuvre, grade également acquis après un examen, délivre au Green Building Certification Institute toutes les informations concernant le projet sur lequel il travaille via internet.

La certification américaine apparait dès lors comme la plus légère. Mais cette simplicité cache des lourdeurs protocolaires. Alors que Breeam n’exige pas de traduction, Leed demande en plus que les études soient passées aux normes américaines.

Diego Harari responsable opérationnel au service Green Building de Bureau Veritas souligne que la certification américaine demande de mesurer les surfaces en pieds², d’estimer les consommations énergétiques en gallons de pétrole et oblige à réaliser les calculs thermique selon la norme américaine Ashrae. Ces exigences supplémentaires ont un coût loin d’être négligeable. Sur des projets importants il faut compter un surcoût de plus de 100 000 euros.  C’est pourquoi Leed s’est récemment rapproché de la certification Breeam afin que la partie énergétique de la certification britannique puisse être utilisée dans le cadre de l’américaine. Cette démarche montre bien l’intérêt qu’ont les certifications, avec chacune leur sphère d’influence géographique, à s’associer. D’autant plus que les acteurs de l’immobilier tertiaire, dans un marché tendu, ont tendance à multiplier les triples certifications et pourrait même envisager des quadruple certifications.  La foncière Gecina, envisage par exemple, lorsqu’il s’agira de séduire des entreprises d’Outre-Rhin, en plus de l’inévitable HQE, la Leed et la Breeam, d’opter également pour la certification allemande DGNB.

La triple certifications comme norme ?

 

Alfonso Ponce, Directeur adjoint au cabinet Deloitte, où les dernières tendances sont observées minutieusement, préssent un basculement vers la mono-certification pour les centres commerciaux. Il constate que, déjà, les développeurs ne jugent plus que par l’unique certification Breeam.

 

En revance, Alfonso Ponce fait un constat inverse dans l’immobiler de bureaux.

 

Même si la multi-certifications présente un avantage environnemental très limité, tant les exigences de chacune se recoupent, son interêt commercial a des chances d’en faire la norme de demain.

 

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