Réalisations

Histoire du Cnit de La Défense

Le Centre national des industries et techniques a passé la cinquantaine avec succès l’an dernier. Fraîchement réaménagé, il fait aujourd’hui partie des points de repère du quartier d’affaires ouest-parisien, au même titre que la Grande Arche.

Loin d’être seulement un geste architectural, le projet du Cnit a, depuis le début, étroitement mêlé l’idée d’un bâtiment exceptionnel aux expositions tout aussi innovantes qu’il abriterait. Le Centre national des industries et techniques fut pensé, dès les années 50, comme une vitrine futuriste de la renaissance d’après-guerre, destinée à montrer le génie de l’industrie française.
L’idée venait d’Emmanuel Pouvreau, alors président du Syndicat de constructeurs de machines-outils. Le site retenu – alors que l’établissement public d’aménagement de La Défense, l’Epad, n’est pas encore constitué – se trouve au rond-point de La Défense, une colline peu connue de la banlieue ouest, où vient s’achever la voie royale tracée par Le Nôtre, dans l’exact prolongement du Louvre. A cet endroit, le sous-sol est déjà truffé de passages et de parkings souterrains. Au niveau de la rue, une dalle de béton armé forme un jardin suspendu de 25 hectares. Une gare de chemin de fer assure la desserte en transport en commun dans un environnement pavillonnaire difficile à imaginer aujourd’hui…

Un maximum d’espace sur un minimum de support

Les architectes consultés, Robert-Edouard Camelot, Jean de Mailly et Bernard Zehrfuss, tous titulaires du grand prix de Rome et liés au ministère de la Reconstruction, s’attelèrent à un programme simple : le maximum d’espace sur le minimum de support. Personne n’aurait juré que leur première esquisse était constructible. Pour ce terrain triangulaire, ils proposèrent une couverture de béton à double coque, séparée par un vide, supportée par trois points d’appui. Jusque-là rien de révolutionnaire. Sauf la taille : la voûte, de 220 mètres de côté et 50 mètres de haut, aurait pu servir de parapluie à la place de la Concorde. Elle devait recouvrir 22.500 mètres carrés. Après consultation d’ingénieurs aussi renommés que Pier Luigi Nervi ou Eugène Freyssinet, le projet, dont les coques étaient opposées et formaient comme un ballon de rugby, ne parut pas plus convaincant qu’une solution métallique plus classique. Jusqu’à ce que germe l’idée géniale de Nicolas Esquillan, chargé de diriger l’équipe d’ingénierie. Il retourna la coque inférieure, affinant ainsi toute la structure, qui devint un voile gonflé par-dessous, maintenu au sol par trois culées reliées par d’énormes tirants. Le permis de construire est accordé le 7 mai 1955. Le premier mètre cube de béton coulé un an plus tard.

Chantier

C’est dans une usine installée pour les deux ans du chantier, à quelques kilomètres de là, que les ingénieurs achevèrent de peaufiner leur modèle. La préfabrication fut largement utilisée, notamment pour les escaliers et les premiers planchers moulés. Posés avant la couverture, ils devaient servir à atteindre le sommet de la voûte en réduisant les échafaudages. Il fallut quand même installer 300 kilomètres de tubes métalliques. La voûte, constituée de 18 fuseaux déployés en éventail à partir de chaque culée, fut construite en trois phases : depuis les premières ondes autour de l’arête de noue jusqu’aux bordures des façades. A chaque étape, le coffrage de la coque inférieure fut mis en place, puis le béton coulé sur 6,5 centimètres d’épaisseur, l’opération répétée pour la coque supérieure. Ensuite, le décoffrage des fuseaux s’effectuait à l’aide de dix vérins de 300 tonnes, placés entre les faces des deux coques. La voûte tient depuis sans appui, sur ses grandes façades vitrées conçues par Jean Prouvé, pour laisser se dilater librement la structure.

Changement d’affectation

Au début des années 80, La Générale des eaux, alors propriétaire, décida de rénover ce grand espace non divisible pour en faire un centre d’affaires. Ce changement d’affectation n’avait rien à voir avec sa conception ni sa structure, mais ses coûts de fonctionnement, trop lourds. En 1987, Michel Andrault, Pierre Parat, Bernard Lamy et Ennio Torrieri (conseillés par Bernard Zehrfuss) repensèrent tout l’aménagement intérieur. Au début du XXIe siècle, le centre d’affaires (propriété d’Unibail), recevait plus de 6 millions de visiteurs et accueillait 1.500 manifestations par an. Son architecture unique l’isole de la forêt de tours qui le cerne. Malheureusement, la dalle lui a coupé les jambes et a fait disparaître en sous-sol les trois points d’appui qui rappelaient l’incroyable défi de sa conception.

 

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