Profession

Guinée-Potin, archis en formes

Mots clés : Produits et matériaux - Second oeuvre

Diplômés de Rennes et installés à Nantes, Bretons de toute façon, Anne-Flore Guinée et Hervé Potin forment un duo qui pour être discret, ne transige pas sur l’esthétique.

Autant se mettre tout de suite d’accord : Nantes, c’est en Bretagne. Et Bretons, Anne-Flore Guinée et Hervé Potin le sont. Elle est née à Saint-Nazaire en 1973, lui en 1972… à Orléans. « J’ai habité Pithiviers, puis Châteauroux mais on passait toutes les vacances à Plabennec, au nord de Brest », dit-il. On ne va quand même pas pinailler. D’autant qu’une fois le bac en poche, Hervé Potin a déposé des dossiers pour « archi, agro et commerce à Nantes, Rennes et Quimper. Du moment que je me rapprochais de la Bretagne… » Il opte finalement pour l’école d’architecture de Rennes et en 1990, il est de la première promotion qui entre dans le bâtiment neuf de Patrick Berger. Anne-Flore Guinée, qui s’est épargnée un « non franc et massif » de ses parents en ne choisissant pas une filière purement artistique, y arrive l’année suivante.

Banane en bois

Pour parler formation, le duo parle d’abord forme. Dans cette école « très ‘Berger’, ordonnée, un peu monacale », ils racontent un parcours marqué par la silhouette du bâtiment : « Une banane en bois ! On entrait en première année par un bout et on terminait à l’autre extrémité, par la salle des diplômes. » C’est dans cette enfilade d’ateliers qu’ils se rencontrent. Pour ces pensionnaires de cité U, « l’école, c’était la maison. Dans les salles, il ne manque que la cheminée », se souviennent-ils. D’année en année, ils suivent un parcours similaire jusqu’à l’orée de leur vie professionnelle.
Ils perçoivent alors l’immense décalage qui existe entre l’enseignement ambitieux qu’ils ont suivi et la pratique architecturale dans la région. Avec le recul, ce couple gentiment discret reconnaît ce qu’il faut « de tactique pour s’installer comme architecte quand on n’est pas du sérail ». A toquer à de multiples portes, Anne-Flore Guinée intègre l’équipe de Christian Hauvette tandis qu’Hervé Potin, après un stage chez François Roche, travaille pour le duo terrible Edouard François/Duncan Lewis. « Mais après des mois de charrette non stop, nous avons eu envie de voyager, de penser », disent-ils. Hébergés à la Villa Médicis, à Rome, ils réfléchissent à la question de la matière, cet épiderme des bâtiments qui peut être tout de même « autre que le parpaing enduit de peinture blanche », comme ils l’écrivent alors dans un petit ouvrage (*).

Robe « Paco Rabanne »

Anne-Flore Guinée et Hervé Potin défendent toujours aujourd’hui qu’en architecture, l’esthétique n’a rien de honteux. Leur agence s’annonce comme d' »Architecture & arts » et Anne-Flore Guinée est installée comme plasticienne. Alors si leur extension de l’Ecomusée du pays de Rennes, inaugurée en avril dernier, porte une robe en bois, elle est graphique du « Paco Rabanne ». Ils revendiquent la forme et ont écrit, toujours dans le même livre : « L’éloge de la banalité architecturale est un prétexte dangereux qui permet de justifier, au troisième degré, une architecture médiocre. » Dans la discussion, ils glissent : « Cette approche n’est pas toujours bien perçue. On passe peut-être un peu pour des zozos ! »
« Pour eux, c’est un véritable engagement. Dans leurs projets, il n’y a pas de retrait ; en revanche, il y a toujours une histoire », témoigne Pascal Riffaud chez Block. Créée en 2002, la structure Guinée-Potin est en effet installée dans les mêmes bureaux que l’agence nantaise. Après une association entre Hervé Potin et Duncan Lewis à Angers et un crochet par Addis-Abeba (Ethiopie), le couple a jeté son dévolu sur cette ville plutôt moins chère que Paris et plus remuante que Rennes. Avec leurs confrères de Block, ils partagent des projets, s’entendent sur l’essentiel et, bien sûr, sur l’identité bretonne de la ville. On ne doute pas une seconde qu’Armel, leur fils né en juin 2009, est bien un petit Breton.


www.guineepotin.fr

(*) « Matière[s] d’Architecture/Materia[e] d’Architettura », 1999, Diagonale.

 

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