Matériaux et équipements

Grenfell : enquête nationale sur le revêtement des tours au Royaume-Uni

Mots clés : Bardage - Gouvernement

120 bâtiments de grande hauteur ont déjà été identifiés par le gouvernement comme étant revêtus d’un bardage similaire au Reynobond PE d’Arconic, à l’origine de la propagation de l’incendie qui a fait 79 morts, dans la nuit du 13 au 14 juin, à Londres.

Le Premier ministre Theresa May  a exigé, le 27 juin, une « enquête nationale majeure » sur l’utilisation de revêtements inflammables sur les bâtiments de grande hauteur du pays après l’incendie de la tour Grenfell, à Londres, qui a coûté la vie à au moins 79 personnes, dans la nuit du 13 au 14 juin. Une nouvelle preuve que ce drame est devenu une affaire d’État. Si, selon les conclusions de la police, un réfrigérateur Hotpoint serait à l’origine du sinistre, c’est le bardage apposé sur la façade de l’édifice lors de sa rénovation en 2016 qui est mis en cause dans la propagation rapide et violente du feu.
Il s’agit du panneau d’isolation extérieur Reynobond PE, un sandwich de polyéthylène entouré de plaques d’aluminium. Il est produit par l’industriel Américain Arconic (anciennement Alcoa),  dans une usine située à Merxheim, en Alsace.

 

Des logements évacués

 

Peu après le sinistre, le gouvernement britannique avait déjà lancé une vaste opération de vérification de la conformité aux normes anti-incendie sur 600 tours du pays suspectées d’être revêtues d’un bardage similaire au Reynobond PE. Toujours en cours, elle a déjà conclu que rien qu’en Angleterre, 120 immeubles répartis dans 37 collectivités locales sont  non conformes aux normes de sécurité. « Le taux d’échec aux tests est de 100% [pour les 120 tours] », a précisé il y a deux jours un porte-parole du gouvernement. Theresa May  a pressé les municipalités et les « housing associations », ces promoteurs publics dédiés au logement social, à réaliser sans attendre des vérifications de sécurité incendie. « Tous les propriétaires et les services de pompiers et de secours des autorités locales ont été alertés concernant les résultats, et nous sommes en contact avec eux pour les soutenir et décider des actions à entreprendre », a déclaré Sajid Javid, le secrétaire d’État aux Communautés et au Gouvernement local. Dès le 24 juin, des centaines de résidents d’un immeuble de Camden  (nord de Londres) ont été sommés d’évacuer les lieux, des inspecteurs de conformité en sécurité-incendie estimant que leurs logements n’étaient pas sûrs, non seulement en raison du bardage, similaire à celui de Grenfell, mais aussi d’autres manquements tels un nombre insuffisant de portes-coupe-feu ou des tuyaux de gaz non isolés.

 

« Un matériau très utilisé »

 

Selon « The Guardian », tous les bâtiments testés pour le moment sont des logements sociaux. « Des milliers d’autres bâtiments sont recouverts de panneaux composites en aluminium », estime pourtant David Metcalfe, directeur du « Centre for Windows and Cladding Technology », organisation indépendante qui regroupe des constructeurs, mais aussi des architectes et des fournisseurs de matériaux. « Ce matériau a été beaucoup utilisé lors de ces 15 dernières années dans le public comme dans le privé : pour des maisons, de hauts bâtiments, des écoles, des hôpitaux, etc. » David Metcalfe n’est « pas surpris » que les tests incendie de ces derniers jours sur les tours aient échoué. Il rappelle qu’en 2014, la Building Control Alliance, l’Alliance des professionnels du contrôle du bâtiment, avait publié une note demandant à ce que les bardages composites en aluminium soient remplacés par une version moins inflammable. David Metcalfe ajoute que le centre lui-même avait été approché par ses membres pour clarifier la législation sur la question, qui est plus basée sur une approche de conseil que d’obligation juridique : « La réglementation n’est pas assez précise sur le fait que les matériaux utilisés dans le bardage doivent, ou ne doivent pas, être d’un caractère inflammable limité ». La confusion règne. Interrogé sur la chaîne ITV, le ministre du Logement, Alok Sharma, a expliqué qu’un « matériau qui est un composite d’aluminium avec un cœur de polyéthylène ne devrait pas être utilisé dans des bâtiments de plus de 18 mètres de haut ». Mais, relancé sur ce point précis, il n’a pas pu confirmer qu’une telle chose était interdite. « Bien évidemment, après cette tragédie, nous allons devoir tirer des leçons. Si cela implique des changements de législation, nous le ferons », a ajouté le membre du gouvernement.

 

Des milliards de livres à payer

 

Dans une étude datant d’avant l’incendie et publiée le 21 juin, le Building Research Establishment, le centre national de recherche pour le bâtiment, a conclu que les efforts d’innovation en terme d’isolation lors de ces dernières années ont conduit à une « augmentation du volume de matériaux potentiellement combustibles » utilisés dans les bâtiments. Pour David Metcalfe, le revêtement d’un très grand nombre de bâtiments sera remplacé par des matériaux moins combustibles, mais il est fort possible que certains propriétaires les conservent lorsque le dispositif de sécurité-incendie de ces immeubles est pour le reste adéquat. « N’oublions pas que la tragédie de Grenfell résulte d’un catalogue d’erreurs. Outre le bardage, les alarmes incendies n’ont pas fonctionné, il n’y avait pas assez de portes-coupe-feu, les voies d’évacuation étaient obstruées par la fumée, etc. ». L’affaire risque en tous cas de durer longtemps et coûtera cher aux autorités locales et non au gouvernement qui, selon les médias britanniques, ne veut pas mettre la main à la poche : la remise en conformité des bâtiments va s’élever à des centaines, voire des milliards de livres, selon les experts.

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    VMC INCENDIE par FACADES

    LA VMC devrait être coupée automatiquement pour les immeubles isolés par l’extérieur.
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