Paysage

Grand Paris et paysage : lettre ouverte de Jean-Pierre Clarac

Paysagiste conseil de l’Etat dans le Val-de-Marne et professeur à l’Ecole nationale supérieure du paysage de Versailles-Marseille, Jean-Pierre Clarac, retenu dans la promotion du 14 juillet 2016 de la Légion d’honneur, invite à remettre le fil du Grand Paris sur le métier. Le tandem composé du paysagiste et l’élu constitue à ses yeux la matrice d’une métropole fertile.

Chers consoeurs et confrères Paysagistes, réunis au sein de la Cellule Métropole Paysage de la fédération française du paysage Ile-de-France,

Vous avez posé la seule question qui vaille : comment s’y prendre pour que les paysagistes qui ont choisi d’exercer la profession en libéral puissent devenir les acteurs impliqués dans la mutation territoriale que va connaître le Grand Paris ?

En démontrant le bien-fondé de la démarche du Projet de Paysage ? En tentant de comprendre qui est à habilité à décider pour le Grand Paris ? En constituant un collectif, qui pourrait devenir l’interlocuteur des instances de décisions ?

Les écoles de projets et leur laboratoire de recherche sont déjà interpellés et les réponses des étudiants mobilisés dans des ateliers illustrent les postures  que les enseignants de chaque école mettent en avant. Les star-architectes invités constituent des collectifs de compétence et tentent de démontrer que la solution qu’ils formulent est la panacée. Les star-élus jouent de la division des postures d’architectes, pour afficher leur réponse à la question du mieux vivre ensemble. Les star-technocrates, désignés par le pouvoir politique, vont afficher des postures, sur la méthode à privilégier, au détriment du contenu théorique à promouvoir.

 

Jeux de dupe

 

Dans ce jeu de dupes, qui tire les marrons du feu ?

Les majors du BTP qui savent faire et défaire les installations réalisées quelques années plus tôt. Les élus qui savent faire croire que faire et défaire facilite la vie au quotidien. Surtout pas ceux qui, déjà en frange de la société, se retrouvent encore plus marginalisés, par les conséquences de ce jeu de dupes.

Et si la question était ailleurs…

Et si l’important résidait dans la capacité de chaque individu à se situer en personne responsable… Alors, il revient aux Paysagistes de renforcer le caractère identitaire de toutes les parties du territoire qui constituent, regroupées, les douze Territoires de la Métropole du Grand Paris.

Entre le quartier habité, le quartier de son travail et les équipements qui sont fréquentés de façon exceptionnelle, le reste du territoire est constitué d’un bruit de fond, qui peut devenir assourdissant quand un événement extraordinaire se produit. Le quartier est sensé contenir tous les services nécessaires à l’épanouissement de l’individu qui le pratique. Les fonctions premières, mais aussi le poétique, l’imaginaire, le rationnel comme l’irrationnel.

 

Approche sensible

 

L’approche sensible du projet de paysage, nécessaire pour constituer des lieux mystérieux, oblige nos métiers à interpeller les fondamentaux qui, mis en composition savante, aboutissent à introduire, à l’échelle des quartiers, les bienfaits de la ville fertile. Comme un sol bien cultivé, la ville devient fertile quand, à son contact, l’individu s’enrichit et se transforme, et passe de la passivité à l’exigence d’une production de richesses à partager.

Rendre la ville, et non pas seulement son sol, fertile, pourrait devenir un thème fédérateur à toutes équipes constituées d’un élu et d’un paysagiste qui, ensemble, vont déterminer la mise en « fertilité » d’un quartier actuellement marginalisé, pollué, inondable, et loin de tout élément de centralité.

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