Paysage

Fusion des arts à la rentrée parisienne de la filière verte

Mots clés : Salles d'audition, de conférences, de réunion, spectacles ou à usages multiples

Entre angoisse et allégresse, deux soirées ont donné le ton de la rentrée de la filière paysage, les 2 et 3 septembre à l’initiative du conservatoire des jardins et paysages présidé par Philippe Thébaud, également vice-président et fondateur de l’agence Land’Act, un des leaders français de la conception paysagère.

« Les jardins ont besoin d’âme et de sel, faute de quoi on en perdra le goût ». Autour d’une centaine de professionnels réunis le 3 septembre à son initiative à l’agence Land’Act pour une soirée festive, son co-fondateur et vice-président Philippe Thébaud, paysagiste, résume en ces termes l’air des temps difficiles, mais non désespérants, vécus par ceux qui font vivre l’art des jardins. La veille, une table ronde sur l’avenir de la filière, animée par Paysage Actualités, a témoigné des inquiétudes, des espoirs, mais surtout d’un irrépressible appétit de débat. Les participants ne se sont pas quittés sans se promettre de remettre le couvert.

 

Blues de l’inutilité

 

« Dans un monde obsédé par l’utile, à première vue on ne sert à rien. Le monde du vivant ne peut pas répondre à l’exigence de résultats à court terme ». Eric Manfrino, président de Land’Act, exprime le blues de la profession. Ecrivain et architecte-urbaniste, Yves-Marie Allain résume l’évolution entamée à l’avant-dernier siècle : « La technique du XIXème et l’industrie du XXème ont tué l’art des jardins. Aujourd’hui, quand le règlementaire prime, le concepteur peut-il préserver sa liberté de penser ? » Cette angoisse rejoint le ressenti des anciens : « Quand ils reviennent à l’école, 30 ans après, pour voir notre roseraie écologique, les anciens élèves nous livrent des commentaires incendiaires », témoigne Brigitte Caplain, professeur à l’école Du Breuil, établissement technique de la ville de Paris spécialisé dans le paysage.

 

Retour aux fondamentaux

 

Malgré son optimisme viscéral, Catherine Muller, présidente de l’Union nationale des entreprises du paysage (Unep) partage une partie de ces inquiétudes : « Je ressens une perte de savoir-faire dans nos équipes, et un besoin de ramener cette génération du zapping aux fondamentaux du métier ». Le pépiniériste Laurent Chatelain, de son côté, s’alarme sur le risque de perte de compétitivité : « Mes trois employés à temps plein pour le désherbage mobilisent des moyens que nos concurrents des pays voisins peuvent affecter à l’esthétique de leur plantation ».

 

Place à prendre

 

Personne ne conteste pourtant l’impératif écologique, ni même sa capacité à ouvrir de nouveaux horizons à la filière : « Les paysagistes ont une place à prendre dans la phase de mise en œuvre de la trame verte et bleue, qui suivra l’étape de la planification régionale », annonce Didier Labat, paysagiste chargé de la trame verte et bleue au ministère de l’Ecologie. Président d’Hortis, l’association des directeurs de service d’espace verts des collectivités, Jean-Pierre Gueneau abonde dans le même sens et souligne que les collectivités ont souvent précédé l’Etat, dans la planification et la mise en oeuvre des continuités écologiques territoriales.

« En incitant à placer les bonnes variétés aux bons endroits, l’écologie a ramené du bon sens dans les villes », souligne Chantal Lambert, directrice du conseil national des villes et villages fleuris de France. Même pour la préservation du patrimoine, la gestion durable des jardins peut ouvrir des perspectives : « L’écologie simplifie l’entretien des grands domaines confrontés à la disparition de la main d’œuvre agricole », constate l’ancien architecte des bâtiments de France Bruno Chaffert-Yvart.

 

Intégration et poésie

 

La marée verte peut surtout fonctionner comme un levier, à en croire Jean-Marc Bouillon, président de la Fédération française du paysage (Unep) : « Des nouveaux entrants sont venus, étrangers à l’art des jardins, pour promouvoir des projets 100 % écologiques. A nous de rendre ces projets intelligibles, ce qui conditionnera leur durabilité ».  Et de rappeler la capacité des concepteurs à intégrer toutes les contraintes et à y ajouter du sens, à travers l’art et la poésie : le « sel » cher à Philippe Thébaud… « La dimension artistique ne disparaîtra pas, même si dans un premier temps, la gestion raisonnée donne au public l’impression de jardiniers fainéants », espère Christian Maillard, secrétaire du Conservatoire des jardins et paysages.

 

Fusion des arts

 

A la nuit tombée des 2 et 3 septembre en plein quartier latin, la cour de Land’Act a donné un exemple de la fusion des arts que peut favoriser le jardin. Le sel est venu avec l’Ave Maria de Massenet et la « Vie en rose » de Piaf : Nathalie Manfrino, révélation de l’année 2006 aux Victoires de la musique classique en art lyrique, a mouillé les yeux et ouvert les sourires des professionnels. Quant à l’âme, elle vit dans les nymphes et les feuilles de bronze qui jouent avec les buis du jardin et les Led de Neolux : avec des métaux de récupération fondus dans des moules en cire d’abeille et en crottin d’âne par ses amis bronziers de Sabou (Burkina Faso), la sculptrice Karine Loisy a ramené à Paris un air de fraternité internationale que les invités du conservatoire des jardins et paysage garderont vivant dans leur cœur.

 

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