Entreprises de BTP

François-Xavier Clédat, P-DG de Spie batignolles : « Nous sommes confiants dans notre modèle »

Mots clés : Concurrence - Enfance et famille - Entreprise du BTP - Risque sanitaire

Ni familial, ni coté en Bourse, Spie batignolles,  groupe indépendant depuis 2003, date du rachat par les cadres dirigeants fait partie des entreprises inclassables. Avec  8300 personnes et un chiffre d’affaires 2011 de 2 milliards d’euros, le groupe, qui a multiplié sa taille par 2,5 depuis 2003, affiche une belle santé dans une conjoncture plutôt incertaine. A l’occasion de la présentation de ses résultats le 3 avril, François-Xavier Clédat, son P-DG, dresse un bilan de ses activités et explicite sa stratégie.

Quel jugement portez-vous sur les résultats 2011 ?

Nous avons dépassé la barre symbolique des 2 milliards  d’euros de chiffre d’affaires consolidé, en hausse d’environ 10% par rapport à 2010 qui était déjà une belle année. Notre prise de commandes 2011 se situe au même niveau, environ 2 milliards, et notre marge opérationnelle est supérieure à 3%. Notre résultat d’exploitation s’élève, quant à lui, à 60,2 millions d’euros, contre 57,7 en 2010. Un bilan satisfaisant dans un contexte économique tendu et de concurrence accrue, notamment de guerre des prix dans la route.   Ceci dit, on ne  peut améliorer nos résultats. C’est un métier mâture où la rentabilité n’est pas suffisante. Pour protéger ses marges, il faut chercher la valeur ajoutée, gagner en compétitivité et explorer toujours de nouveaux gisements. Nous pouvons sans doute améliorer encore notre rentabilité, en travaillant notamment sur la productivité, la performance et la qualité.

 

Comment expliquez-vous votre progression ?

Nous avons pris notre indépendance en 2003 – l’équivalent de 75% du capital est aujourd’hui détenu par les dirigeants et les salariés -,  nous avons élaboré une stratégie qui n’a pas bougé et qui porte ses fruits. Cette stratégie s’appuie sur une nouvelle approche de la relation clients à travers des offres innovantes, pertinentes et différenciantes. Cette politique se traduit par les marques Concertance®, Présance® et Performance®. L’idée est de réaliser le juste projet, de favoriser la coopération de tous les acteurs et de les rassembler autour d’un projet commun dans un esprit gagnant/gagnant. L’objectif est de créer et partager de la valeur avec nos clients. Seule une approche partenariale impliquant toutes les parties prenantes et le travail collaboratif permettent de considérer l’ensemble des exigences d’un projet et d’optimiser les réponses. A l’image de l’industrie, nous avons ainsi élaboré nos propres méthodes et formé nos collaborateurs dans ce sens. Cela nous a permis de réussir notre projet d’entreprise et nous faisons de la croissance. Cette différenciation, que nous entendons poursuivre, est notre marque de fabrique.

 

Quel bilan tirez-vous de vos offres marketées ?

Toutes nos offres se développent et sont rentables. La plus ancienne, Concertance®, offre de conduite de projet en partenariat dès la conception et dévolue au secteur privé, a représenté 400 millions d’euros d’activité l’an dernier. Ajoutée à Performance®, offre structurée pour les opérations dans le cadre d’appels d’offres, à Présance®, marque de maintenance, et aux autres offres métiers à valeur ajoutée, cela représente environ 30% du chiffre d’affaires.

 

Comment jugez-vous l’activité du secteur du BTP actuellement?

La construction se porte encore bien, mais reste un secteur cyclique. En particulier dans les infrastructures, où dès que le marché se contracte, les prix baissent. Nous regardons avec attention les questions liées à l’endettement public et les difficultés de financement des collectivités locales.   Nous réalisons aujourd’hui 60% de notre chiffre d’affaires dans le secteur public (PPP compris) et 40 % dans le privé, une situation qui s’est inversée depuis la crise.  Mais je ne suis pas inquiet car notre organisation est plus souple qu’autrefois. Notre matériel est loué, le recours à l’intérim  nous permet d’absorber les pointes d’activité et nous avons développé la sous-traitance. Et puis, nous avons œuvré pour allonger notre carnet de commandes, qui atteint un niveau historiquement élevé, ce qui nous donne une certaine visibilité.

 

Quels secteurs ciblez-vous plus particulièrement aujourd’hui ?

Nous avons entrepris depuis 3 ans de revenir raisonnablement sur le segment du logement, sur lequel nous étions peu présents.  Nous développons également  nos offres dans l’énergie, l’environnement (traitement des déchets, eau…), qui sont des marchés en croissance. Nous allons ainsi lancer au second semestre des offres marketées dans l’énergie, l’une en réhabilitation, l’autre dans la construction neuve avec un réel engagement sur les économies d’énergie ; l’objectif visé étant le contrat de performance énergétique (CPE). Nous testons le concept à l’heure actuelle sur une opération au Havre.Enfin, nous continuons à capitaliser sur la construction de tunnels, qui font partie de notre savoir-faire. Avec le percement de 11 tunnels en 2011, nous sommes parmi les acteurs qui comptent dans le secteur.

 

Quelle est votre stratégie concernant les PPP ?

Nous nous intéressons de près à ce type de contrats qui se développent.  Pour preuve,  nos dernières opérations : la concession de l’A88 entre Sées et Falaise, celle de l’autoroute A63, le contournement de Tarbes, la maison de retraite d’Harcourt ou encore plus généralement les concessions de centres aquatiques et de parking. D’ailleurs, dans ce dernier secteur, Spie batignolles  concessions est devenu un acteur important avec plus de 40 parcs de stationnement. Nous regardons en particulier les projets d’infrastructures et de bâtiments, compris entre 100 et 200 millions, auxquels nous n’aurions pas pu prétendre il y a encore cinq ans.

 

Votre groupe est-il à armes égales dans ce domaine avec les trois majors ?

Le PPP est une compétition et  nous sommes donc en concurrence sur certaines opérations avec les majors. C’est le cas, par exemple pour les établissements pénitentiaires, mais aussi les universités pour lesquelles nous sommes retenus sur trois programmes, à Rennes, Toulouse et Lille. Si notre objectif est de nous développer dans les PPP et que jusqu’ici nous avons trouvé les bons partenaires  pour financer les opérations, demain, avec le raccourcissement de la durée des prêts bancaires, ce sera sans doute plus difficile. Pour pallier cette situation, il faudrait recourir au  marché obligataire.

 

Votre approche globale du métier de constructeur vous a conduit à mener des opérations de croissance externe. Où en êtes-vous aujourd’hui ?

En effet, notre modèle d’entreprise indépendante est basé à la fois sur le développement en interne et sur la croissance externe. Cette stratégie nous a permis d’améliorer et d’étendre nos offres, et ainsi créer de la valeur ajoutée. Ces dernières années, nous nous sommes surtout renforcés dans les infrastructures avec les acquisitions du terrassier Valérian en 2006 et de Malet, spécialiste dans les métiers de la route en 2009.  Dans le bâtiment, nous avons repris, en 2007, la société SPR qui intervient sur le marché du second œuvre et en 2008 l’entreprise générale Outarex, orientée vers le logement. L’intégration prend toujours du temps, mais nous avons aujourd’hui une offre globale d’autant plus intéressante dans le cadre des PPP. Nous ne faisons pas la course à la taille et ne voulons surtout pas être une collection de PME. Nous avons cette culture de groupe avec l’agilité d’une entreprise moyenne. Cela dit, nous restons ouverts à toute opportunité, notamment dans la route pour nous renforcer dans le nord de la France, mais également dans l’énergie.

 

Spie batignolles vient de livrer le chantier de rénovation de la Gare Saint-Lazare. Que représente-t-il pour votre groupe ?

C’est l’un des plus beaux chantiers que l’on ait réalisé. Il est emblématique parce que le projet, chargé d’histoire,  a été complexe techniquement, novateur avec son centre commercial et situé dans un lieu particulier : en plein cœur de Paris avec toutes les contraintes que cela engendre, notamment les travaux en milieu occupé. De surcroît, le partenariat mis en place dans lequel nous étions partie prenante et qui a été une réussite, constituait les prémisses de nos offres marketées. Au-delà du chantier passionnant qu’il a été pour nos équipes, c’est une très belle référence pour notre groupe, prometteuse, notamment dans la perspective du Grand Paris.

Focus

Spie batignolles en chiffres

Chiffre d’affaires consolidé 2011 : 2,17 milliards  d’euros (+10%), répartis comme suit : Construction 33 %, travaux publics 26%, génie civil et fondations 20%, énergie et aménagement 15%, immobilier et concessions 6%.
Prise de commandes : 2,06 milliards
Résultat d’exploitation : 60,2 millions d’euros (contre 57,7 en 2010).
Marge opérationnelle : 3%.

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