Performance énergétique

Frais de chauffage : l’obligation d’un répartiteur fait débat

Mots clés : Chauffage - froid - Information - communication - événementiel

La loi sur la transition énergétique impose l’installation d’un répartiteur de frais de chauffage dans tous les logements en 2017. Or, le coût et l’efficacité de la mesure posent question.

Une solution miracle ? C’est ce que voudraient croire les pouvoirs publics, qui ont par la loi de transition énergétique de 2015 renforcé l’obligation d’installation d’un répartiteur de frais de chauffage. Elle s’impose désormais dans tous les logements avec chauffage collectif, avant le 31 mars 2017. Un débat organisé le 2 mars par l’Association des journalistes de la construction a mis en lumière les attentes et les craintes de cette nouvelle réglementation.

Les fabricants de ce type de solutions mettent en avant une économie de l’ordre de 20 % sur un logement énergivore. Pour un T3 avec 900 euros de chauffage annuel, ce seraient ainsi 180 euros économisés chaque année, pour un investissement de l’ordre de 40 euros par an. La filière met en avant les retours d’expérience au niveau européen, ces appareils étant installés massivement chez plusieurs de nos voisins. Cette efficacité demeure toutefois contestée.

 

Un simple gendarme

 

Christian Cardonnel, fondateur de Cardonnel Ingénierie, interroge la pertinence économique du dispositif. « Pour 750 euros sur quinze ans, je n’ai avec un répartiteur qu’un effet de gendarme qui m’alerte sur ma consommation, mais je n’ai pas agi pour la réduire », souligne-t-il. « Il faudrait associer le répartiteur à un bon audit ainsi qu’à des travaux pour le rendre efficace. » Une préoccupation partagée par Hervé de la Giraudière, directeur général adjoint d’Immobilière 3F en charge de la maîtrise d’ouvrage. « Isoler un bâtiment est bien plus efficace pour faire baisser sa consommation. »

 

Immeubles performants

 

Or, l’efficacité d’un répartiteur dans un immeuble performant, soit construit récemment soit ayant fait l’objet de travaux conséquents, interroge. Quelle marge de manoeuvre reste-t-il aux occupants pour réduire leur consommation sur la foi des informations du répartiteur si la dépense est déjà faible ?

 

Chauffage ou énergie ?

 

Autre point de débat, les coûts sur lesquels portent réellement l’individualisation induite par l’installation d’un répartiteur. « Le risque est grand, estime le juriste de Consommation, logement et cadre de vie (CLCV) David Rodrigues, d’une incompréhension de la part des copropriétaires. » En effet, seule la consommation d’énergie sera individualisée. Or, la facture de chauffage comporte une part fixe qui, dans le cas de réseaux de chaleur urbains, peut atteindre jusqu’à 70 % du montant total. Cette part fixe reste ventilée en fonction des quantièmes. L’adaptation de la dépense à la consommation de chaque appartement risque donc de ne porter que sur une part faible des dépenses totales.

Le courtier en syndic Rachid Laraaj partage ces doutes, en soulignant par ailleurs que l’impact de l’installation des compteurs d’eau individualisés n’avait pas excédé deux ou trois ans, les comportements des occupants étant revenus à la case départ une fois passée la phase de nouveauté.

 

Inégalités

 

Enfin, ces spécialistes s’interrogent sur les risques d’inégalités entre les occupants des différents appartements. Ceux qui sont mal exposés et qui doivent chauffer en permanence ne vont-ils pas payer pour ceux qui bénéficient de plus d’apports solaires et se contentent de la chaleur dégagée par les appartements voisins ?

Toutes ces questions pourraient pousser les pouvoirs publics à décaler à 2019 l’obligation d’installation d’un répartiteur. D’ici là, devraient s’être généralisés sur le marché des produits qui assurent le comptage en même temps que la régulation, par exemple sous forme de robinets thermostatiques avec fonction de répartition, avec une action plus importante sur les économies de chauffage. Une innovation d’autant plus intéressante que le Gouvernement entend rendre également obligatoires les robinets thermostatiques.

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