Chantiers

Face aux inondations, le pôle culturel de Cornebarrieu perché sur pilotis

Mots clés : Architecture - Maîtrise d'ouvrage

Le 6 avril, une trentaine de membres de l’association Architecture et maîtries d’ouvrge (AMO) de Midi-Pyrénées a visité le chantier de construction du pôle culturel de Cornebarrieu, au nord-ouest de Toulouse. Conçue par l’agence d’architecture de Philippe Madec, la construction est contestée par les services de l’Etat car située en zone inondable.

Le 6 avril, Philippe Madec, architecte, et Laurent Bouzols, architecte et chef de projet de l’atelier Madec, ont accueilli une trentaine des membres de l’association Architecture et maîtres d’ouvrage (AMO) de Midi-Pyrénées sur le chantier de construction du pôle culturel de Cornebarrieu, commune membre de Toulouse Métropole située au nord-ouest du territoire.

La visite a permis de prendre la mesure du chantier au stade du second œuvre. Pour Philippe Madec, le projet illustre la bonne entente entre la maîtrise d’œuvre et une maîtrise d’ouvrage qui a voulu faire de cet équipement, attendu par la population, un bâtiment emblématique. Il l’est à plus d’un titre.

 

Site inondable

 

Installé entre le bourg de Cornebarrieu et la ZAC de Monges-Croix du Sud (Bruno Fortier, urbaniste), en cours d’aménagement, le bâtiment abrite une médiathèque de 1 170 m2 et une salle des fêtes de 1 640 m2 organisés autour d’un hall traversant et d’une salle de conférence commune.

La maîtrise d’œuvre a tiré partie de la situation singulière du bâtiment posé au bord de l’Aussonnelle dans un site inondable en choisissant de le faire enjamber la digue existante. «Prenant de la sorte une vocation de pont, il affirme davantage la nature du sol et la présence de l’eau. Nous avons voulu en faire une expérience de paysage. Le fond de la scène s’ouvre vers l’extérieur. Conçue comme un nouveau sol, la toiture donne de l’unité à l’ensemble. En partie plantée, elle sera accessible aux usagers de la médiathèque et offrira une très jolie vue intégrant le bâtiment dans son contexte de paysage inondable, a raconté Philippe Madec.

 

Matériaux traditionnels

 

Tirer partie du site a impliqué d’intégrer le risque connu d’inondation en prévoyant un rez-de-chaussée supérieur aux plus hautes eaux connues et le cuvelage des éléments construits pouvant être inondés. Ainsi, le bâtiment est posé sur pilotis pour ne pas entraver l’extension horizontale des eaux et la dalle du rez-de-chaussée est à 65 cm au-dessus des plus hautes eaux connues.

Particulier compte tenu de sa situation, le bâtiment l’est aussi pour les matériaux traditionnels choisis. Construit en bois, brique cuite et terre crue jaune, il doit atteindre la performance énergétique niveau Passif. Mais ces matériaux traduisent d’abord la volonté de l’Atelier Philippe Madec de parfaire ainsi l’insertion de l’équipement dans le lieu, encore rural, situé en dernière couronne de l’agglomération toulousaine.

Ainsi, des briques de terre crue structurelles constituent les murs autour de l’auditorium construit dans le hall (11 000 briques de terre crue mises en œuvre soit 190 m2 ou 90 m3). Et pour cette raison, elles font l’objet d’un Atex de type B.

 

Ventilation naturelle

 

Le bois est utilisé pour la structure générale du bâtiment, pour le platelage de la toiture, puis, pour le bardage vertical de la salle des fêtes, et celui horizontal et plissé de la médiathèque (soit 262 m3 de douglas et épicéa mis en œuvre).

Les briques en terre cuite complètent les murs de certains volumes autour de la salle des fêtes et notamment de la billetterie (22 000 briques de terre crue, soit 750 m2 ou 70 m3). Par ailleurs, des mulots moulés mains servent de parement sur deux volumes donnant à l’extérieur (200 m2). Quant au béton, il constitue la plate-forme du socle isolé, sur pilotis, pour se soulever du sol et aussi pour supporter le jardin en toiture. Il apporte la qualité acoustique nécessaire dans la salle des fêtes et de manière générale l’inertie pour le confort d’été.

La ventilation naturelle est un élément important du projet. En toiture, les sheds ont ainsi deux fonctions : fabriquer de l’espace mais aussi porter les cheminées de ventilation.

Ces choix ont induit des surcoûts estimés à près de 400 000 euros HT pour le mur porteur et les parements en terre crue en comprenant l’Atex.

 

Fiche technique

Maîtrise d’œuvre : Atelier Philippe Madec (architecte), Coloco (paysagiste), Scène (scénographe) C&E Ingénierie (BET structure), Inex (BET fluides et environnement), AAB (acousticien);

Entreprises : Eurovia (VRD), Demathieu&Bard et Les Briqueteurs réunis (gros œuvre et briques), Arbonis (charpente bois, bardage et menuiseries extérieures), Soprema (étanchéité), Constructions Sain-Eloi (serrurerie), Massoutier (cloisons, doublages et plafonds suspendus), GB Agencement (menuiserie intérieure), Groupe Vinet (sols), SLP (peinture), GCM (plomberie, sanitaires), Cofely Axima – Engie (chauffage, ventilation), Spie (courants faibles, courants forts), CFA (ascenseur), Clement&Fils (équipements scéniques), Hugon (tribunes), ID Verde (espaces verts en toiture), Caussat (espaces verts extérieurs), Net Plus (nettoyage);

Calendrier : livraison, premier trimestre 2017;

Surface : 2 710 m2 de surface utile;

Coût : 8,5 millions d’euros HT, VRD compris.

 

Focus

Une construction contestée

Singulier pour le choix des procédés constructifs et de son implantation, le bâtiment est aujourd’hui au cœur d’un feuilleton juridique qui oppose la commune aux services de l’Etat. S’inquiétant de sa proximité avec l’Aussonnelle et du risque d’entraver la bonne expansion des eaux, ces derniers ont saisi le tribunal administratif (TA) de Toulouse pour annuler le permis de construire. Le TA a rendu, le 9 février, une première décision rejetant le référé-suspension de l’Etat déposé par la préfecture de la Haute-Garonne. Dans son ordonnance du 1er avril 2016, la cour administrative d’appel de Bordeaux a confirmé ce jugement rendu sur la forme. La commune attend le jugement sur le fond. La date de l’audience, repoussée deux fois, n’est pas encore connue. La commune conteste également le plan de prévention du risque inondation (PPRI) soumis actuellement à enquête publique. Elle vient d’ailleurs de commanditer une contre-étude. «Il faut un PPRI mais il doit être raisonnable. Il ne doit pas être un abus de précaution», déclare Alain Toppan, le maire de Cornebarrieu (lire notre article: «En périphérie de Toulouse, l’Etat demande la destruction d’un équipement qu’il finance».

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X