Projets

Et soudain un bulbe doré a surgi parmi les toits de Paris

Le dôme principal du futur Centre orthodoxe russe du quai Branly a été posé le 19 mars au matin. Quatre autres coupoles, plus petites, viendront l’encadrer d’ici à la fin du chantier, annoncée pour août. L’établissement à vocation cultuelle et culturelle créé par la Fédération de Russie doit ouvrir en octobre prochain.

Avec ses 12 mètres de haut pour 12 mètres de diamètre maximum, c’est une belle pièce, un ouvrage pansu de 8 tonnes, au bas mot. Il aura pourtant suffi de moins d’un quart d’heure pour soulever de terre ce grand bulbe doré, le samedi 19 mars au matin, et le poser au sommet de l’église orthodoxe qui sera l’édifice central du centre spirituel et culturel russe en construction sur le quai Branly, à Paris (VIIe). Une lévitation express et un atterrissage de précision sous l’œil plus qu’attentif d’un public éminent : un vice premier ministre de la Fédération de Russie, Sergueï Prikhodko, en représentant de la maîtrise d’ouvrage ; un évêque de l’église orthodoxe, Monseigneur Nestor, en charge des communautés du patriarcat de Moscou en France ; Bernard Mounier, le président de Bouygues Bâtiment Ile-de-France, qui mène le chantier mais aussi des membres de la famille Bouygues ; et bien sûr l’architecte, Jean-Michel Wilmotte.

Mais, comme toutes les représentations à grand spectacle, la manœuvre avait fait l’objet d’une répétition. La nuit précédente, le dôme avait fait un vol de reconnaissance avant de revenir au sol pour attendre l’heure de la pose officielle. Samedi matin, 80 boulons ont été finalement serrés pour assurer sa fixation. Puis il a été surmonté de sa grande croix, qui avait été auparavant bénie. Dans quelques semaines, quatre autres bulbes prendront place, à leur tour, au sommet de l’église. Mais pour l’heure, ils sont encore à Vannes, dans les ateliers de la société Multiplast qui les a tous réalisés, en matériau composite.

 

Des bateaux, des lustres, un avion…

 

« On aurait pu construire ces dômes plus classiquement en optant pour des charpentes en bois recouvertes de feuilles de cuivre », a reconnu Bernard Mounier avant de souligner que le projet appelait à davantage « d’ambition ». Multipast et sa maison-mère Carboman sont des experts du composite, dont ils font des coques de navires, des enveloppes de radomes, des lustres pour la maison pour Baccarat et même le Solar Impulse, l’avion à énergie solaire de Bertrand Piccard. « Avec ces bulbes, c’est la première fois que nous travaillons sur un édifice religieux », admettait Dominique Dubois, le PDG de Carboman. Mais après tout, « c’est aussi la première fois qu’on utilise un tel matériau dans toute l’histoire de la religion orthodoxe », glissait de son côté l’architecte Jean-Michel Wilmotte.

De cette innovation, les bulbes ont tiré de la légèreté. Construit selon la méthode traditionnelle, le dôme principal aurait en effet pesé plus de 40 tonnes au lieu des 8 affichées. Le sandwich de fibre de verre et mousse thermoplastique qui compose les cinq coques avait en outre « l’intérêt de permettre de créer une forme parfaitement lisse », ajoutait Dominique Dubois. Bijoux de technologie, la grande coupole et ses quatre petites sœurs ont été recouvertes d’une dorure. La société Gohard a appliqué à leur surface quelque 90 000 feuilles, non pas d’un or classique et clinquant mais d’un alliage d’or et de titane qui leur donne une teinte douce et de bon aloi. « J’ai choisi cette couleur car elle était la plus proche de celle de la pierre de Bourgogne mise en œuvre pour les bâtiments, explique Jean-Michel Wilmotte. L’or vif est davantage approprié pour le dôme des Invalides que pour un projet contemporain ». L’architecte, qui a banni le mot « compromis » de son vocabulaire, préfère parler de « convergence de bon goût » entre « l’élégance parisienne » et le Centre orthodoxe tel qu’il l’a dessiné.

 

Une once d’or mat

 

Car il a bien fallu cette once d’or mat et de diplomatie architecturale pour réussir à faire surgir sur les quais de Seine du VIIe arrondissement, au milieu des toits de Paris et à proximité de la tour Eiffel, la silhouette si traditionnellement russe de ces bulbes. Le tout premier projet choisi pour cet établissement qui, outre l’église et le centre paroissial, regroupe un centre culturel, avec salles d’exposition et librairie, ainsi qu’une école primaire franco-russe, a d’ailleurs dû être abandonné tant il manquait de la plus élémentaire modération. A l’époque, il avait suscité la réprobation du maire de Paris d’alors, Bertrand Delanoë, et Jean-Michel Wilmotte avait alors été chargé de réécrire la copie. Pour Jean-Louis Missika, l’adjoint à l’urbanisme d’Anne Hidalgo, venu lui aussi assister à l’installation du grand dôme, « le projet a été nettement amélioré et il est devenu compatible avec l’ADN de Paris. Mais attendons de le voir complètement terminé ».

Il le sera en août prochain, promet Bouygues Bâtiment Ile-de-France. « Le gros œuvre est achevé et nous sommes actuellement en corps d’état de finitions intérieures dans les bâtiments, excepté dans l’église. Là, le décor de peintures et de mosaïques sera réalisé par une entreprise russe spécialisée », précisait Bernard Mounier. Sergueï Prikhodko, de son côté, a annoncé que le Centre orthodoxe russe ouvrirait ses portes en octobre prochain.

 

Vous souhaitez réagir

Pour commenter l'article, vous devez être identifié ou vous inscrire
S'identifier

Pour accéder aux contenus et services en accès libre, identifiez-vous

Mot de passe oublié
S'inscrire

Vous souhaitez vous inscrire aux services proposés en accès libre.

Newsletter quotidienne et thématiques, alertes e-mail, commentaires sur les articles...

S'inscrire
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies pour vous proposer des services et offres adaptés à vos centres d'intérêt. OK En savoir plus X