Règles et Normes

Entre scepticisme et incompréhension, la garantie de performance énergétique peine à décoller

Mots clés : Efficacité énergétique - Réglementation thermique et énergétique

La garantie de performance énergétique intrinsèque (GPEI) serait-elle déjà « has been » avant d’avoir vraiment existé ? Lors d’un colloque organisé par la Fondation bâtiment énergie le 2 avril 2014 sur la garantie de performance énergétique, les participants ont manifesté un certain appétit pour la garantie de résultats énergétiques (GRE), qui porte sur les consommations réelles…

La GPEI, conceptualisée par un groupe de travail ad hoc au sein du Plan bâtiment durable en avril 2012 (lire notre article), connaît des débuts laborieux. Le sigle vise une garantie portant sur un niveau maximal de consommations énergétiques « conventionnelles », en fonction d’un scénario d’utilisation et de paramètres de confort spécifiés (température, ventilation, etc.). Les consommations y sont calculées – et non mesurées – à la conception, pendant le chantier et à la réception. Tandis que la garantie de résultats énergétiques (GRE) porte sur un niveau maximal de consommations énergétiques réelles et mesurables pendant une durée d’occupation fixée par contrat. Or le recours à la GPEI n’a toujours pas pris son essor, comme l’ont montré les débats menés en seconde partie d’un colloque organisé par la Fondation bâtiment énergie le 2 avril.

 

A la recherche d’opérations tests

 

La charte d’engagement relative à la GPEI de juillet dernier (lire notre article), qui liste 60 actions à accomplir tout au long d’un projet pour garantir le respect des performances promises, compte, certes, aujourd’hui, 23 signataires (liste ci-dessous). Mais aucun maître d’ouvrage volontaire pour expérimenter la GPEI conformément à la charte n’a encore été identifié. « Il va y en avoir bientôt », a rassuré Michel Jouvent, délégué général d’Apogée et rapporteur du groupe de travail GPEI /GRE du Plan bâtiment durable. Qui a fait le point sur les axes de travail en cours d’exploration (lire notre article). Tout d’abord, une revue des outils SED (simulation énergétique dynamique) est menée. Les souscripteurs de la charte s’engagent en effet à utiliser des logiciels SED répondant à des spécifications minimales. « Nos recherches démarrent, mais l’étude des sept logiciels que nous avons répertoriés montre qu’il n’y a pas à ce jour de logiciel universel, adapté à tous les ouvrages et tous les cas de figure », a résumé Marcello Caciolo (de Cofely Axima), en charge de ces travaux. Outre la recherche d’opérations tests et le travail sur la documentation à élaborer, le groupe de travail approfondit les aspects juridiques de la GPEI. A cet égard, Michel Jouvent a préconisé la voie d’une garantie reposant sur le versement d’une indemnité si les consommations calculées in fine dépassent l’engagement contractuel (les deux autres possibilités évoquées étant la remise à niveau contractuelle ou le refus total de l’ouvrage en cas de dépassement). « Le mieux serait de prévoir l’intervention d’un tiers indépendant de type certificateur » pour le déclenchement de la garantie, a-t-il ajouté.

 

La GPEI, première marche vers la GRE

 

Les différentes interventions à la tribune ont suscité des réactions contrastées de l’auditoire composé de maîtres d’ouvrage, de maîtres d’œuvre, d’entreprises de construction, de fournisseurs d’énergie… En ressortait une certaine incompréhension face à la GPEI et à son utilité. Ainsi, pour le représentant d’une entreprise de BTP présent dans le public, la GPEI consisterait juste « à construire conformément à nos engagements, ce qui est la base d’un contrat ! Or cette forme de garantie, très promue actuellement, risque de se développer au détriment de la GRE… » Pas d’inquiétude, ont tempéré les intervenants : la GPEI n’est qu’une première étape pour engager le secteur dans la démarche de la garantie de performance. Pour Michel Jouvent, « la vraie garantie est effectivement la GRE, mais tous les acteurs ne veulent pas aller jusque-là car c’est un engagement de longue durée… En ce sens, la GPEI a toute son utilité. » Le groupe de travail du Plan bâtiment durable a d’ores et déjà intégré le thème de la transition entre GPEI et GRE dans ses réunions. Des réflexions sont menées notamment sur les moyens pour agir sur les comportements des occupants, mais aussi sur les modèles de financement et les montages juridiques et assurantiels à bâtir. « Ces montages doivent être pensés par segment de marché, ils ne peuvent être les mêmes pour du tertiaire ou pour des maisons individuelles », a insisté le délégué général d’Apogée. Pour faire décoller les garanties de performance énergétique, Michel Jouvent a préconisé aussi un raisonnement en coût global et une intégration des prestations P2 et P3 (1), ainsi qu’un questionnement sur le mode de réalisation des travaux. « Il faut au moins se poser la question du bon scénario pour son projet : faire tous les travaux d’un coup, ou les étaler au fil de l’eau… ».

 

Des expériences à capitaliser

 

Des travaux sont également menés par la Fondation bâtiment énergie, qui élabore un guide sur la GPE et prévoit un accompagnement des initiatives en la matière, comme elle le fait déjà en matière de contrats de performance énergétique (CPE) en suivant des opérations en régions Centre et Alsace. Beaucoup de travaux et de réflexions en cours, en somme… Trop ? Pas pour Frédéric Gal (Bouygues-Ile-de-France), pour qui « il est indispensable de se mettre d’accord entre professionnels sur le vocabulaire et les concepts, afin de pouvoir ensuite délivrer un message clair au public. » Tous ou presque se sont en effet entendus sur le fait qu’il faudra un effort considérable d’acquisition de connaissances par les maîtres d’ouvrage et les entreprises. « Nous ne progresserons collectivement sur ce sujet majeur qu’est la GPE qu’en capitalisant les retours d’expérience, sur les phases études, travaux et exploitation », a conclu Frédéric Gal. Ajoutant qu’il faudra aussi que la profession fasse d’énormes progrès en matière de comptage, de gestion technique du bâtiment, etc., pour parvenir au respect des engagements de performance.

 

 

 

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