Performance énergétique

Energie pas chère, rénovation en jachère ?

Mots clés : Bâtiment d’habitation individuel - Carburant - Efficacité énergétique

Quel impact la baisse continue des prix du pétrole depuis juin 2014 peut-elle avoir sur la rénovation énergétique des logements ? Des spécialistes répondent.

Le 21 octobre 2013, le gouvernement lançait la campagne « J’éco-rénove, j’économise ». Pour booster les opérations de rénovation énergétique des logements et atteindre l’objectif de 500.000 rénovations par an à l’horizon 2017, l’idée d’utiliser l’argument du pouvoir d’achat pour inciter les particuliers à rénover pouvait se tenir. A l’époque, le baril de pétrole se négociait aux environ de 100 $. Mais, 15 mois plus tard, si le nombre de rénovations a légèrement progressé, une donnée fondamentale a changé : les cours du pétrole se sont effondrés. L’argument financier est donc plus que fragilisé.

Au lendemain de la conférence environnementale du 27 novembre 2014, Géraud Guibert, président du think-tank « La Fabrique écologique », tirait le signal d’alarme : « La baisse du prix du pétrole va en toute hypothèse donner un coup de pouce au pouvoir d’achat. La tentation est grande dans un contexte très contraint, de ne pas intervenir, en laissant aux ménages le soin d’utiliser ce gain comme ils le souhaitent », écrivait-il dans une tribune publiée dans les Echos. Sous-entendu : pas pour effectuer des travaux de rénovation de leur logement.

A l’époque, le baril se négociait à 64 $. Le 16 janvier 2015, il était sous la barre des 50 $. Et il devrait se maintenir encore à des prix bas pendant de longs mois, l’OPEP ayant confirmé être en situation de surproduction. La tentation risque d’aller toujours croissant.

 

Un mauvais signal

 

Denis Burckel, économiste et spécialiste des questions d’immobilier pour le think-tank Terra Nova confirme les craintes de Géraud Guibert : « Si le prix du pétrole est à la moitié de ce qu’il était il y a deux ans, la rentabilité des travaux de rénovation ne sera plus au rendez-vous. Le coût de l’énergie joue en effet sur le temps de retour sur investissement (ROI) de ces travaux. Ce signal prix très bas va avoir un effet très important sur la rénovation. Particulièrement chez les particuliers. Ils risquent de perdre de leur allant. » Et d’enrayer la mécanique mise en place depuis plusieurs années.

Pour maintenir ce « signal prix », Géraud Guibert propose la mise en place d’un mécanisme « s’apparentant à la TIPP flottante ». Mais au lieu de l’utiliser pour contenir la hausse des prix du pétrole, on l’emploierait à l’inverse pour compenser une baisse trop importante. Elle diminuerait avec la hausse et augmenterait avec la baisse. Et, ajoute Géraud Guibert : « les recettes seraient strictement affectées à un fonds destiné à aider les ménages à isoler leur logement. »

 

Changer le discours

 

Mais l’idée d’un dispositif assimilable à une nouvelle taxe étant de moins en moins supportable depuis quelques années la solution est sans doute ailleurs.

Denis Burckel avance une première piste : « Les acteurs du tertiaire seront plus prudents que les ménages. Ils chercheront à garder une dynamique de rénovation. En effet, ils sont sous la loupe des grands organismes de certification environnementale.» En clair, la « valeur patrimoniale ajoutée », la valeur verte, créée par des certifications comme Leed (US Green Building Council) et Breeam compterait plus que le gain de pouvoir d’achat.

Un concept de valorisation que Brice Mallié, du think-tank « The Shift project », approuve totalement et qu’il pense applicable au logement : « Nos enquêtes d’opinion montrent que les facteurs de motivation principaux pour les familles sont avant tout l’embellissement et le gain de confort. En effet même avec un baril à 100$, l’argument du ROI pèse peu car il est très faible : si votre facture énergétique globale est de 1500 €, avec un bouquet de travaux de 30.000 euros on peut espérer au maximum une économie de 500 € par an pour le chauffage. Ce n’est pas assez. C’est pourquoi depuis plusieurs mois avec le Shift Project nous disons qu’en termes de politique publique, le discours du gouvernement autour des économies sur la facture d’énergie n’est pas efficace. Il faut changer le discours. Il doit devenir : « modernisez votre logement pour le valoriser ». Il faut jouer sur les notions de confort supplémentaire et de bien-être, des notions qui comptent aux yeux des gens. Et il faut insister sur les créations d’emplois engendrées. ».

Enfin, l’adoption prochaine du projet de loi de Transition Energétique qui instaure une obligation d’embarquer des travaux de performance énergétique devrait tomber à point nommé pour compenser d’éventuels coups de frein. « Et puis, insiste Denis Burckel, le prix de l’énergie finira par remonter. Et le sens de l’Histoire, c’est le développement durable ».

 

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  • - Le

    Au-delà de l'énergie

    L’erreur est de privilégier l’économie d’énergie, dont le rendement est, même à 100$ de baril, bien lointain. Pour les particuliers, c’est l’amélioration de l’habitat qui est le moteur de la rénovation, santé, confort et surtout prestige, fierté de montrer sa maison rénovée. On a oublié, par exemple, le poids de l’acoustique dans les critères de satisfaction des usagers. En France, on a vendu le BBC et autres niveaux de performance en vendant de la défiscalisation. On a oublié de « faire envie » d’un habitat de qualité. Il n’est pas trop tard pour revoir cette politique, et promouvoir une qualité globale, intégrant bien sûr l’énergie.
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  • - Le

    renovation energetique des logements en electricite

    moins de charges = plus de travail = les coûts des travaux diminuent
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