Energie

Energie (4/5) : quelles sont les mesures à traiter en priorité par le futur gouvernement ?

Mots clés : Elections - Energie nucléaire - Gouvernement - Politique énergétique

A la veille du premier tour de l’élection présidentielle, le Moniteur.fr propose une synthèse des urgences que le prochain gouvernement devra traiter. Aujourd’hui : l’énergie.
Faut-il prolonger ou pas la durée de vie des centrales nucléaires françaises ? De cette décision dépend toute la politique énergétique hexagonale. Mais quoi qu’il advienne, il faudra faire preuve de sobriété énergétique. Le bâtiment est en première ligne.

La question de l’avenir des centrales nucléaires françaises a animé le début de la campagne électorale. En effet, le prochain quinquennat sera, dans ce domaine, celui des choix les plus importants depuis le lancement, dans les années 1960, de ce programme industriel en France.

 

Quel bouquet énergétique pour la France ?

 

Les 58 centrales fonctionnant en France ont été conçues pour 40 ans. Avec un âge moyen de 27 ans, elles s’approchent de leur retraite. Sauf si l’on décide, comme aux Etats-Unis, de repousser à 50 voire 60 ans leur durée de vie. Dans son rapport remis au gouvernement en début d’année, la commission « Energie 2050 » estime qu’il faut prolonger la durée de vie des centrales si l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) l’autorise. Une balle dans le camp d’EDF qui veut exploiter son parc le plus longtemps possible. L’ASN, qui inspecte en profondeur tous les dix ans les réacteurs français, a autorisé la poursuite de l’exploitation de la centrale de Fessenheim jusqu’en 2019. Que décidera le prochain président ?

La sûreté est aussi à l’ordre du jour du prochain quinquennat. Après le drame de Fukushima, l’ASN a revu ses critères de sécurité à la hausse. Dans son dernier rapport, l’autorité préconise notamment des travaux de mise à niveau comme l’installation de « Diesels d’ultime secours » pour chaque réacteur – d’un coût unitaire entre 50 millions et 70 millions d’euros – et la construction d’un centre de commandement, pour chaque centrale, protégé par un bâtiment « bunker ». Le chiffrage de 10 milliards d’euros pour la mise à niveau du parc est officieux, mais EDF annonce l’avoir déjà intégré dans son programme d’investissement.
Quelle que soit la décision du prochain président sur la durée de vie des centrales et le poids du nucléaire dans le mix énergétique français, elle aura un coût. La Cour des comptes estime, par exemple, que le démantèlement des centrales françaises mobiliserait plus de 18 milliards d’euros. Et l’allongement de la durée de vie des centrales nécessitera de lourds travaux, sachant qu’EDF investit déjà 2 milliards d’euros par an dans son parc nucléaire.

Avec la construction en cours de l’EPR de Flamanville (Manche) et le choix du site de Penly (Seine-Maritime) pour un second réacteur de nouvelle génération, l’avenir nucléaire français semble tout tracé. Mais souvenons-nous que rien n’est jamais acquis, à l’exemple de la décision d’arrêter le surgénérateur Superphénix, à Creys-Malville (Isère), en 1997.

Le développement des énergies renouvelables, consommateur de subventions pour soutenir le démarrage de la filière, nécessite une énergie d’appoint pour pallier leur intermittence. Dans le domaine, rien ne vaut les centrales thermiques très flexibles et mobilisables en quelques heures. La centrale combinée au gaz de Bouchain (Nord), par exemple, aura cette unique fonction pour un coût de 400 millions d’euros. Le développement des énergies renouvelables a également un impact considérable sur le réseau de transport de l’électricité. En multipliant les points de production, RTE doit intégrer de nouveaux flux intermittents à un réseau bâti autour d’une production très centralisée. L’appui public aux réseaux intelligents (smart grids) est aussi au programme du prochain quinquennat. Il sera nécessaire à un double niveau : local pour que la production soit gérée au plus près du point de consommation ; et européen pour que les immenses parcs solaires du sud de l’Europe ou éoliens maritimes du Nord puissent trouver un marché assez vaste pour être rentabilisés.

 

Comment financer la sobriété énergétique ?

 

Les efforts d’optimisation de la production seront vains si la consommation continue d’augmenter. Chaque hiver, Réseau de transport d’électricité annonce un nouveau record de consommation, et la persistance du prix modéré de l’électricité n’incite pas les consommateurs à faire des efforts. Habitat et tertiaire consomment près de 70 % de l’électricité produite en France (contre 25 % pour l’industrie ; 2,7 % pour les transports urbains et ferroviaires…). Les énormes investissements à venir vont être forcément répercutés. Mais par l’impôt ou par la facture d’électricité ?


La question posée au président est donc celle de la libération des prix. Une revendication des producteurs. Mais un sujet très sensible politiquement, et socialement pour les 10 % de ménages français dits en « précarité énergétique », qui mobilisent plus de 10 % de leur revenu pour se chauffer et qui n’ont pas non plus les moyens de rénover leur logement.


A ce jour, la réglementation thermique est efficace pour la construction neuve. En 2020, les bâtiments devraient produire plus d’énergie qu’ils n’en consommeront. Mais pour le parc existant, qui se renouvelle au rythme de 1 % par an en moyenne, les outils actuels d’aide à la rénovation thermique (écoprêt à taux zéro et crédit d’impôt développement durable) montrent leurs limites. Les économistes parient sur l’effet incitatif de l’augmentation des prix, mais pour des segments sensibles comme les 8,5 millions de logements en copropriété privée, comment tenir l’objectif ? Faudra-t-il aller jusqu’à l’obligation de travaux ? Les effets sur le marché immobilier pourraient être dévastateurs. Si le « Grenelle » n’est plus à la mode, c’est bien un « Plan Marshall » pour la rénovation énergétique que le président devra arbitrer.

 

Focus

Patrice Geoffron (1) : « Une révolution industrielle à programmer »

« La mandature à venir est la première à s’inscrire dans un scénario de transition énergétique. En 2007, les prémices étaient bien présentes. Cinq ans après, le prochain président devra gérer des contraintes nouvelles issues notamment de la catastrophe de Fukushima, de la décision de partenaires européens d’accélérer leur sortie du nucléaire et de la crise de l’euro, qui rend toute décision financièrement délicate. Nous sortons de la vision romantique du Grenelle et il faudra être inventif, voire iconoclaste. C’est une révolution industrielle à programmer dans un contexte très contraint.
Mais quel que soit le choix du futur bouquet énergétique français, il impliquera des investissements importants pour la collectivité. L’augmentation des prix de l’énergie semble inéluctable et logique pour traduire l’augmentation des coûts. Ce peut-être un outil au service de la sobriété énergétique. En Allemagne, où le prix du kWh est 50 % plus cher qu’en France, la facture finale est identique grâce à l’efficacité énergétique de leurs bâtiments. La libération des prix est donc un sujet pour le prochain président, à condition de s’attaquer aux faiblesses françaises : un parc ancien de logements énergivores, la dépendance du chauffage à l’électricité et la précarité énergétique. 36 % des ménages les plus modestes consacrent plus de 10 % de leurs revenus à l’énergie du foyer. Si on libère les prix sans les protéger, les dommages sociaux risquent d’être violents. »

(1) Directeur du Centre de géopolitique de l’énergie et des matières premières de l’université Paris-Dauphine

(1) Auteur avec Jean-Marie Chevalier (université Paris-Dauphine) et Michel Derdevet (RTE) de « L’avenir énergétique, cartes sur table », aux éditions Folio Actuel.

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