Transport et infrastructures

«En matière d’infrastructures, il faut sortir du bricolage financier actuel», Louis Nègre, président du Gart

Organisées par le groupement des autorités responsables de transport (Gart) et l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) du 10 au 12 octobre au Palais Chanot à Marseille, les Rencontres nationales de la mobilité se sont terminées après trois jours de congrès. Louis Nègre, président du Gart, livre ses impressions.

Elisabeth Borne, ministre des Transports, a inauguré le 10 octobre, les Rencontres nationales du transport public. Quel bilan faites-vous de sa venue ?

Louis Nègre: Tout d’abord, je tiens à souligner qu’elle a passé une heure et demie au salon. Elle a pris son temps. Elle ne s’est pas contentée de lire son discours. En termes d’annonce, elle a confirmé les engagements de l’actuel gouvernement qui a accepté, d’ores et déjà, trois des sept propositions prioritaires émises par le Gart, l’UTP, la Fnaut, TDIE et FNTV suite aux Etats généraux de la mobilité organisées au printemps 2017. La première satisfaction est la création d’un ministère des Transports de plein exercice. Ensuite, elle a confirmé une loi d’orientation sur la mobilité. Nous souhaitions en effet une loi de programmation financière sur le quinquennat pour avoir une visibilité sur le long terme qui en tant que loi sera débattue largement au sein du parlement. C’est une avancée importante par rapport au Schéma national des infrastructures de transports et à la commission Mobilité 21. Le troisième point, qui a été également validé, est l’ouverture à la concurrence de l’exploitation du ferroviaire. Je me suis battu au Sénat durant neuf ans pour cela. Cela a d’ailleurs été mon premier amendement. J’ai enfin gain de cause. Je suis contre les monopoles publics ou privés. Car ces derniers se focalisent progressivement de plus en plus sur leurs propres intérêts et de moins en moins sur l‘objet initial de leur création. En revanche, l’infrastructure ferroviaire doit rester à SNCF Réseau. C’est pour moi, un monopole naturel d’Etat.

 

Sur les sept propositions, trois ont été acceptées. Qu’en est-il des quatre autres ?

L. N.: J’ai demandé à la ministre qu’elle confirme publiquement la sanctuarisation du versement transport. Ce n’était pas dans son discours du 10 octobre lors de l’ouverture des Rencontres. Elle m’a promis de le faire prochainement. Rien n’a été dit non plus sur notre demande de baisser la TVA à 5,5%. Nous considérons que les transports du quotidien sont un bien de première nécessité. Nous réclamons par ailleurs le soutien financier à l’acquisition de véhicules de transport public à faibles émissions à l’image de la prime à la casse pour les véhicules particuliers. Enfin, nous demandons de revoir l’exercice du droit de grève et du droit de retrait pour qu’il y ait un véritable, et j’insiste sur l’adjectif véritable, service minimal de transport public, par exemple aux heures de pointe. Selon moi, l’usager doit être au centre des préoccupations de l’ensemble des acteurs du transport public. Au-delà de nos attentes par rapport à ces sept propositions, j’émets une remarque critique. En effet, j’avoue ne pas comprendre le décalage entre les annonces très ambitieuses du ministre d’Etat de la Transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot, et l’annonce de la disparition de la prime de 200 euros pour les vélos à assistance électrique. Ces derniers constituent, en milieu urbain, un des meilleurs outils pour la transition énergétique.

 

Quelle est votre position par rapport aux projets de lignes à grande vitesse ?

L. N.: Dans une vision d’aménagement du territoire, la ligne à grande vitesse Bordeaux-Toulouse est légitime. Il en est de même pour la ligne nouvelle de Marseille à Nice. Mais, la première priorité est celle des nœuds ferroviaires comme ceux de Marseille ou de Nice. C’est d’un intérêt majeur pour les trains du quotidien. Se pose, enfin, la question du financement. Nous attendons beaucoup de la loi de programmation financière promise par l’Etat. Il faut désormais sortir du bricolage financier actuel. Le gouvernement dit qu’il faut lisser les investissements dans le temps. Nous l’entendons. Mais, le budget transport dans les collectivités est le budget numéro un. Il risque d’en pâtir. D’autant que la réduction des dotations aux collectivités fait peser une hypothèque lourde sur les investissements d’avenir. Le versement transport est quasi au maximum de ce qu’il peut donner. Avec la future loi, le gouvernement donne de l’espoir. Mais les mots d’amour, c’est bien. Les preuves d’amour, c’est mieux.

 

Et l’écotaxe ? Et le recours aux fonds souverains ?

L. N.: Je ne pense pas que l’écotaxe puisse revenir telle que nous l’avons connue. Quant aux fonds souverains, pourquoi pas à condition que la Nation ou les collectivités ne perdent pas la maîtrise des infrastructures. Mais, il est certain qu’il faudra trouver les ressources nécessaires pour financer des infrastructures de qualité tant ferroviaires que routières. Il n’y a pas d’autres alternatives pour conserver à notre pays son attractivité. Or, au-delà d’un réseau ferroviaire dégradé, notre patrimoine routier voit à son tour ses indicateurs de qualité baisser. Nous attendons donc beaucoup de la loi de programmation financière que l’Etat doit nous présenter en 2018.

 

Focus

La Métropole Aix Marseille Provence veut se mettre à niveau

Terre d’accueil de cette 26e édition des Rencontres nationales du transport public, la Métropole Aix Marseille Provence (AMP) est une métropole créée en 2O16. Elle a tout à construire en matière de mobilité, «point d’entrée et élément structurant» a déclaré à plusieurs reprises Jean-Pierre Serrus, vice-président d’AMP délégué aux Transports et à la Mobilité. En effet, 94% des déplacements métropolitains supérieurs à 7 km se font en voiture. Le premier acte de la jeune métropole a donc été l’adoption, fin 2O16, d’un agenda de la mobilité. A réaliser d’ici à 2O3O, il comprend cinq priorités, dont celle de doubler l’usage des transports en commun d’échelle métropolitaine et d’augmenter de 5O% celui des transports locaux.

Alors que se pose la question du financement de cet ambitieux programme qui prévoit 3,5 milliards d’investissement dans les transports d’ici à 2O25, AMP a déjà pris des engagements en démarrant, ce 13 octobre et pendant un mois, l’expérimentation sur son réseau métropolitain d’un autocar roulant au bio GNV (gaz naturel pour véhicules). De son côté, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a annoncé lors de ces rencontres l’expérimentation d’un autocar 1OO% électrique sur la Ligne express régionale n°18 Avignon-Tarascon-Arles.

 

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