Environnement

En Chine, l’accès à l’eau potable reste très inégal

Mots clés : Eau

Dans quelques mois, l’eau du robinet à Shanghaï ne devrait, en principe, rien avoir à envier aux grandes villes occidentales, mais ailleurs en Chine, 300 millions de personnes restent privées d’eau potable.

Selon les industriels du secteur, la capitale économique chinoise (17 millions d’habitants) sera la première à appliquer de nouveaux critères sur le traitement de l’eau, prenant en compte quelque 105 paramètres physico-chimiques contre 30 actuellement, qui doivent théoriquement entrer en vigueur en 2010.
« On s’oriente vers les meilleures normes internationales », relève Remi Paul, secrétaire général de Veolia Water, l’un des deux géants français de l’eau, avec Suez, à avoir creusé sa niche en Chine.
Veolia Water, qui fut le premier étranger à obtenir en 2002, en partenariat avec une société chinoise, la concession de l’eau potable de A à Z (traitement, vente, réseau), à Shanghaï précisément, se prépare aux nouvelles normes.
A Linjiang, une de ses usines desservant 2,65 millions d’habitants du quartier de Pudong, sur la rive orientale du Huangpu, de nouveaux bassins sont en construction, pour des traitements de l’eau approfondis, par ultra-violet, ozonation, filtres à charbon.
« Si aujourd’hui l’eau de Shanghaï a la qualité des années 60-70 chez nous, elle sera bientôt à des normes équivalentes », affirme le spécialiste.
Envers du décor, la Chine concentre la moitié des 669 millions d’habitants de la région Asie-Pacifique sans accès à une eau « sûre », selon les estimations de l’Asian Development Bank.
Déjà par pénurie: les ressources en eau fraîche du pays sont celles du Canada, qui a moins de 3% de la population mondiale, souligne, dans une étude, CSLA, la filiale asiatique d’investissements du Crédit Agricole.
A ce stress hydrique, surtout dans le Nord, s’ajoutent une surexploitation agricole, surtout dans le Sud, et la pollution, partout.

Au Tibet, l’eau contient ainsi de l’arsenic ou trop de fluor. Les autorités locales veulent résoudre ce problème de contamination pour 300.000 personnes d’ici à la fin de l’année et donner accès à l’eau potable à 1,2 million d’habitants avant 2010.
Dans le Sud industriel, selon un récent rapport, plus de 2,5 millions d’habitants de Canton reçoivent une eau dangereuse, toujours polluée, après traitement, aux métaux lourds, ammoniaque, bactéries fécales…
Elle provient de la Liuxi, un affluent de la rivière des Perles, qui paie un lourd tribut au développement et appartient aux 70% de cours d’eau et lacs pollués du pays.
La rivière des Perles fait d’ailleurs l’objet d’un vaste programme de réhabilitation, bénéficiant de prêts de la Banque mondiale, et prévoyant notamment d’étendre le traitement régional des eaux usées.
Le gouvernement veut arriver à traiter 70% de ses eaux urbaines en 2010, contre 50% officiellement fin 2005 – beaucoup moins selon les spécialistes.
« Il s’est attaqué au problème. Et sa plus importante contribution sera de traiter sérieusement eaux usées et déchets, car des millions de tonnes d’eau incorrectement traitée sont rejetées », souligne Ma Jun, un influent environnementaliste.
« Personne n’est d’accord sur (le volume exact) mais tout le monde convient qu’il est trop élevé », ajoute-t-il.

Alors, dans cette Chine à deux vitesses, le problème n’est pas que Shanghaï mène le bal de la qualité, – « au contraire » – mais « de résoudre le problème des moins bien lotis », estime-t-il.
Officiellement 1.000 milliards de yuans (130 milliards de dollars) seraient nécessaires pour construire ou réhabiliter les réseaux, nettoyer les rivières, et limiter les pertes, et Pékin n’a pas encore opté pour une mesure socialement difficile: une tarification pleine de l’eau, alors que celle-ci est hautement subventionnée.
Joëlle Garrus (AFP)

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