Entreprises de BTP

En 2014, le BTP sera le secteur « de tous les dangers »

En 2013, d’après les données de l’assureur-crédit Coface, le niveau des défaillances dans le BTP est très élevé. Et il devrait encore augmenter l’année prochaine.

« Le secteur de tous les dangers » : c’est de cette formule guère rassurante que l’assureur-crédit Coface qualifie le secteur de la construction. La Coface vient de publier, le 21 novembre, son « panorama des défaillances d’entreprises – automne 2013 », contenant un éclairage spécifique sur le secteur du BTP.

A octobre 2013, sur douze mois glissants, le nombre de défaillances d’entreprises dans le secteur de la construction progresse de 5,1%, à 20 541. Un chiffre en augmentation depuis la mi-2012, et qui devrait suivre la même tendance l’année prochaine.

 

Les PME du BTP dans l’oeil du cyclone

 

Bien sûr, le BTP est traditionnellement le premier pourvoyeur de défaillances d’entreprises en France (environ une défaillance sur trois). Mais la Coface a enregistré, ces dernières années, une surreprésentation du BTP si l’on prend en compte le coût des défaillances. Une surreprésentation qui s’explique par le fait que davantage de PME et d’ETI, dans le secteur de la construction, ont déposé le bilan : +40% entre 2006 et 2012. Une tendance toujours d’actualité dans le BTP, alors qu’elle a tendance à s’essoufler tous secteurs confondus.

Pourquoi cette fragilité des PME du bâtiment ? Plusieurs années de crise ont fait leur oeuvre. Mais il y a aussi des raisons spécifiques : « Les grandes entreprises viennent se positionner sur des marchés publics locaux en cassant les prix, assure Frédéric Wissocq, responsable de l’arbitrage branche BTP/Construction chez Coface. Ces marchés étaient le pain quotidien de PME locales qui se retrouvent donc fragilisées. » L’assureur-crédit pointe également l’emploi de main-d’oeuvre étrangère et la concurrence des entreprises étrangères. Enfin, la position « entre le marteau et l’enclume » (c’est-à-dire entre les industriels et les grandes entreprises) des PME sous-traitantes est très inconfortable sur le plan des délais de paiement.

 

Vers davantage de défaillances en 2014 qu’en 2009 ?

 

Peut-on espérer un mieux, dans le secteur de la construction, en 2014 ? Pas vraiment. La Coface prévoit en effet une nouvelle augmentation du nombre de défaillances d’entreprises, qui devraient être supérieur à 22 000 unités. Soit un niveau supérieur ou égal à l’année 2009 (22 027 défaillances). « Une baisse des prix de l’immobilier de 5% aboutirait à une hausse de 7% des défaillances dans le secteur », écrit la Coface. Cette baisse de prix de 5% correspond aux prévisions de la Coface, et elle est indispensable à la reprise dans le secteur, dans la mesure où les prix de l’immobilier sont surévalués en France « de près de 30% ».

D’autres indicateurs ne jouent pas en faveur d’une reprise ni dans le neuf, ni dans la rénovation en 2014. Le nombre de permis de construire, sur douze mois glissants, a baissé de 16%. « Même le marché de la rénovation ne joue plus son rôle d’amortisseur de la crise, baissant de 1,5% en 2013 », ajoute Frédéric Wissocq. La Coface se montre d’ailleurs prudente sur le potentiel, à court terme, du marché de la rénovation énergétique. « Même en tenant compte des travaux induits par les travaux d’efficacité énergétique, la rénovation énergétique représente au maximum 30% du marché de la rénovation », estime Frédéric Wissocq. Par ailleurs, la hausse, en janvier prochain, du taux réduit de TVA de 7% à 10% sur les travaux de rénovation « classiques » incitera certains clients à repousser leurs investissements.

 

Un dispositif « Duflot » à la peine

 

Quant aux dispositifs gouvernementaux, ils ne sont pas encore porteurs du changement espéré. « Pour l’instant, le bilan du dispositif Duflot, qui a remplacé le dispositif Scellier, est mitigé, détaille Frédéric Wissocq. Au premier semestre 2013, la part de l’investissement locatif dans l’immobilier est tombée à 34%. »

Par ailleurs, l’objectif de 500 000 logements construits ne sera pas atteint en 2013 (nous devrions nous situer aux alentours de 350 000). « Le report de l’écotaxe n’est pas non plus une bonne nouvelle pour les travaux publics : elle devait les financer à hauteur de 1,2 milliard d’euros », ajoute Frédéric Wissocq.

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  • - Le

    Le marteau, l'enclume .... et la faucille ...

    Les analyses des assureurs crédits sont souvent exactes, ils sont des observateurs privilégiés des défaillances. Donc, le secteur du BTP, et en particulier les PME et les ETI, sont des « cibles » à risques. Quand le constat est fait par les pouvoirs publics, il aboutit à certains effets. Quand il est fait par des structures privées, ayant des objectifs clairs, et des actionnaires à satisfaire, les effets sont bien différents. N’en doutons pas : un tour de vis sévère va être donné sur les niveaux de couverture délivrés, et ce certainement avant la publication des comptes 2013. Les banquiers voient parfois leur responsabilité retenue lors de désengagements de crédit ou de facilité de trésorerie. La justice éclaire ainsi un lien et un fonctionnement de notre économie. Ne doutons pas des conséquences des décisions des « assureurs » crédit, qui ne sont « assureurs » que de leur propres intérêts : 2014 leur donnera raison…
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