Entreprises de BTP

Didier Ridoret, président de la FFB : «Piloter une entreprise est devenu beaucoup plus compliqué»

Le congrès de la Fédération française du bâtiment s’ouvre ce jeudi 23 juin à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme) dans une conjoncture en constante amélioration. Au point que son président, Didier Ridoret, n’exclut pas de revoir à la hausse ses prévisions de croissance pour 2011. Pour autant, entre le projet de prime salariale de 1.000 euros, la réforme du secteur bancaire et les vols sur chantiers, les sujets «chauds» ne manquent pas !

A mi 2011, les indicateurs d’activité dans le bâtiment sont plutôt positifs. Allez-vous revoir vos prévisions à la hausse ?

Oui, si les chiffres des prochains mois s’affichent dans la même veine que le début de l’année. De fait, dans le logement neuf, une nette reprise se confirme, avec des  progressions respectives de 13,6% et 30,4% pour les autorisations et les mises en chantier sur le 1er quadrimestre 2011 par rapport à la même période 2010. Principale ombre au tableau : la baisse des ventes constatée par les promoteurs au premier trimestre. Mais si elle n’annonce pas un renversement de tendances, il y a de quoi être optimiste et nos prévisions  de mises en chantier établies à 380 000 pourraient être dépassées. Dans le logement social, la situation est également favorable avec au global 150 000 agréments programmés en  2011. Quant au non-résidentiel, qui pèse 19% de notre activité, les surfaces autorisées et mises en chantier s’inscrivent en croissance respective de 18% et 19% alors que fin 2010 le consensus tablait sur une stabilisation.

 

Pensez-vous que le nouveau coup de rabot sur le dispositif Scellier prévu en fin d’année va doper les ventes ?

 

C’est probable. A chaque fois que les avantages procurés par un tel dispositif s’apprêtent à baisser (le Scellier non BBC verra fin 2011 son taux de réduction d’impôt encore abaissé de 4 points pour être fixé à 9 % en 2012), nous constatons une accélération des ventes de logements, avant l’application des nouvelles règles. Ce devrait être le cas au second semestre.

 

Où en sont vos carnets de commandes ?

Nos carnets de commandes commencent à se regarnir. Notamment pour les entreprises de plus de 10 salariés, où ces carnets s’établissent, à fin mars, à 7,9 mois de chiffre d’affaires dans le gros œuvre et 6,4 dans le second oeuvre. Soit un niveau proche de celui observé en moyenne en 2007.

 

Les perspectives d’activité sont bonnes et pourtant les prix restent bas. Les entrepreneurs n’ont pas repris confiance ?

Les chiffres nous donnent une moyenne nationale. Mais sur le terrain, les entrepreneurs ont des ressentis très différents selon qu’ils travaillent dans une région où les besoins, notamment en logements mais pas seulement, sont importants ou pas. A l’inverse des grandes métropoles, certains territoires n’enregistrent pas encore de signes de reprise. Conséquence : les entreprises sont prêtes à aller chercher des marchés là où l’activité est forte, parfois loin de leurs bases, ce qui provoque par effet de déport une hyper concurrence dans ces zones. Nous nous trouvons donc dans une situation paradoxale où d’un côté le volume global est bien orienté et de l’autre, des prix trop bas partout empêchent les entreprises de vivre correctement.

Les défaillances d’entreprises augmentent-elles ?

Non, les défaillances d’entreprises sont en baisse. Mais les trésoreries ont été mises à mal et la santé des entreprises reste fragile. Chaque mauvaise nouvelle (la baisse des ventes de logements au premier trimestre par exemple) alimente la chaudière de la morosité. Nous allons nous employer à redonner confiance à l’ensemble des chefs d’entreprises. Ce sera l’un des objectifs de  notre congrès.

Une disposition du projet de loi de finances rectificative vise à interdire le paiement en espèces des transactions entre un particulier et un professionnel du recyclage. Cela peut-il  avoir un impact significatif pour lutter contre les vols sur chantiers ?

Je pense que ce sera une mesure efficace. Aujourd’hui, un décret limite à 500 euros le montant du paiement en espèces à chaque transaction entre un recycleur et un particulier. Ce n’était pas suffisant car cela n’empêchait pas de multiplier les transactions… Ce sujet est pris à bras le corps dans notre fédération et nous nous félicitons de l’initiative récente des parlementaires visant à interdire le paiement en espèces. Par ailleurs, des conventions ont été signées avec les préfectures pour renforcer les moyens de surveillance et nous avons mis en place une commission spécifique à la FFB chargée d’imaginer de nouveaux dispositifs de lutte contre le vol.

Que pensez-vous des 80 mesures pour simplifier la vie des PME présentées par Frédéric Lefebvre lors des premières Assises nationales de la simplification le 29 avril dernier ?

Certaines mesures vont dans le bon sens, comme la mise en place d’un coffre-fort électronique pour que les entreprises n’aient plus à déclarer plusieurs fois les mêmes données à l’administration.

Vous ne semblez pas très enthousiaste…

Ce n’est pas une question d’enthousiasme. Simplement, nous sommes déçus de voir que d’autres propositions, d’efficacité immédiate, n’ont pas été retenues. Par exemple, pour fluidifier le décompte général définitif, nous avions proposé que le délai de vérification soit inclus dans le délai de paiement.

Comment jugez-vous l’éventuelle mise en place de la prime salariale de 1 000 euros dans les entreprises de plus de 50 salariés ?

Nous ne pouvons que condamner cette mesure, alors que les trésoreries sont fragiles et les marges réduites. Le plus exaspérant est que l’Etat se mêle du fonctionnement des entreprises.  Pour l’anecdote, cette annonce a été faite le jour où le gouvernement informait du gel des salaires des fonctionnaires pour 2012. Je rappelle quand même que les entreprises du Bâtiment ont, malgré la crise, maintenu l’emploi et le pouvoir d’achat de leurs salariés et que notre profession s’est dotée depuis longtemps d’outils d’épargne salariale.

Le vaste plan de réforme du secteur bancaire (Bâle 3) prévoit  un relèvement des fonds propres des établissements financiers. Craignez-vous que cela assèche l’accès aux crédits des entreprises ?

C’est une possibilité en effet. Dans cette réforme, les banques doivent « geler » davantage de fonds propres. On peut donc supposer que cela pèsera sur le volume et le coût des crédits qu’elles consentiront. Cela pourrait avoir un effet très négatif pour nos PME dont les trésoreries ne sont pas au mieux. Une chose est sûre : piloter une entreprise du bâtiment est devenu beaucoup plus compliqué.

Que pensez-vous du rapprochement des qualifications métiers sous un nouveau label Quali Grenelle, dont le lancement est prévu à Batimat en novembre 2011 ?

L’idée est bonne puisqu’il s’agit de donner une meilleure visibilité aux particuliers sur les qualifications des entreprises. Ce label serait accordé aux entreprises possédant déjà une qualification métier en lien avec la performance énergétique et délivrée par un organisme accrédité par le Cofrac. Nos 500 « Pros de la performance énergétique » pourraient bénéficier directement  du label Quali Grenelle.

500 Pros de la performance énergétique, c’est finalement assez peu par rapport au nombre d’adhérents de la FFB ?

Plus de 500 entreprises «Pros de la performance énergétique» qui représentent tout de même une force de frappe de 15 000 collaborateurs. Ce qui est loin d’être anecdotique ! Cependant, il faut donner un nouveau souffle à la motivation des entreprises pour investir le créneau de la performance énergétique.

Craignez-vous une démobilisation ?

Si les choses tardent trop, nous risquons en effet de voir les entreprises se démobiliser, faute de cueillir les fruits de leurs investissements. Les marchés liés à la performance énergétique montent en puissance. Ce serait dommage de s’arrêter en chemin.

Philippe Pelletier, président du Plan Bâtiment Grenelle, propose une « éco-conditionnalité » de l’Eco-PTZ et du crédit d’impôt développement durable. En d’autres termes, il préconise de réserver ces dispositifs aux travaux réalisés par des professionnels qualifiés. Cela pourrait-il être le signal que vous attendez ?

Sans aucun doute ! Il s’agit en quelque sorte de donner au client une assurance qualité de réalisation. Non seulement nous sommes favorables à la proposition de Philippe Pelletier mais le plus tôt sera le mieux. Plutôt que d’envisager 2015, nous voudrions que cela soit fait dès 2013.

Vous avez participé aux Etats Généraux du Logement le 8 juin dernier. Qu’en retenez-vous ?

A l’issue de ces Etats Généraux, je retiens deux choses : un fort consensus sur la nécessité de construire plus ; en conséquence le logement sera à coup sûr un enjeu fort du prochain mandat présidentiel. En complément, un mot sur un sujet qui m’est cher et qui concerne l’avenir d’Action Logement, ex«1% logement». Il y a une vraie menace sur le dispositif. Au rythme où progressent les prélèvements, les subventions et les recettes, le système ne pourra pas survivre au-delà de 2014, 2015…

Parallèlement, un des objectifs de votre nouveau mandat de président de la FFB sera de moderniser les outils de la branche (Pro BTP, Caisse de Congés Payés…). Qu’entendez-vous par là ?

Notre branche bénéficie, et depuis longtemps, d’outils efficaces dédiés aux besoins de nos entreprises et de nos salariés : système de formation et d’apprentissage, caisses de congés payés, médecine du travail, prévention des risques professionnels, «Action Logement» dans le domaine du 1%… Or depuis quelques années, ces organismes sont attaqués de façon injuste et partisane. Nous avons engagé la rénovation de ces outils pour les rendre encore plus proches de nos entreprises et donc encore plus performants !

Que pensez-vous de l’initiative des députés « Nouveau Centre » qui demandent la création d’une commission d’enquête sur le financement des syndicats ?

L’objet de cette commission est de présenter des propositions permettant de garantir l’indépendance et la légitimité des organisations d’employeurs et de salariés. De ce point de vue, à la FFB, nous croyons en un syndicalisme fort et indépendant financièrement.

Le BTP est-il suffisamment présent dans les instances interprofessionnelles ?

Si le BTP est de plus en plus présent dans ces instances, nous concentrons encore trop de mandats sur les mêmes personnes. Les efforts de représentation du secteur au sein des instances interprofessionnelles (chambres consulaires, Medef, CGPME, tribunaux…) doivent être intensifiés et partagés. C’est ce sur quoi j’insisterai devant nos chefs d’entreprises lors du Congrès. A eux de faire en sorte que le bâtiment soit représenté à hauteur de son importance dans la vie économique.

 

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