Projets

Deux «cardiologues» au chevet de l’île de la Cité

Mots clés : Architecte

Faire battre à nouveau «le cœur du cœur» de la capitale… Après un an d’études, l’architecte Dominique Perrault et le président du Centre des monuments nationaux, Philippe Belaval, présentent à la Conciergerie (Paris 1er) le fruit de leurs travaux spéculatifs sur l’île de la Cité. Une «exposition participative» ouverte aux curieux jusqu’au 17 avril…

Dans La Clé des champs, André Breton (1896-1966) voyait en la place Dauphine, sur l’île de la Cité à Paris (1er et 4e arrdt.), le sexe de la ville : « Il me semble, aujourd’hui, difficile d’admettre que d’autres avant moi, s’aventurant sur la place Dauphine par le Pont-Neuf, n’aient pas été saisis à la gorge à l’aspect de sa conformation triangulaire, d’ailleurs légèrement curviligne, et de la fente qui la bissecte en deux espaces boisés. C’est, à ne pouvoir s’y méprendre, le sexe de Paris qui se dessine sous ces ombrages. » En ce providentiel 14 février, jour de la Saint-Valentin, Dominique Perrault et Philippe Belaval, qui présentaient l’exposition de leurs travaux à la presse, voient davantage cette île «pétrie d’histoire» comme «le cœur du cœur» de la ville, qu’il s’agit désormais de faire battre à nouveau… L’électrocardiogramme serait-il flat à ce point? Où est encore passé ce satané défibrillateur?

 

Palissade lumineuse

 

En décembre 2015, on s’en souvient, les deux hommes avaient été chargés par le chef de l’Etat d’étudier «ce que pourrait être la place de l’île de la Cité, à l’horizon des 25 prochaines années» – 2040 en ligne de mire! – après le déménagement partiel du palais de Justice de Paris. Leur rapport, remis un an plus tard, dessinait au travers de trente-cinq propositions, «un projet global qui […] visera au respect et à la mise en évidence de ce patrimoine dont l’Unesco a reconnu la valeur universelle exceptionnelle et qui nous est si cher.» Dans quel but? «Créer une île assumant sa géographie, aux activités multiples et aux mobilités repensées, ouverte et accueillante ; une île de rencontres et de projets, spécifique mais créatrice de liens entre les quartiers du centre de la capitale ; une île, enfin, capable de redevenir la vitrine d’excellence urbaine que Paris mérite.» «Ouvrir une nouvelle époque» dans l’histoire de l’île à la lumière des hypothétiques Jeux olympiques de 2024 et de la non moins hypothétique Exposition universelle de 2025, faire en sorte que les touristes y viennent – et y demeurent un temps – pour autre chose que Notre-Dame, la Conciergerie et la Sainte-Chapelle ; densifier un territoire riche de 100 000 m2 de foncier disponible, déployer «une grande ambition urbaine, culturelle, architecturale et économique, qui contribue au rayonnement de la France»… Autant de volontés fièrement proclamées qui prennent vie aujourd’hui dans une exposition qui met en musique lesdites trente-cinq propositions dans une scénographie aux allures de grande «palissade lumineuse», support de cartes, de photos, de vues de synthèse fixes et animées, etc.

 

Appli

 

Le «feuilleté historique» de l’île, copieusement documenté, se voit donc «augmenté» de gestes architecturaux et urbains qui n’évitent pas les marottes de l’époque, non plus que celles de l’architecte et de son tropisme persistant pour le groundscape et ses ressources… : dévoilement de la crypte archéologique du parvis de Notre-Dame sous un sol de verre, transformation des parkings en «lieux de vie», installation de plateformes flottantes sur la Seine, création de passerelles piétonnes, désenclavement de l’Hôtel-Dieu, implantation d’un vaste Carreau de verre en lieu et place du Marché aux fleurs, etc. Cette exposition participative et connectée, nécessairement doublée d’une «appli» pour déambuler sur l’île, et redoublée d’un iPad pour laisser ses commentaires à la sortie, donnera lieu à un futur ouvrage. «Au fond, ça ressemble à un parc à thèmes» observe en aparté un confrère qui semble peu goûter un tel barnum. Quel avenir pour de semblables propositions? Le financement reste à (ré)inventer et bien des élections auront lieu d’ici 2040. Et pas plus tard qu’en mai prochain… «Ça ne déplacera pas l’île» rétorque, philosophe et non sans humour, l’architecte…

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